Abd Allâh al-Qasrî, gouverneur omeyyade au temps de Hishâm, lorsqu’il détruisit des demeures qui leur appartenaient, découvrit (1) un tombeau renfermant un vieil homme aux cheveux et à la barbe blancs. Il s’agissait d’Ali [fils d’Abû Tâlib]. Il voulut alors le brûler au feu, mais on lui dit : « Ô émir, les Banû Umayya ne te demandent pas d’aller jusque-là [c’est-à-dire à ce point dans l’excès de leur obéir]. » Il répondit : « Alors enveloppez-le dans un linceul (qibâtî) et enterrez-le sur place. » On rapporte qu’ensuite, personne ne pouvait habiter la maison où il reposait sans finir par la quitter. C’est ce qu’a rapporté (2) Ibn ‘Asâkir.
Puis al-Hasan ibn Ali fit venir ‘Abd al-Rahmân ibn Muljam de sa prison, et les gens préparèrent le naphte et les nattes pour le brûler (3). Les enfants d’Ali dirent : « Laissez-nous assouvir notre vengeance contre lui. » On lui coupa alors les mains et les pieds, mais il ne broncha pas ni ne cessa d’invoquer Dieu. Ensuite, on lui mit du khol sur les yeux et, en cet instant, il invoquait toujours Dieu et récitait la sourate « Lis au nom de ton Seigneur [qui a créé, a créé l’homme d’une adhérence] » jusqu’à la fin. Ses yeux coulaient sur ses joues. Puis on voulut lui couper la langue, et il en fut très affligé. On l’interrogea à ce sujet, et il répondit : « Je crains de rester un bref instant (4) dans ce monde sans pouvoir y évoquer Dieu. » On le tua alors et on le brûla au feu. Qu’Allah le flétrisse. Mohammad ibn Sa‘d (5) a dit : « Ibn Muljam était un homme basané, au visage plaisant, le front haut (6), avec des cheveux tombant jusqu’au lobe de l’oreille, et sur son front se voyait la marque de la prosternation. » Les savants disent qu’on n’attendit pas la majorité d’al-‘Abbâs, fils d’Ali, car il était encore petit au moment où son père fut tué. Ils précisent que le meurtre fut un acte de guerre et non puni par une loi du talion, et Dieu est plus savant.
Ali – qu'Allah soit satisfait de lui – fut poignardé le vendredi dix-sept Ramadan de l’an quarante de l’Hégire, sans divergence sur ce point. On dit qu’il mourut le même jour, et d’autres ont avancé le dimanche dix-neuf du mois. Al-Fallâs rapporte : « On a également dit qu’il fut frappé (7) la nuit du vingt-et-unième et mourut la nuit du vingt-quatrième [du même mois], à l’âge d’environ cinquante-huit ans ou peut-être davantage. Certains ont dit à l’âge de soixante-trois ans, ce qui est l’opinion la plus connue, rapportée par Muhammad ibn al-Hanafiyya [son fils], Abû Ja‘far al-Bâqir, Abû Is’hâq al-Sabî‘î et Abû Bakr ibn ‘Ayyâsh. » D’autres ont avancé soixante-trois ou soixante-quatre ans, et selon Abû Ja‘far al-Bâqir, il aurait eu soixante-cinq ans.
Son califat dura cinq ans moins trois mois, ou bien quatre ans [et neuf mois et trois jours, certains disent : plus six jours, d’autres : plus quatorze jours, ou encore quatre ans] et huit mois et vingt-trois jours ; qu’Allâh – qu'Allah soit satisfait de lui – [et qu’Il l’agrée]. Jarrîr rapporte, d’après Mughîra : « Lorsque la nouvelle de la mort d’Ali ibn Abî Tâlib parvint à Mu‘âwiya, celui-ci était endormi (8) avec… »