« Nul serviteur ne goûte la douceur de la foi tant qu’il ne sait pas que ce qui l’a atteint n’aurait pu le manquer, et que ce qui l’a manqué n’aurait pu l’atteindre. [Dans une autre version, il dit : “Le gardien de chaque individu, c’est son terme (de vie).”]
‘Alî entrait chaque nuit dans la mosquée pour y prier. Or, la nuit précédant le matin où il fut tué, il fut agité et rassembla sa famille. En sortant pour la mosquée, les oies crièrent devant lui et on voulut les faire taire (1). ‘Alî leur dit : « Laissez-les, car ce sont des pleureuses. » Puis, lorsqu’il se rendit à la mosquée, Ibn Muljam le frappa, et il advint ce que nous avons déjà mentionné (2).
Les gens dirent alors : « Ô Commandeur des croyants, ne devrions-nous pas exterminer tous les Murâd ? » Il répondit : « Non, mais enfermez-le et traitez-le bien comme prisonnier (3). Si je meurs, tuez-le, et si je survis, il y aura talion pour ses blessures. »
Umm Kulthûm, la fille de ‘Alî, se lamentait : « Que me veut la prière de l’aube ? Mon époux ‘Umar, Commandeur des croyants, a été tué durant la prière de l’aube, et mon père ‘Alî, Commandeur des croyants, a aussi été tué durant la prière de l’aube. »
On dit à ‘Alî : « Ne vas-tu pas désigner un successeur ? » Il répondit : « Non. Je vous laisse plutôt (4) comme vous a laissés le Messager de Dieu (ﷺ). Si Dieu veut votre bien, Il vous unira autour du meilleur d’entre vous, de la même manière qu’Il vous a unis autour du meilleur d’entre vous après le Messager de Dieu (ﷺ). » Ceci représente de sa part, dans ses derniers instants en ce monde, un témoignage du mérite d’As-Siddîq.
Il est rapporté par transmission multiple (5) qu’il prononça un sermon à Kûfa durant son califat, au cours duquel il déclara : « Ô gens, le meilleur de cette communauté après son Prophète est Abû Bakr, puis ‘Umar ; et si je voulais nommer le troisième, je le ferais. » On rapporte aussi qu’en descendant du minbar, il ajouta : « Puis ‘Uthmân, puis ‘Uthmân. »
Lorsque ‘Alî mourut, sa famille le lava et l’enterra. Son fils Al-Hasan dirigea la prière funéraire et prononça quatre takbîrs (6), bien que certains affirment qu’il y en eut davantage. ‘Alî fut inhumé dans la demeure du califat ; selon d’autres versions, il aurait été enterré face à la mosquée du côté de la qibla, dans l’une des demeures d’Al-Ja‘da ibn Hubayra, en face de la porte des marchands de papier. D’autres encore prétendent qu’il fut enterré à l’extérieur de Bahûfa, ou à Al-Kunâsa, ou en pleine campagne [certains ajoutent qu’il fut enseveli dans l’enceinte de la mosquée de Kûfa].
Le juge Shurayk et Abû Nu‘aym Al-Fadl ibn Dukayn ont déclaré que [son fils] Al-Hasan ibn ‘Alî l’avait transféré de Kûfa après sa réconciliation avec Mu‘âwiya pour l’enterrer à Médine (7) dans le cimetière d’Al-Baqî‘, près de [son épouse] Fâtima, la fille du Messager de Dieu (ﷺ).
Quant à ‘Îsâ ibn Da’b, il dit : « En réalité, lorsqu’on transporta sa dépouille, on la plaça dans un coffre (8) chargé sur un chameau. Lorsque ceux qui le convoyaient traversèrent la terre de la tribu de Tayy, ils perdirent le chameau, et la tribu le captura, croyant qu’il contenait des biens. Après avoir découvert qu’il s’agissait d’un mort (9), ils l’enterrèrent sur leur territoire, et l’emplacement exact de sa tombe est inconnu à ce jour. Cependant, l’avis le plus répandu est que sa tombe demeure à Kûfa, comme l’a mentionné ‘Abd Al-Malik ibn ‘Imrân selon Khalid ibn… »