Ne te tourmente pas si tu te trouves un jour dans la gêne : tu as déjà connu l’aisance sur la longue durée. Ne suppose jamais de mauvaises pensées à l’égard de ton Seigneur, car Dieu est le plus à même d’accomplir le bien. En vérité, la difficulté est suivie de la facilité, et la parole de Dieu est la plus véridique de toutes. Si l’intelligence seule attirait la subsistance, la provision se trouverait alors exclusivement chez ceux qui en sont dotés. Que de croyants ont connu la faim un jour, et qui pourtant seront abreuvés du nectar limpide.
Il fait partie de la bassesse de ce monde aux yeux de Dieu – qu’Il affame le croyant malgré sa noblesse, et qu’Il rassasie le chien malgré son insignifiance. Le mécréant mange, boit, s’habille et jouit, tandis que le croyant souffre de la faim et de la nudité ; cela relève d’une sagesse qui procède de la sagesse infaillible du plus Sage des juges.
On rapporte qu’Ali ibn Jaʿfar al-Warraq récita à l’attention du Commandeur des croyants, Ali ibn Abi Talib :
« Je trouve que lorsque je m’enveloppe d’un vêtement, il devient un ornement : par lui, l’homme gagne en dignité et en honneur.
Abandonne donc le port de vêtements modestes par simple apparence de piété, car Dieu sait ce que tu caches et dissimules.
Les haillons de ton habit ne te rapprocheront pas davantage de Dieu, puisque tu n’es, à Ses yeux, qu’un serviteur pécheur.
Quant à la beauté de ton vêtement, elle ne te nuira point, à condition que tu craignes Dieu et évites ce qu’Il interdit. »
C’est dans le même esprit que le hadith déclare : « En vérité, Dieu ne considère ni vos apparences ni vos vêtements, mais Il regarde vos cœurs et vos actions. »
Sufyân ath-Thawrî a dit : « La renonciation au monde ne réside ni dans le port d’un manteau rugueux ni dans l’acte de se nourrir d’aliments grossiers ; la véritable ascèse consiste plutôt à écourter ses espérances. »
Abû al-ʿAbbâs Muhammad ibn Yazîd ibn ʿAbd al-Akbar al-Mubarrad rapporte encore qu’il était inscrit sur l’épée d’Ali :
« Les gens manifestent de l’avidité pour ce bas monde et s’épuisent à en organiser les affaires ; dans la poursuite de leurs passions, ils mettent pourtant leur raison et s’y engagent.
Pourtant, lorsqu’ils se tournent vers l’obéissance à Dieu, leur raison se trouve entravée, les laissant à l’écart de cette obéissance.
C’est pour cette raison – et à cause de leur convoitise – que la pureté de leur vie se mêle de tourments et de troubles. »