Et cela, selon cette chaîne de transmission, est jugé réprouvé et la poésie qu’il contient est d’un style faible. Quant à Bakr, on ne peut accepter qu’il se soit retrouvé seul à rapporter cette chaîne de transmission et ce texte, et Dieu est plus savant.
L’historien Al-Hafiz Ibn ‘Asâkir rapporta (1), d’après Abû Zakariyyâ ar-Ramlî : « Nous a rapporté Yazîd ibn Hârûn, d’après Nûh ibn Qays, d’après Salâma al-Kindî, d’après al-Asbagh ibn Nabâta, qu’un homme se rendit auprès de ‘Alî (que Dieu l’agrée) et lui dit : “Ô Commandeur des Croyants, j’ai un besoin à ton égard ; je l’ai d’abord présenté à Dieu avant de te l’exposer. Si tu l’exauces, je louerai Dieu et te remercierai ; et si tu ne l’exauces pas, je louerai Dieu et t’excuserai.” ‘Alî répondit : “Écris ta requête sur le sol, car je déteste voir la honte de la demande sur ton visage.” L’homme écrivit alors : “Je suis dans le besoin.” ‘Alî dit : “Qu’on m’apporte une mante.” On la lui apporta, l’homme la prit et l’endossa. Puis il se mit à réciter :
[de la mesure al-basît]
« Tu m’as vêtu d’une robe dont le charme finira par s’user,
Et moi, je te revêtirai de nobles louanges.
Si tu gagnes la beauté de mon éloge, tu gagnes la noblesse,
Et je ne recherche nul échange à mes propos.
Certes, la louange ravive la mémoire de son bénéficiaire,
Tout comme la pluie redonne vie, par sa générosité, aussi bien à la plaine qu’à la montagne.
Ne délaisse pas la destinée que tu affrontes dans ce monde,
Car tout serviteur sera récompensé selon ce qu’il aura accompli. »
‘Alî reprit : “Qu’on m’apporte des dinars.” On lui en apporta cent qu’il donna à cet homme. Al-Asbagh raconta : “Je dis : ‘Ô Commandeur des Croyants, une mante et cent dinars ?’ Il répondit : ‘Oui ! J’ai entendu le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et salut) dire : “Placez chacun à la place qui lui revient.” Or voici le rang de cet homme à mes yeux.’”
Al-Khatîb al-Baghdâdî rapporta également, par la voie d’Abû Ja‘far Ahmad ibn Ishâq ibn Ibrâhîm ibn Nabît ibn Sharît, d’après son père, d’après son grand-père, que ‘Alî ibn Abî Tâlib (2) a dit :
[de la mesure al-wâfir]
« Quand les cœurs se trouvent accablés au point de ne plus rien contenir,
Et que la vaste poitrine devient trop étroite pour ce qu’elle renferme,
Quand l’adversité s’installe et se fixe,
Et que les malheurs érigent depuis longtemps leurs assises,
Sans qu’aucune issue n’apparaisse pour dissiper l’épreuve,
Sans que l’ingéniosité du plus avisé n’y puisse rien,
Alors, au moment où tu désespères, un secours te parvient,
Accordé par Celui qui est proche et prompt à répondre.
Car lorsque les épreuves s’exacerbent au plus haut point,
Elles sont bientôt suivies d’une délivrance toute proche. »
Parmi ce qu’Abû Bakr Muhammad ibn Yahyâ as-Sûlî a lui aussi rapporté comme vers de l’Émir des Croyants, ‘Alî ibn Abî Tâlib, figure le suivant (5) :
[de la mesure al-wâfir]
« Endure donc l’infortune immense,
Et guéris ta peine par une belle patience. »