Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Agissez donc pour Dieu avec la même ardeur que vous mettez à Le craindre. Sachez que je n’ai rien vu de comparable au Paradis, dont le demandeur puisse s’endormir alors qu’il le recherche, et je n’ai rien vu de semblable au Feu dont le fuyard puisse dormir alors qu’il le craint. En vérité, celui qui ne tire pas profit de la vérité est lésé par le faux, et celui qui n’est pas redressé par la bonne direction est dévié par l’égarement. Sachez qu’il vous a été ordonné de partir (pour l’Au-delà) et qu’on vous a indiqués les provisions nécessaires. Ô gens, certes le monde d’ici-bas est un bien éphémère dont se nourrissent le vertueux et le dévoyé. Quant à l’Au-delà, c’est une promesse véritable où un Roi puissant rendra son jugement. Sachez que Satan vous fait craindre la pauvreté et vous ordonne l’obscénité, tandis que Dieu vous promet une rémission de Sa part ainsi qu’une grâce, et Dieu est large (en Sa bonté) et omniscient.

Ô gens, améliorez vos existences et vous serez préservés dans vos fins dernières. En effet, Dieu a promis Son Paradis à celui qui Lui obéit et a menacé de Son Feu celui qui Le désobéit. C’est un Feu dont le souffle ardent ne s’apaise pas, dont le captif n’obtient pas la délivrance et où la fracture n’est pas réparée (1). Sa chaleur est intense, sa profondeur est immense, et son eau est faite de pus. La chose que je crains le plus pour vous est le fait de suivre vos passions et de vous bercer dans l’illusion d’une longue vie.

Dans une autre version, il est rapporté : « En vérité, suivre les passions éloigne de la vérité, et la longue espérance fait oublier l’Au-delà. »

D’après ‘Âsim ibn Dumrah, un homme vilipenda le monde en présence de ‘Alî, qui lui répondit : « Le monde est une demeure de sincérité pour celui qui le traite avec sincérité, un lieu de salut pour celui qui sait le comprendre, une source de richesse et de provisions pour celui qui y puise convenablement. C’est le lieu où se déverse la Révélation de Dieu, le lieu de prière de Ses anges, la mosquée de Ses prophètes, et le marché de Ses saints : ils y ont gagné la miséricorde et ont acquis le Paradis. Qui donc le blâmerait, alors qu’il a déjà annoncé sa fin (2) et proclamé sa séparation ? Il a mêlé ses réjouissances à ses maux, et par ses épreuves, il éveille tantôt l’envie, tantôt la crainte. Ô toi qui dénigres le monde, te leurrant de faux espoirs (3), quand donc le monde t’a-t-il trompé ou quand s’est-il prolongé auprès de toi ? Est-ce lorsque tes pères sont tombés dans le malheur, ou lorsque tes mères furent déposées sous la terre ? Combien en as-tu soignés de tes mains, cherchant à les guérir et interrogeant les médecins, sans que tes remèdes ne leur servent et sans que tes sanglots ne leur profitent ? »

Sufyân ath-Thawrî et Al-A‘mach ont rapporté, d’après ‘Amr ibn Murrah, d’après Abû al-Bakhtari, qu’un homme vint trouver ‘Alî et le flatta – alors même qu’il le détestait. ‘Alî lui répondit (4) : « Je ne suis pas comme tu le décris, et je suis au-dessus de ce que tu caches dans ton for intérieur. »

Ibn ‘Asâkir rapporte (5) qu’un homme dit à ‘Alî : « Puisse Dieu te raffermir ! » Il répondit : « Sur ta poitrine. »

Ibn Abî ad-Dunyâ a dit : Ishâq ibn Ismâ‘îl nous raconta, Sufyân ibn ‘Uyaynah nous raconta, d’après Abû Hamzah, d’après Yahyâ ibn ‘Aqîl, d’après Yahyâ ibn Ya‘mur, qui a entendu ‘Alî dire : « L’ordre de Dieu descend du ciel (6) tel la pluie, et pour chaque âme est fixé ce que Dieu lui a décrété, en augmentation ou en diminution, que ce soit concernant sa personne, sa famille ou ses biens. Ainsi, si quelqu’un constate une perte dans sa personne, sa famille ou ses biens, alors qu’il voit qu’un autre en possède dix fois plus, que cela ne soit pas pour lui une tentation (7). En effet, le croyant, tant qu’il ne s’installe pas dans l’illusion de ce bas monde, manifeste de l’humilité lorsqu’on la lui rappelle… »

(1) Dans « A » : « et son feu ne cause point de trouble. » (2) Dans « T » : « Baghīlaha ». (3) Dans « A » : « avec des espérances ». (4) Dans « A » : « Alors ʿAlī lui dit. » (5) Tārīkh Dimashq (p. 519, éditions Dār al-Fikr). (6) Dans « A » : « min » (de). (7) Dans « A » : « Et il ne considéra pas en un autre un défaut ni une richesse afin que cela ne soit une tentation pour lui. »
فاعملوا لله في الرغبة كما تعملون له في الرهبة، ألا وإنه لم أر كالجنة نام طالبها، ولم أر كالنار نام هاربها، وإنه من لم ينفعه الحق ضره الباطل، ومن لم يستقم به الهدى حاد به الضلال، ألا وإنكم قد أمرتم بالظعن، ودُللتم على الزاد، ألا أيها الناس إنما الدنيا عرض حاضر يأكل منها البر والفاجر، وإن الآخرة وعد صادق، يحكم فيها ملك قادر، ألا إن الشيطان يعدكم الفقر ويأمركم الفحشاء، والله يعدكم مغفرة منه وفضلًا والله واسع عليم. أيها الناس: أحسنوا في أعماركم تحفظوا في أعقابكم، فإن الله قد وعد جنته من أطاعه، وأوعد ناره منْ عصاه. إنها نار لا يهدأ زفيرها، ولا يفكّ أسيرها، ولا يجبر كسيرها (١) ، حرها شديد، وقعرها بعيد، وماؤها صديد، وإن أخوف ما أخاف عليكم اتباع الهوى وطول الأمل. وفي رواية: فإن اتباع الهوى يصد عن الحق، وإن طول الأمل يُنسي الآخرة. وعن عاصم بن ضمرة قال: ذم رجل الدنيا عند علي فقال علي: الدنيا دار صدق لمن صدقها، ودار نجاة لمن فهم عنها، ودار غناء وزاد لمن تزود منها، ومهبط وحي الله، ومصلى ملائكته، ومسجد أنبيائه، ومتجر أوليائه، ربحوا فيها الرحمة، واكتسبوا فيها الجنة، فمن ذا يذمها وقد آذنت بفنائها (٢) ونادت بفراقها، وشابت بشرورها السرور، وببلائها الرغبة فيها والحرص عليها ترغيبًا وترهيبًا، فيا أيها الذام للدنيا المعلل نفسه بالأمالي (٣) متى خدعتك الدنيا أو متى استدمت إليك؟ أبمصارع آبائك في البلا؟ أم بمضاجع أمهاتك تحت الثرى؟ كم مرضت بيديك، وعللت بكفيك، ممن تطلب له الشفاء، وتستوصف له الأطباء، لا يغني عنه دواؤك، ولا ينفعه بكاؤك. وقال سفيان الثوري والأعمش: عن عمرو بن مرة، عن أبي البختري، قال: جاء رجل إلى علي فأطراه - وكان يبغض عليًا - فقال له (٤) : لست كما تقول، وأنا فوق ما في نفسك. وروى ابن عساكر (٥) أن رجلًا قال لعلي: ثبتك الله قال: على صدرك. وقال ابن أبي الدنيا: حدَّثنا إسحاق بن إسماعيل، حدَّثنا سفيان بن عيينة، عن أبي حمزة، عن يحيى بن عقيل، عن يحيى بن يعمر قال قال علي: إن الأمر ينزل إلى (٦) السماء كقطر المطر لكل نفس ما كتب الله لها من زيادة أو نفصان في نفس أو أهل أو مال، فمن رأى نقصًا في نفسه أو أهله أو ماله، ورأى لغيره عشرة فلا يكونن ذلك له فتنتة (٧) ، فإن المسلم ما لم يعش دُناه يظهر تخشعًا لها إذا ذكرت،
(١) في أ: ولا يحتار سعيرها. (٢) في ط: بغيلها. (٣) في أ: بأماني. (٤) في أ: فقال له علي. (٥) تاريخ دمشق (ص ٥١٩. ط. دار الفكر). (٦) في أ: من. (٧) في أ: ورأى بغيره عثرة أو ثروة فلا يكونن ذلك فتنة له.

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