Agissez donc pour Dieu avec la même ardeur que vous mettez à Le craindre. Sachez que je n’ai rien vu de comparable au Paradis, dont le demandeur puisse s’endormir alors qu’il le recherche, et je n’ai rien vu de semblable au Feu dont le fuyard puisse dormir alors qu’il le craint. En vérité, celui qui ne tire pas profit de la vérité est lésé par le faux, et celui qui n’est pas redressé par la bonne direction est dévié par l’égarement. Sachez qu’il vous a été ordonné de partir (pour l’Au-delà) et qu’on vous a indiqués les provisions nécessaires. Ô gens, certes le monde d’ici-bas est un bien éphémère dont se nourrissent le vertueux et le dévoyé. Quant à l’Au-delà, c’est une promesse véritable où un Roi puissant rendra son jugement. Sachez que Satan vous fait craindre la pauvreté et vous ordonne l’obscénité, tandis que Dieu vous promet une rémission de Sa part ainsi qu’une grâce, et Dieu est large (en Sa bonté) et omniscient.
Ô gens, améliorez vos existences et vous serez préservés dans vos fins dernières. En effet, Dieu a promis Son Paradis à celui qui Lui obéit et a menacé de Son Feu celui qui Le désobéit. C’est un Feu dont le souffle ardent ne s’apaise pas, dont le captif n’obtient pas la délivrance et où la fracture n’est pas réparée (1). Sa chaleur est intense, sa profondeur est immense, et son eau est faite de pus. La chose que je crains le plus pour vous est le fait de suivre vos passions et de vous bercer dans l’illusion d’une longue vie.
Dans une autre version, il est rapporté : « En vérité, suivre les passions éloigne de la vérité, et la longue espérance fait oublier l’Au-delà. »
D’après ‘Âsim ibn Dumrah, un homme vilipenda le monde en présence de ‘Alî, qui lui répondit : « Le monde est une demeure de sincérité pour celui qui le traite avec sincérité, un lieu de salut pour celui qui sait le comprendre, une source de richesse et de provisions pour celui qui y puise convenablement. C’est le lieu où se déverse la Révélation de Dieu, le lieu de prière de Ses anges, la mosquée de Ses prophètes, et le marché de Ses saints : ils y ont gagné la miséricorde et ont acquis le Paradis. Qui donc le blâmerait, alors qu’il a déjà annoncé sa fin (2) et proclamé sa séparation ? Il a mêlé ses réjouissances à ses maux, et par ses épreuves, il éveille tantôt l’envie, tantôt la crainte. Ô toi qui dénigres le monde, te leurrant de faux espoirs (3), quand donc le monde t’a-t-il trompé ou quand s’est-il prolongé auprès de toi ? Est-ce lorsque tes pères sont tombés dans le malheur, ou lorsque tes mères furent déposées sous la terre ? Combien en as-tu soignés de tes mains, cherchant à les guérir et interrogeant les médecins, sans que tes remèdes ne leur servent et sans que tes sanglots ne leur profitent ? »
Sufyân ath-Thawrî et Al-A‘mach ont rapporté, d’après ‘Amr ibn Murrah, d’après Abû al-Bakhtari, qu’un homme vint trouver ‘Alî et le flatta – alors même qu’il le détestait. ‘Alî lui répondit (4) : « Je ne suis pas comme tu le décris, et je suis au-dessus de ce que tu caches dans ton for intérieur. »
Ibn ‘Asâkir rapporte (5) qu’un homme dit à ‘Alî : « Puisse Dieu te raffermir ! » Il répondit : « Sur ta poitrine. »
Ibn Abî ad-Dunyâ a dit : Ishâq ibn Ismâ‘îl nous raconta, Sufyân ibn ‘Uyaynah nous raconta, d’après Abû Hamzah, d’après Yahyâ ibn ‘Aqîl, d’après Yahyâ ibn Ya‘mur, qui a entendu ‘Alî dire : « L’ordre de Dieu descend du ciel (6) tel la pluie, et pour chaque âme est fixé ce que Dieu lui a décrété, en augmentation ou en diminution, que ce soit concernant sa personne, sa famille ou ses biens. Ainsi, si quelqu’un constate une perte dans sa personne, sa famille ou ses biens, alors qu’il voit qu’un autre en possède dix fois plus, que cela ne soit pas pour lui une tentation (7). En effet, le croyant, tant qu’il ne s’installe pas dans l’illusion de ce bas monde, manifeste de l’humilité lorsqu’on la lui rappelle… »