Puis il dit : « Sachez que la vie d’ici-bas s’en est allée en s’éloignant et que l’au-delà est venu en se rapprochant. Chacune a ses enfants : soyez donc des enfants de l’au-delà et non de ce monde. Sachez que ceux qui se détachent de la vie d’ici-bas ont fait de la terre leur tapis, de la poussière leur couche et de l’eau leur parfum. Quiconque aspire à l’au-delà se détourne des plaisirs, quiconque craint le Feu se détourne des interdits, quiconque recherche le Paradis s’empresse dans l’obéissance, et quiconque se défait de ce monde trouve légères les épreuves.
Sachez qu’il est des serviteurs de Dieu qui, par leur perspicacité, voient déjà les gens du Paradis y demeurer éternellement, et les gens du Feu y être châtiés à perpétuité. Leur mal est écarté, leurs cœurs sont contrits, leurs âmes chastes et leurs besoins réduits. Ils ont patienté quelques jours pour jouir d’un long repos. La nuit, ils demeurent debout (en prière), leurs larmes ruissellent sur leurs joues, ils adressent de ferventes supplications à Dieu pour la libération de leurs âmes. Le jour, ils sont assoiffés, sages, justes et pieux, semblables à des flèches fines : qui les observe pense qu’ils sont malades alors qu’ils ne le sont pas, ou qu’ils ont perdu la raison, alors qu’en vérité ils sont étreints par une affaire grandiose. »
D’après al-Asbagh ibn Nubatah, ‘Alî monta un jour en chaire. Il loua Dieu, Le glorifia, puis évoqua la mort en disant : « Ô serviteur de Dieu, on n’échappe pas à la mort : si vous faites face, elle vous saisit, et si vous fuyez, elle vous rattrape. Sauvez-vous, sauvez-vous, hâtez-vous, hâtez-vous ! Sachez que la tombe vous talonne avec insistance. Prenez garde à l’étreinte qu’elle exerce, à son obscurité et à sa solitude. Elle est soit une fosse du Feu, soit un jardin du Paradis.
Sachez qu’elle s’exprime chaque jour à trois reprises, disant : “Je suis la demeure de l’obscurité, je suis la demeure des vers, je suis la demeure de la solitude.” Sachez encore qu’au-delà de cela se tient un jour où le petit enfant blanchira de vieillesse et où l’adulte sera comme enivré, ainsi que le déclare la Parole divine : ﴾Toute nourrice abandonnera l’enfant qu’elle allaitait, et tu verras les gens pris de vertige alors qu’ils ne sont pas ivres, mais le châtiment de Dieu est terrible﴿ [Le Pèlerinage, 2]. Or, au-delà de cela, il est une chose plus effroyable encore : un Feu d’une chaleur ardente et d’une profondeur insondable, dont les parures et les massues sont de fer, dont l’eau est un pus fétide, et dont le gardien est Mâlik, sans miséricorde de Dieu. »
Puis il pleura, et les musulmans autour de lui pleurèrent également. Il poursuivit : « Sachez qu’au-delà, il est un Paradis dont l’étendue est celle des cieux et de la terre, préparé pour les pieux. Que Dieu fasse de nous et de vous des pieux, et qu’Il nous préserve tous du châtiment douloureux. »
Ce discours fut rapporté par Layth ibn Abî Sulaym, d’après Mujâhid, transmettant les propos de celui qui avait entendu ‘Alî tenir des propos semblables. Waki‘ aussi l’a relaté d’après ‘Umar ibn Munabbih, lui-même d’après ‘Awfâ ibn Dalham, qui rapporte : « ‘Alî prononça un sermon et dit : “Après quoi, sachez que ce bas monde s’en est allé en s’éloignant et vous a avertis de son départ, tandis que l’au-delà approche et vous annonce sa venue. Aujourd’hui n’est qu’un terrain d’exercice, et demain sera la compétition. Vous vous trouvez à présent dans des jours d’espoir, mais derrière eux surgira un terme. Ainsi, celui qui aura abrégé ses espoirs avant l’échéance de son terme, son œuvre ne sera pas vaine…” Et sachez-le.” »