[Le mariage du Prophète avec Fâtimah az-Zahrâʾ]
Sufyân ath-Thawrî a rapporté, d’après Ibn Abî Najîḥ, d’après son père, qu’un homme entendit ‘Alî, alors qu’il se trouvait sur le minbar de Kûfa, déclarer : « J’avais envie de demander la main de la fille du Messager de Dieu (1). Puis j’ai pensé à mon absence de ressources, avant de me rappeler l’assistance et la proximité qu’il m’apportait ; je l’ai donc demandée. Le Prophète me dit : “As-tu quelque chose ?” Je répondis : “Non !” Il poursuivit : “Où est donc ton armure ḥuṭamiyyah (2) que je t’ai donnée tel et tel jour ?” Je répondis : “Elle est encore chez moi.” Il dit : “Donne-la-lui !” Je la lui ai donc donnée ; c’est ainsi qu’il m’a marié à elle. Puis, le soir où je devais entrer auprès d’elle, il nous dit : “Ne faites rien avant que je ne vienne à vous.” Il vint alors que nous étions couverts d’une simple étoffe ou d’un manteau ; nous nous recroquevillâmes, et il nous ordonna de rester en place. Ensuite, il demanda un récipient d’eau, y prononça des invocations, puis nous en aspergea tous deux (3). Je lui demandai alors : “Ô Messager de Dieu, suis-je plus aimé de toi qu’elle, ou est-ce elle qui est la plus aimée ?” Il répondit : “Elle m’est plus chère, et toi tu as plus de valeur à mes yeux qu’elle.” »
An-Nasâ’î (4) a transmis ce récit par la voie de ‘Abd al-Karîm ibn Sulayṭ, d’après Ibn Buraydah, d’après son père, avec un exposé plus détaillé. Il y est précisé que le Prophète offrit pour son repas de noces un bélier fourni par Sa‘d, et plusieurs mesures de céréales de la part de divers Anṣâr (Auxiliaires). Après avoir versé l’eau sur ‘Alî et Fâṭimah, il invoqua la bénédiction sur eux en disant : « Ô Dieu, bénis-les dans leur union » – autrement dit dans leur intimité.
Muhammad ibn Kathîr a rapporté, d’après al-Awzâ‘î, d’après Yaḥyâ ibn Abî Kathîr, d’après Abû Salamah, d’après Abû Hurayrah, qu’au moment où ‘Alî demanda la main de Fâṭimah, le Messager de Dieu entra auprès d’elle et lui dit : « Ô ma fille, le fils de ton oncle t’a demandée en mariage, qu’en dis-tu ? » Elle se mit à pleurer puis déclara : « Ô mon père, on dirait que tu m’as destinée au plus pauvre des Quraysh ? » Il répondit : « Par Celui qui m’a envoyé avec la Vérité, je n’ai pas prononcé un mot à ce sujet avant que Dieu ne l’ait décrété pour moi depuis les cieux. » Fâṭimah déclara alors : « Je suis satisfaite (6) de ce dont Dieu [m’a] agréée, ainsi que Son Messager. » Il quitta donc sa présence et se tourna vers les musulmans, puis dit : « Ô ‘Alî, présente ta requête toi-même. » ‘Alî proclama : « Louange à Dieu, l’Éternel. Voici Muḥammad, le Messager de Dieu (ﷺ), qui m’a marié à sa fille pour une dot de quatre cents dirhams. Écoutez ce qu’il va dire et soyez-en témoins ! » Ils demandèrent : « Que dis-tu, ô Messager de Dieu ? » Il répondit : « Je vous prends à témoin que je la lui ai donnée en mariage. » Ibn ‘Asâkir (7) l’a rapporté, tout en précisant qu’il s’agit d’un [ḥadîth] jugé “munkar”.
De nombreux autres hadiths – considérés comme apocryphes ou forgés – ont été rapportés au sujet de ce passage, mais nous nous en abstenons pour ne pas allonger l’ouvrage. L’historien Ibn ‘Asâkir en a toutefois cité un bon nombre dans son « Târîkh » (8).