Quant à l’homme chargé de tuer Muʿawiya – il s’agit d’al-Barak (1) –, il l’attaqua alors que celui-ci sortait pour la prière de l’aube en ce (2) jour, et le frappa avec une épée (certains disent avec un poignard empoisonné). Le coup atteignit sa hanche et lui blessa la fesse. On s’empara alors du kharijite et on le mit à mort. Il avait dit à Muʿawiya : « Laisse-moi, car je t’annonce une bonne nouvelle. » — « Et quelle est-elle ? » demanda Muʿawiya. « Mon frère a tué aujourd’hui ʿAlī ibn Abī Ṭālib. » Muʿawiya rétorqua : « Peut-être n’a-t-il pas réussi ? » L’autre répondit : « Bien sûr que si, il n’avait pas de garde. » Alors Muʿawiya ordonna de le tuer.
Le médecin vint voir Muʿawiya et déclara : « Ta blessure est empoisonnée. Soit je te fais une cautérisation, soit je te fais boire une potion qui éliminera le poison mais te privera de descendance (3). » Muʿawiya répondit : « Quant au feu, je ne peux le supporter. Quant à la descendance, Yazīd et ʿAbd Allāh me suffisent. » Le médecin lui fit donc boire ce breuvage : il guérit de sa douleur et de sa blessure, retrouva ses forces (4) et fut sain et sauf (– qu'Allah soit satisfait de lui –). C’est à la suite de cet événement que fut construite la « maqsoura » dans la grande mosquée, et un service de garde y fut institué (5) durant la prosternation. Ainsi, Muʿawiya fut le premier à l’adopter à cause de cette affaire (6).
Quant à l’homme qui devait assassiner ʿAmr ibn al-ʿĀṣ – ʿAmr ibn Bakr [le kharijite] –, il se posta en embuscade pour le surprendre au moment de se rendre à la prière. Or, cette nuit-là, ʿAmr ibn al-ʿĀṣ fut pris d’une forte colique et ne sortit pas. C’est donc son délégué, Khārija ibn Abī Ḥabība, de la tribu des Banū ʿĀmir ibn Luʾayy, chargé de la police, qui partit à sa place. Le kharijite fondit sur lui et le tua, croyant qu’il s’agissait de ʿAmr ibn al-ʿĀṣ. Lorsque l’agresseur fut arrêté, il déclara : « Je visais ʿAmr, mais Dieu a visé Khārija. » Cette phrase devint proverbiale, puis on le mit à mort aussitôt – que Dieu le maudisse. D’autres rapportent que c’est ʿAmr ibn al-ʿĀṣ qui prononça ces mots lorsqu’on lui amena le kharijite. Il demanda : « Qui est-ce ? » On lui répondit : « Il a tué ton délégué, Khārija. » Le kharijite dit : « Par Dieu, je ne voulais que toi. » Et ʿAmr répliqua : « Tu me voulais, et Dieu a voulu Khārija. » Il ordonna alors qu’on lui tranchât la tête.
Pour en revenir à ʿAlī (– qu'Allah soit satisfait de lui –) : après son décès, son fils al-Ḥasan accomplit la prière funéraire sur lui et prononça neuf takbīrs. Il fut enterré dans la demeure de l’émirat à Kūfa, de crainte que les kharijites n’exhument son corps. C’est là la version la plus répandue. Quant à qui prétend qu’on l’avait hissé sur une monture et emmené on ne sait où, il se trompe et s’aventure dans ce dont il n’a pas connaissance, ce que ni la raison ni la Loi n’admettent. L’opinion de nombreux ignorants parmi les Rāfiḍa selon laquelle sa tombe se trouverait à Machhad al-Najaf ne repose sur aucune preuve ni fondement. On rapporte plutôt qu’il s’agirait de la tombe d’al-Mughīra ibn Shuʿba, comme l’a indiqué al-Khaṭīb al-Baghdādī (8) d’après Abū Nuʿaym le traditionniste, qui le tenait de Abū Bakr al-Ṭulḥī, etc.