Ils entrèrent alors dans la grande mosquée et s’assirent en face de l’endroit d’où ‘Alî avait coutume de sortir. Lorsqu’il apparut, il se mit, comme à son habitude, à réveiller les gens qui dormaient pour qu’ils accomplissent la prière en disant : « La prière, la prière [ô serviteurs de Dieu] ». C’est alors que Chabîb s’élança contre lui avec son épée pour le frapper ; mais celle-ci se logea dans la voûte, puis Ibn Muljam le frappa à la tête et son sang se répandit sur sa barbe.
Au moment où Ibn Muljam le frappa, il s’écria : « Le jugement appartient à Dieu seul ; il ne t’appartient pas, ô ‘Alî, ni à tes compagnons. » Il se mit ensuite à réciter la parole divine : « Parmi les hommes, il en est qui s’immolent pour rechercher l’agrément de Dieu, et Dieu est Plein de mansuétude envers (Ses) serviteurs » (Coran, 2 : 207). Adiyy s’écria : « Ô ‘Adiyy, saisissez-le ! » Wardân s’enfuit, mais un homme du Ḥaḍramawt le rattrapa et le tua. Quant à Chabîb, il parvint à s’échapper. Ibn Muljam fut arrêté, tandis que ‘Alî désignait Jada ibn Hubayra ibn Abî Wahb pour mener la prière de l’aube. ‘Alî fut alors transporté chez lui.
On amena devant ‘Alî, les mains liées, ‘Abd al-Raḥmân ibn Muljam – que Dieu le flétrisse. ‘Alî lui demanda : « Ô ennemi de Dieu, ne t’ai-je pas comblé de bienfaits ? » Il répondit : « Si, certes. » ‘Alî poursuivit : « Qu’est-ce donc qui t’a poussé à agir ainsi ? » Ibn Muljam déclara : « J’ai aiguisé [mon épée] quarante matins durant, et j’ai prié Dieu de tuer avec elle la pire créature qu’Il ait créée. » Sur quoi ‘Alî répliqua : « Je ne te vois que tu ne seras toi-même tué par elle, et que tu ne fais partie des pires créatures de Dieu. » Puis il ajouta : « Si je meurs, tuez-le ; si je survis, je saurai comment agir avec lui (1). »
Jundub ibn ‘Abd Allâh demanda alors : « Ô Commandeur des croyants, si tu meurs, devrons-nous prêter serment d’allégeance à al-Ḥasan ? » Il répondit : « Je ne vous l’ordonne ni ne vous l’interdis, vous êtes plus à même de savoir ce qu’il faut faire. »
Lorsque la fin de ‘Alî approcha, il se mit à répéter fréquemment « Lâ ilâha illâ Allâh » (Il n’est de dieu que Dieu), sans prononcer d’autres paroles (2). On rapporte que ses derniers mots furent : « Quiconque fait le poids d’un atome de bien le verra, et quiconque fait le poids d’un atome de mal le verra » (Coran, 99 : 7-8).
Il recommanda à ses deux fils, al-Ḥasan et al-Ḥusayn, de craindre Dieu, d’accomplir la prière et de s’acquitter de l’aumône [et de rechercher le pardon de leurs fautes], de maîtriser la colère, de maintenir les liens de parenté, de faire preuve de patience envers l’ignorant, de s’instruire dans la religion, d’agir avec circonspection, de veiller au respect du Coran, de bien traiter leurs voisins, d’ordonner le bien et d’interdire le mal, et d’éviter les turpitudes. Il leur recommanda également de veiller sur leur frère Muḥammad ibn al-Ḥanafiyyah, en leur ordonnant de l’honorer et de n’accomplir aucune décision importante sans le consulter. Il mit par écrit l’ensemble de ses conseils, qu’il Dieu agrée et honore.
Voici la teneur de son testament :
« Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ceci est ce que ‘Alî ibn Abî Ṭâlib a consigné dans son testament : Il atteste qu’il n’est de dieu que Dieu, l’Unique, sans associé, et que Muḥammad est Son serviteur et Son messager, qu’Il a envoyé avec la bonne direction et la religion de vérité, afin de la faire triompher sur toute autre religion, même si les associateurs la détestent. En vérité, “ma prière, mon sacrifice, ma vie et ma mort appartiennent à Dieu, Seigneur de l’univers, qui n’a point d’associé ; c’est là ce qui m’a été ordonné et je suis du nombre” (3) de ceux qui se soumettent.
Je te recommande, ô Ḥasan, ainsi qu’à tous mes enfants [et à ma famille], et à quiconque parviendra mon écrit, de craindre Dieu, votre Seigneur, et de ne mourir qu’en pleine soumission. Attachez-vous fermement au lien de Dieu, tous ensemble, et ne vous divisez pas, car j’ai entendu Abû l-Qâsim (4) – que la prière et la paix de Dieu soient sur lui – dire : “Réconcilier les cœurs est préférable à la plupart des prières et des jeûnes.” Portez attention à vos proches et maintenez les liens avec eux, afin que Dieu vous facilite le Jour du Jugement. Dieu ».