Il marcha alors sur Taymâ, autour de qui se rassemblèrent de nombreuses personnes. Lorsque la nouvelle parvint à ‘Alî, celui-ci dépêcha al-Musayyab ibn Najaba al-Fazârî à la tête de deux mille hommes. Ils se rencontrèrent à Taymâ et s’y livrèrent, après midi, à un combat acharné.
Al-Musayyab ibn Najaba chargea alors Ibn Mas‘ada et le frappa de trois coups, sans toutefois vouloir le tuer ; il ne cessait de lui crier : « Fuis, fuis ! » Ibn Mas‘ada se replia avec un groupe de ses hommes dans une forteresse où ils s’enfermèrent, tandis que le reste de ses partisans s’enfuit vers la Syrie. Les Bédouins s’emparèrent des chameaux de la zakât qu’Ibn Mas‘ada avait collectés. Al-Musayyab ibn Najaba assiégea la forteresse pendant trois jours, puis jeta du bois devant la porte et y mit le feu. Sentant leur perte imminente, les assiégés se montrèrent au sommet de la forteresse et lui firent savoir qu’ils étaient de sa tribu. Touché de pitié, il éteignit l’incendie. Cependant, la nuit venue, ils ouvrirent discrètement la porte et prirent la fuite vers la Syrie. C’est alors qu’Abd al-Rahmân ibn Shabîb dit à al-Musayyab ibn Najaba : « Pars donc à leur poursuite pour que nous les rattrapions ! » Il répondit : « Non. » Et l’autre de répliquer : « Tu as trompé l’Émir des croyants et fait preuve d’indulgence à leur égard. »
La même année, Mu‘âwiya envoya al-Dahhâk ibn Qays avec trois mille hommes, en lui ordonnant de lancer des expéditions de pillage contre les détachements de l’armée de ‘Alî. De son côté, ‘Alî équipa Hujr ibn ‘Adî à la tête de quatre mille hommes et leur distribua à chacun une solde de cinquante dirhams à plusieurs reprises. Ils se rencontrèrent à Tadmor. Hujr tua dix-neuf hommes parmi les compagnons d’al-Dahhâk, tandis que deux hommes de son propre camp perdirent la vie. La nuit tomba, contraignant les combattants à se disperser. Al-Dahhâk s’enfuit avec ses troupes jusqu’en Syrie. Au cours de cette même année, Mu‘âwiya se mit personnellement en route, à la tête d’une imposante armée, et parvint jusqu’au Tigre avant de rebrousser chemin. Ces faits sont rapportés par Muhammad ibn Sa‘d, selon le témoignage d’al-Wâqidî, et également par Abû Ma‘shar.
Cette année-là, ‘Alî ibn Abî Tâlib nomma Ziyâd ibn Abîh gouverneur sur les territoires du Fârs. Les habitants de la province refusaient en effet de payer le kharâj (impôt foncier) et de se soumettre à l’autorité. La cause de leur révolte remonte à l’épisode où Ibn al-Hadramî et ses compagnons furent tués par le feu, lorsque Jâriya ibn Qudâma les brûla dans cette demeure, comme nous l’avons mentionné précédemment. Une fois la nouvelle de cet acte diffusée dans les régions, cela troubla le cœur de nombreux partisans de ‘Alî ; beaucoup se retournèrent alors contre lui et s’abstinrent de payer le kharâj, notamment les habitants du Fârs, qui se révoltèrent et expulsèrent leur gouverneur Sahl ibn Hunayf (ainsi qu’il a déjà été relaté l’année précédente). ‘Alî consulta alors son entourage afin de déterminer à qui il confierait l’administration de cette province. Ibn ‘Abbâs et Jâriya ibn Qudâma lui recommandèrent de nommer Ziyâd ibn Abîh, qu’ils estimaient ferme d’esprit et habile dans l’art de gouverner.
‘Alî déclara : « Il est l’homme qu’il nous faut », et le nomma effectivement gouverneur du Fârs et du Kermân. Il le dépêcha à la tête de quatre mille cavaliers. Ziyâd se rendit dans ces régions au cours de cette même année et y imposa sa domination, contraignant les habitants à se soumettre, à s’acquitter du kharâj et des autres obligations. Ils revinrent ainsi à l’obéissance et à la fidélité. Ziyâd les gouverna avec équité et honnêteté au point que les habitants de ces contrées vinrent à dire : « Nous n’avons jamais vu de gouvernement qui lui ressemble. »