Ṣuhayb ibn Sinān (1), fils de Mālik Abū Yaḥyā ar-Rūmī, était originaire de la tribu an-Namr ibn Qāsiṭ (2). Son père ou son oncle exerçait la fonction d’intendant pour le roi sassanide (Kisrā) à al-Ubulla (3). Sa famille habitait sur les rives du Tigre, près de Mossoul – certains disent sur les bords de l’Euphrate. Les Byzantins effectuèrent un raid sur leur territoire et l’emmenèrent captif alors qu’il était encore enfant. Il demeura quelque temps chez eux avant d’être acheté par Banū Kalb, qui le transportèrent à La Mecque. C’est alors que ‘Abd Allāh ibn Jud‘ān l’acquit, l’affranchit et il résida un certain temps à La Mecque.
Lorsqu’Allah envoya Son Messager (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), Ṣuhayb embrassa l’islam. Il fut d’ailleurs parmi les premiers à se convertir, avec ‘Ammār [ibn Yāsir], le même jour, après une trentaine et quelques hommes. Il faisait partie des opprimés qui furent torturés pour la cause d’Allah (Exalté soit-Il). Lorsque le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) émigra, Ṣuhayb émigra à son tour quelques jours plus tard. Des polythéistes le poursuivirent pour l’empêcher de partir. Lorsqu’il comprit leur intention, il vida son carquois devant lui et leur déclara : « Par Allah, vous savez bien que je suis l’un des meilleurs tireurs parmi vous. Par Allah, vous ne pourrez m’atteindre sans que je ne tue un homme de votre groupe avec chacune de mes flèches, puis que je ne me batte avec mon épée jusqu’à périr. Si c’est mon argent que vous voulez, je peux vous indiquer où il est enfoui, en tel et tel endroit. » Ils renoncèrent alors à le poursuivre et s’emparèrent de son bien. Quand Ṣuhayb arriva auprès du Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), celui-ci lui dit : « Ô Abū Yaḥyā, tu as fait un excellent échange ! » C’est à son sujet qu’Allah – Exalté soit-Il – fit descendre ce verset : « Et parmi les gens, il en est qui se sacrifient pour rechercher l’agrément d’Allah. Et Allah est Compatissant envers [Ses] serviteurs » (Sourate al-Baqarah, verset 207) (4).
Ḥammād ibn Salama le rapporte également, d’après ‘Alī ibn Zayd, lui-même rapportant de Sa‘īd ibn al-Musayyib. Ṣuhayb participa aux batailles de Badr (et d’Uḥud) ainsi qu’aux suivantes. Lorsque ‘Umar institua le conseil de consultation (shūrā), c’est Ṣuhayb qui dirigea la prière collective jusqu’à ce qu’‘Uthmān fût désigné calife. C’est également lui qui dirigea la prière funéraire pour ‘Umar, dont il était un proche compagnon [et ami]. Il était roux, d’un roux très prononcé, ni grand ni petit, avec des sourcils rapprochés et une pilosité importante. Il parlait l’arabe avec un fort accent (5). Malgré ses mérites et sa piété, il était connu pour son humour, son sens de la plaisanterie et sa bonne humeur.
On raconte que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) le vit en train de manger des concombres frais (buqthā’) alors qu’il souffrait d’une ophtalmie à l’un de ses yeux. Il lui dit : « Tu manges des fruits frais alors que tu es atteint à l’œil ? » Ṣuhayb répondit : « Je ne mange que du côté de mon œil valide. » Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) en rit (6).
Ṣuhayb mourut à Médine en l’an 38 de l’Hégire, selon certains en l’an 39, à plus de soixante-dix ans.
Quant à Muḥammad ibn Abī Bakr aṣ-Ṣiddīq (7), il naquit du vivant du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), lors du Pèlerinage d’Adieu, sous l’arbre, près du sanctuaire, et sa mère était