(À ce moment-là) ʿAlî dépêcha Jâriya ibn Qudâma al-Tamîmî, accompagné de cinquante hommes, vers sa tribu, les Banû Tamîm. Il leur adressa également une lettre. Ainsi, la plupart d’entre eux se détournèrent d’Ibn al-Ḥaḍramî, et Jâriya se rendit auprès de ce dernier, l’assiégeant, lui et un groupe qui l’accompagnait, dans une maison.
On rapporte que leur nombre s’élevait à quarante (1), et, selon une autre version, à soixante-dix. Jâriya les fit brûler vifs après les avoir avertis et mis en garde, mais ils ne voulurent rien entendre et ne renoncèrent pas à ce qui les avait amenés [de la part de Muʿâwiyya].
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Ibn Jarîr (2) a établi qu’ʿAlî combattit les gens de Nahrawân cette même année, et de même, la rébellion d’al-Khurrît ibn Râshid an-Nâjî se produisit également cette année-là. Al-Khurrît était à la tête de trois cents hommes de sa tribu, les Banû Nâjiyya, et se trouvait alors auprès de ʿAlî à Kûfa.
Il vint trouver ʿAlî et s’adressa à lui en ces termes : « Par Dieu, ô ʿAlî, je ne me plierai pas à tes ordres ni ne prierai derrière toi. Sache que, dès demain, je te quitterai. » Alors ʿAlî lui rétorqua : « Que ta mère te perde ! Tu désobéis ainsi à ton Seigneur, tu romps ton engagement, sans nuire à personne ou presque, sauf à toi-même. Pourquoi agis-tu de la sorte ? » Al-Khurrît répondit : « Parce que tu as statué sur le Livre (de Dieu) tout en t’avérant incapable de faire valoir la vérité lorsque la situation devint critique. Tu as accordé ta confiance à des gens injustes. Je m’élève donc contre toi et je te tiens rigueur. Désormais, nous rompons toute allégeance envers vous tous. » Puis il rejoignit ses compagnons et se mit en route vers la région de Baṣra.
ʿAlî envoya à sa poursuite Maʿqil ibn Qays, puis lui adjoignit Khâlid ibn Maʿdân aṭ-Ṭâʾî — lequel était pieux, valeureux et courageux — en lui commandant de l’écouter et de lui obéir. Quand ils furent réunis, ils formèrent une seule armée. Ils se lancèrent alors aux trousses d’al-Khurrît et de ses hommes, qu’ils rejoignirent après qu’ils eurent gagné les montagnes de Râmhurmuz.
Selon le récit, « Nous nous alignâmes face à eux puis avançâmes vers eux. Maʿqil ibn Qays confia l’aile droite (de l’armée) à Yazîd ibn Maʿqil, et l’aile gauche à Munjâb ibn Râshid aḍ-Ḍabbî. Al-Khurrît, pour sa part, se plaça à la tête de ses partisans parmi les Arabes sur son aile droite et plaça ceux qui l’avaient suivi parmi les Kurdes et les non-arabes sur son aile gauche.
Maʿqil ibn Qays avança alors au milieu de nos rangs en déclarant : “Serviteurs de Dieu ! Ne tirez pas les premiers, détournez votre regard [des provocations], parlez peu, et préparez-vous au combat — tant à la pointe de la lance qu’à l’épée. Réjouissez-vous de la récompense qui vous attend, car vous combattez des renégats qui ont quitté la religion, en plus de gens qui ont rompu leur engagement de tribut, de brigands et de Kurdes. Lorsque je mènerai la charge, lancez-vous d’un seul élan.”” Il effectua deux brèves accélérations de sa monture, puis enclencha la troisième et se rua sur l’ennemi. Nous le suivîmes tous dans l’assaut.
Par Dieu, ils ne tinrent pas une seule heure avant de fuir en déroute. Nous tuâmes près de trois cents hommes parmi les non-arabes et les Kurdes. Al-Khurrît s’enfuit jusqu’au lieu-dit Asâf — où se trouvait un grand nombre (kathîra) de ses compagnons — et ils le poursuivirent, l’abattant, lui et quelques partisans, au bord de la mer. C’est an-Nuʿmân ibn Ṣuhbân qui le tua. Avec lui périrent cent soixante-dix hommes lors de la bataille.
Ibn Jarîr relate ensuite plusieurs autres affrontements entre les compagnons de ʿAlî et les Khârijites (qui eurent également lieu à cette période).