Le lendemain, il se mit en route à pied pour s’y rendre et s’y installa, mais personne parmi l’armée ne sortit à sa rencontre. Au crépuscule, il appela les notables, qui se rendirent auprès de lui alors qu’il était peiné et accablé. Il se leva et prononça un discours : « Louange à Dieu pour ce qu’Il a décrété de Ses affaires, pour ce qu’Il a prédéterminé de Ses actes, ainsi que pour l’épreuve qu’Il m’a imposée avec vous et avec ceux qui ne m’obéissent pas lorsque j’ordonne ni ne répondent lorsque j’appelle. N’est-il pas étonnant que Muʿawiya convoque des gens frustes et ignorants qui le suivent sans aucune rémunération ni assistance et qui lui répondent deux ou trois fois par an, quelle que soit la direction qu’il choisit ? Quant à moi, je vous appelle, vous qui êtes doués de raison et qui représentez le reste du peuple, à apporter votre aide et (j’exhorte) un groupe d’entre vous à contribuer par des dons, mais vous vous dispersez loin de moi, vous me désobéissez et vous entre-déchirez à mon sujet ! »
Alors Mâlik ibn Kaʿb al-Arḥabî se leva et exhorta la foule à obéir aux ordres de ʿAlî, à l’écouter et à lui être soumis. Deux mille hommes répondirent à son appel ; ʿAlî les plaça sous le commandement de ce même Mâlik ibn Kaʿb, qui les mena pendant cinq jours. Puis, un groupe parmi ceux qui avaient accompagné Muḥammad ibn Abî Bakr en Égypte revint auprès de ʿAlî pour l’informer du déroulement des événements, de la manière dont Muḥammad ibn Abî Bakr fut tué et de l’établissement de l’autorité de ʿAmr dans le pays.
ʿAlî envoya alors un messager ordonnant à Mâlik (ibn Kaʿb) de rebrousser chemin, car il craignait que ses hommes ne se heurtent aux habitants du Shâm avant d’atteindre l’Égypte. Il apparut clairement que les Iraquiens s’étaient décidés à contredire ʿAlî dans ce qu’il leur prescrivait et dans ce qu’il leur interdisait, à s’insurger contre lui et à rejeter ses jugements, ses paroles et ses actes, par ignorance, manque de discernement, dureté de cœur, rudesse et du fait de la perversion de beaucoup d’entre eux.
C’est alors que ʿAlî écrivit à Ibn ʿAbbâs – son gouverneur à Basora – pour se plaindre de l’opposition (et de l’hostilité) qu’il rencontrait de la part du peuple. Ibn ʿAbbâs lui répondit en l’encourageant et en le consolant après la mort de Muḥammad ibn Abî Bakr, tout en l’exhortant à faire preuve de douceur envers les gens et à patienter face au mal qu’ils lui causaient, car la récompense divine vaut mieux que tous les biens de ce monde. Ensuite, Ibn ʿAbbâs quitta Basora pour rejoindre ʿAlî, qui se trouvait à Koufa, et plaça Ziyâd à la tête de Basora.
À cette époque, Muʿâwiya ibn Abî Sufyân envoya une lettre par l’intermédiaire de ʿAbd Allâh ibn ʿAmr al-Ḥaḍramî aux (habitants) de Basora, afin de les appeler à reconnaître le jugement rendu par ʿAmr ibn al-ʿÂṣ en sa faveur. Lorsqu’il arriva, il descendit chez les Banû Tamîm, qui lui accordèrent leur protection. Ziyâd se leva contre lui et dépêcha ʿAʿyin ibn Ḍubayʿa accompagné d’un groupe (d’hommes) qui partirent l’affronter. Ils s’affrontèrent et ʿAʿyin ibn Ḍubayʿa fut tué. Ziyâd informa alors ʿAlî des événements de Basora [de l’opposition survenue] après le départ d’Ibn ʿAbbâs, puis