« Al-Waqidî a dit : Cela eut lieu en Ṣafar de cette année. Il a également rapporté : Lorsque Muḥammad (fils d’Abû Bakr) fut tué, ‘Alî envoya al-Ashtar an-Nakha‘î en Égypte, mais celui-ci mourut en chemin – Dieu seul sait. Il déclara aussi qu’Udhruḥ survint au mois de Sha‘bân de cette même année. ‘Amr ibn al-‘Âṣ écrivit alors à Mu‘âwiya pour l’informer de ce qui s’était passé, en lui annonçant que Dieu lui avait ouvert l’accès au pays d’Égypte et que ses habitants étaient revenus à l’obéissance et au ralliement (réunis conformément aux instructions qui leur avaient été données).
Hishâm ibn Muḥammad al-Kalbî prétend que Muḥammad ibn Abî Ḥudhayfa ibn ‘Utba fut capturé [cette année] après le meurtre de Muḥammad (fils d’Abû Bakr) – lui qui avait fait partie des incitateurs à la mise à mort de ‘Uthmân. ‘Amr ibn al-‘Âṣ l’envoya à Mu‘âwiya sans se hâter de le tuer, car il était le cousin maternel de Mu‘âwiya. Mu‘âwiya l’emprisonna en Palestine, mais il parvint à s’évader [tandis que, selon ce qui est rapporté, Mu‘âwiya gardait ses distances]. Un homme [de la tribu de Khaṯ‘am], du nom de ‘Abd Allâh ibn ‘Amr ibn Ẓalâm, le rattrapa sur le territoire d’al-Balqâ’. Muḥammad s’était caché dans une grotte ; des onagres sauvages voulurent s’y abriter, mais lorsqu’elles l’y aperçurent, elles s’enfuirent. Des moissonneurs présents à proximité furent intrigués par leur fuite, s’approchèrent de la grotte et y trouvèrent Muḥammad ; ils allèrent alors prévenir [ceux qui le recherchaient]. Craignant que Muḥammad ne fût ramené à Mu‘âwiya pour y être gracié, ‘Abd Allâh ibn ‘Amr ibn Ẓalâm (1) le décapita à cet endroit. C’est ainsi que l’a rapporté Ibn al-Kalbî (2). Al-Waqidî et d’autres ont toutefois mentionné que Muḥammad ibn Abî Ḥudhayfa fut tué en l’an 36, comme nous l’avons déjà indiqué [plus haut] ; Dieu seul sait.
Ibrâhîm ibn al-Ḥusayn ibn Dayzîl rapporte dans son livre : « ‘Abd Allâh ibn Ṣâliḥ nous a transmis, d’après Ibn Lahî‘a, d’après Yazîd ibn Abî Ḥabîb, que ‘Amr ibn al-‘Âṣ s’était emparé des biens d’un Copte d’Égypte, car il avait la certitude que cet homme informait les Byzantins des points vulnérables des Musulmans – [en leur écrivant à ce sujet]. Il lui soutira cinquante-et-quelques irdabbs (3) de dînars. » Abû Ṣâliḥ ajouta : « L’irdabb équivaut à six wîbahs, et la wîbah est semblable au qafîz. Nous avons vérifié la mesure de la wîbah et constaté qu’elle correspondait à trente-neuf mille dînars. » Je dis : « Selon ce calcul, la somme prélevée au Copte (4) avoisinait treize millions de dînars. »
Abû Mikhnaf a rapporté, selon sa propre chaîne de transmission (5), que lorsque la nouvelle parvint à ‘Alî ibn Abî Ṭâlib de la mort de Muḥammad ibn Abî Bakr, de ce qui était advenu en Égypte, de la prise de pouvoir de ‘Amr et du ralliement des gens (6) autour de lui et de Mu‘âwiya, ‘Alî se leva pour haranguer la foule. Il les exhorta au jihâd, à la patience, et les appela à marcher contre leurs ennemis (les Syriens et les Égyptiens), leur donnant rendez-vous à al-Jur‘ah, entre al-Kûfa et al-Ḥîra. Puis… »