Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Et leur parole : «Et si ce n’était grâce à ton clan, nous t’aurions sûrement lapidé, et tu n’as aucune importance à nos yeux» (Hûd, 91). Cela relève de leur mécréance profonde et de leur obstination ignoble, car ils ont dit : «Nous ne comprenons pas grand-chose à ce que tu dis», c’est-à-dire que nous n’en saisissons ni le sens ni la raison, parce que nous ne l’aimons pas, nous ne le désirons pas, et nous ne lui accordons ni intérêt ni attention. C’est semblable à ce que les impies de Quraysh dirent au Messager de Dieu ﷺ : «Ils ont dit : “Nos cœurs sont voilés devant ce à quoi tu nous appelles, il y a dans nos oreilles une lourdeur et un rideau nous sépare de toi, agis donc, car nous aussi nous agissons”» (Fussilat, 5).

Ils ont également dit : «Et vraiment nous te voyons faible parmi nous» (Hûd, 91), c’est-à-dire opprimé, dédaigné. «Et si ce n’était grâce à ton clan» – c’est-à-dire ta tribu et ta famille parmi nous –, «nous t’aurions lapidé, et tu n’as aucune importance à nos yeux» (v. 91). Il leur répondit : «Ô mon peuple, ma tribu est-elle plus précieuse à vos yeux qu’Allah ?» (Hûd, 91-92), autrement dit : vous craignez ma tribu et ma parenté, vous me ménagez à cause d’eux, mais vous ne craignez pas la puissance d’Allah (1) et vous ne me respectez pas du fait que je suis le Messager de Dieu. Ainsi, vous considérez ma tribu plus importante qu’Allah : «Et vous avez rejeté la cause d’Allah derrière vos dos» (Hûd, 92), c’est-à-dire que vous avez mis de côté le droit d’Allah, abandonné derrière vous. «En vérité, mon Seigneur cerne parfaitement ce que vous faites» (Hûd, 92), Il sait ce que vous accomplissez et ce que vous ourdissez, et Il vous en rétribuera le jour où vous retournerez à Lui : «Ô mon peuple, agissez selon votre situation, moi aussi j’agirai. Vous saurez bientôt sur qui tombera un châtiment qui l’humiliera et qui est le menteur. Attendez ! Je suis avec vous parmi ceux qui attendent» (Hûd, 93).

C’est là une menace très ferme et un avertissement certain, les exhortant à persister dans leur voie, leur méthode et leurs usages, puis ils verront qui héritera de la bonne fin et sur qui s’abattra la destruction et la ruine : «celui sur qui viendra un châtiment qui l’humiliera» — dans ce bas-monde — «et sur qui s’abattra un châtiment permanent» — dans l’autre vie — «et qui est le menteur» : est-ce moi ou vous, dans ce que nous annonçons, dans ce que nous promettons et dans ce dont nous mettons en garde ? «Et attendez ! Je suis avec vous parmi ceux qui attendent» (Hûd, 93). C’est semblable à Sa Parole (Exalté soit-Il) : «Et si une partie d’entre vous a cru à ce avec quoi j’ai été envoyé, tandis qu’une autre partie n’y a pas cru, alors attendez jusqu’à ce qu’Allah juge entre nous ; Il est le Meilleur des juges» (al-Aʿrâf, 87).

«Les notables de son peuple, qui s’enorgueillirent, dirent : “Ô Shuʿayb ! Nous te bannirons assurément, toi et ceux qui ont cru avec toi, de notre cité, à moins que vous ne reveniez à notre religion.” Il dit : “Fût-ce malgré nous ? Nous forgerions assurément un grand mensonge contre Allah si nous revenions à votre religion, après qu’Allah nous en a sauvés. Il ne nous revient pas d’y retourner, à moins qu’Allah, notre Seigneur, ne le veuille. Notre Seigneur embrasse toute chose de Son savoir. C’est en Allah que nous plaçons notre confiance. Ô notre Seigneur, tranche entre nous et notre peuple en toute justice. Tu es le Meilleur des juges”» (al-Aʿrâf, 88-89). Ils cherchaient ainsi, pensaient-ils, à faire revenir ceux qui avaient cru à leur ancienne religion, mais Shuʿayb s’érigea en défenseur de son peuple, disant : «Fût-ce malgré nous ?» Autrement dit, ces croyants ne reviendraient pas de leur plein gré, mais seulement s’ils y étaient contraints sous la force. En effet, lorsque la foi pénètre le cœur, personne n’y renonce ni ne se détourne de son plein gré.

C’est pour cela qu’il déclara : «Nous forgerions assurément un grand mensonge contre Allah si nous revenions à votre religion, après qu’Allah nous en a sauvés. Il ne nous revient pas d’y retourner, à moins qu’Allah, notre Seigneur, ne le veuille. Notre Seigneur embrasse toute chose de Son savoir. C’est en Allah que nous plaçons notre confiance» (al-Aʿrâf, 89). Autrement dit, Il nous suffit, Il nous protège et c’est vers Lui que nous nous réfugions en toute affaire.

Ensuite, il invoqua contre son peuple et implora le secours de son Seigneur pour hâter le châtiment qu’ils méritaient, disant : «Ô notre Seigneur, tranche entre nous et notre peuple en toute justice, Tu es le Meilleur des juges» (al-Aʿrâf, 89), c’est-à-dire le Meilleur des arbitres. Ainsi, il invoqua contre eux, et Allah ne repousse pas la prière de Ses Messagers.

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(1) Le mot arabe “جَنَبة” (janaba) fait référence ici à la puissance, la force ou le « côté » d’Allah, que les mécréants auraient dû craindre et respecter davantage que la tribu de Shuʿayb.

(1) Janba : le côté ou la direction d'une chose. Dans l'édition imprimée : Janb.
وقولهم: ﴿وَلَوْلَا رَهْطُكَ لَرَجَمْنَاكَ وَمَا أَنْتَ عَلَيْنَا بِعَزِيزٍ﴾ [هود: ٩١] وهذا من كُفْرهم البليغ وعنادهم الشنيع، حيث قالوا: ﴿مَا نَفْقَهُ كَثِيرًا مِمَّا تَقُولُ﴾ أي: ما نفهمه ولا نتعقَّله، لأنا لا نُحبُّه ولا نُريده، وليس لنا همَّةٌ إليه، ولا إقبال عليه، وهو كما قال كفَّارُ قريش لرسول اللّه ﷺ : ﴿وَقَالُوا قُلُوبُنَا فِي أَكِنَّةٍ مِمَّا تَدْعُونَا إِلَيْهِ وَفِي آذَانِنَا وَقْرٌ وَمِنْ بَيْنِنَا وَبَيْنِكَ حِجَابٌ فَاعْمَلْ إِنَّنَا عَامِلُونَ﴾ [فصلت: ٥] وقولهم: ﴿وَإِنَّا لَنَرَاكَ فِينَا ضَعِيفًا﴾ [هود: ٩١] أي: مُضْطهدًا مهجورًا ﴿وَلَوْلَا رَهْطُكَ﴾ أي: قبيلتُك وعشيرتُك فينا ﴿لَرَجَمْنَاكَ وَمَا أَنْتَ عَلَيْنَا بِعَزِيزٍ (٩١) قَالَ يَاقَوْمِ أَرَهْطِي أَعَزُّ عَلَيْكُمْ مِنَ اللَّهِ﴾ [هود: ٩١، ٩٢] أي: تخافونَ قبيلتي وعشيرتي، وتراعوني بسببهم ولا تخافونَ جَنَبة (١) اللّه، ولا تراعوني لأني رسول اللّه، فصارَ رهطي أعزّ عليكم من اللّه: ﴿وَاتَّخَذْتُمُوهُ وَرَاءَكُمْ ظِهْرِيًّا﴾ [هود: ٩٢] أي: جعلتم جانب اللّه وراءَ ظهوركم ﴿إِنَّ رَبِّي بِمَا تَعْمَلُونَ مُحِيطٌ﴾ [هود: ٩٢] أي: هو عليمٌ بما تعملونَه وما تصنعونه، محيطٌ بذلك كله، وسيجزيكم عليه يوم تُرجعون إليه ﴿وَيَاقَوْمِ اعْمَلُوا عَلَى مَكَانَتِكُمْ إِنِّي عَامِلٌ سَوْفَ تَعْلَمُونَ مَنْ يَأْتِيهِ عَذَابٌ يُخْزِيهِ وَمَنْ هُوَ كَاذِبٌ وَارْتَقِبُوا إِنِّي مَعَكُمْ رَقِيبٌ﴾ [هود: ٩٣] وهذا أمر تهديد شديد ووعيدٍ أكيد، بأن يستمروا على طريقتهم ومنهجِهم وشاكلتِهم، فسوفَ تعلمونَ من تكونُ له عاقبةُ الدار، ومن يحلّ عليه الهلاك والبَوَار ﴿مَنْ يَأْتِيهِ عَذَابٌ يُخْزِيهِ﴾ أي: في هذه الحياة الدنيا ﴿وَيَحِلُّ عَلَيْهِ عَذَابٌ مُقِيمٌ﴾ أي: في الأخرى ﴿وَمَنْ هُوَ كَاذِبٌ﴾ أي: مني ومنكم فيما أخبر وبشَّر وحذَّر ﴿وَارْتَقِبُوا إِنِّي مَعَكُمْ رَقِيبٌ﴾ [هود: ٩٣] وهذا كقوله: ﴿وَإِنْ كَانَ طَائِفَةٌ مِنْكُمْ آمَنُوا بِالَّذِي أُرْسِلْتُ بِهِ وَطَائِفَةٌ لَمْ يُؤْمِنُوا فَاصْبِرُوا حَتَّى يَحْكُمَ اللَّهُ بَيْنَنَا وَهُوَ خَيْرُ الْحَاكِمِينَ﴾ [الأعراف: ٨٧] . ﴿قَالَ الْمَلَأُ الَّذِينَ اسْتَكْبَرُوا مِنْ قَوْمِهِ لَنُخْرِجَنَّكَ يَاشُعَيْبُ وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَكَ مِنْ قَرْيَتِنَا أَوْ لَتَعُودُنَّ فِي مِلَّتِنَا قَالَ أَوَلَوْ كُنَّا كَارِهِينَ (٨٨) قَدِ افْتَرَيْنَا عَلَى اللَّهِ كَذِبًا إِنْ عُدْنَا فِي مِلَّتِكُمْ بَعْدَ إِذْ نَجَّانَا اللَّهُ مِنْهَا وَمَا يَكُونُ لَنَا أَنْ نَعُودَ فِيهَا إِلَّا أَنْ يَشَاءَ اللَّهُ رَبُّنَا وَسِعَ رَبُّنَا كُلَّ شَيْءٍ عِلْمًا عَلَى اللَّهِ تَوَكَّلْنَا رَبَّنَا افْتَحْ بَيْنَنَا وَبَيْنَ قَوْمِنَا بِالْحَقِّ وَأَنْتَ خَيْرُ الْفَاتِحِينَ﴾ [الأعراف: ٨٨، ٨٩] . طلبوا بزعمهم أن يردُّوا من آمن منهم إلى ملَّتهم، فانتصب شعيب للمحاجَّة عن قومه فقال: ﴿أَوَلَوْ كُنَّا كَارِهِينَ﴾ أي: هؤلاء لا يعودونَ إليكم اختيارًا وإنما يعودونَ إليه إن عادُوا اضْطرارًا مُكرمينَ، وذلك لأن الإيمان إذا خالطتْه بشاشةُ القلوبِ لا يسخطُه أحدٌ، ولا يرتدُّ أحدٌ عنه، ولا محيدَ لأحد منه. ولهذا قال: ﴿قَدِ افْتَرَيْنَا عَلَى اللَّهِ كَذِبًا إِنْ عُدْنَا فِي مِلَّتِكُمْ بَعْدَ إِذْ نَجَّانَا اللَّهُ مِنْهَا وَمَا يَكُونُ لَنَا أَنْ نَعُودَ فِيهَا إِلَّا أَنْ يَشَاءَ اللَّهُ رَبُّنَا وَسِعَ رَبُّنَا كُلَّ شَيْءٍ عِلْمًا عَلَى اللَّهِ تَوَكَّلْنَا﴾ [الأعراف: ٨٩] أي: فهو كافينا وهو العاصمُ لنا وإليه مَلْجَؤُنا في جميع أمرنا. ثم استفتحَ على قومِه واستنصرَ ربَّه عليهم في تعجيل ما يستحقونه إليهم، فقال: ﴿رَبَّنَا افْتَحْ بَيْنَنَا وَبَيْنَ قَوْمِنَا بِالْحَقِّ وَأَنْتَ خَيْرُ الْفَاتِحِينَ﴾ [الأعراف: ٨٩] أي: الحاكمين. فدعا عليهم، واللّه لا يردُّ دعاء رسلِه
(١) جَنبة: جانب الشيء وناحيته. وفي المطبوع: جَنْب.

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