Le jour de Nahrawân eut lieu cette année – j’entends par là l’an trente-sept. Ibn Jarîr a dit : « La plupart des historiens de la sîrah (chroniqueurs) affirment que cela remonte à l’an trente-huit, et Ibn Jarîr l’a jugé authentique. » J’ai dit : « C’est ce qui paraît le plus vraisemblable, comme nous le signalerons l’année suivante, si Dieu le veut. »
Ibn Jarîr a également rapporté : « Au cours de cette année – c’est-à-dire l’an trente-sept – le hajj a été dirigé par ‘Ubayd Allâh ibn ‘Abbâs, gouverneur (‘âmil) de ‘Alî sur le Yémen et ses environs. Qutham ibn ‘Abbâs était gouverneur de La Mecque, et Tamâm ibn ‘Abbâs (ou, selon certains, Sahl ibn Hunayf) administrait Médine. Quant à Bassora, ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs en était le gouverneur, et Abû al-Aswad ad-Du’aliy y exerçait la fonction de juge. En Égypte, le gouverneur était Muhammad ibn Abî Bakr, tandis que (Alî ibn Abî Tâlib), Commandeur des Croyants, (séjournait) à Koufa, et Mu’âwiyah ibn Abî Sufyân s’était emparé de la Syrie. »
J’ai ajouté : « Il avait l’intention de prendre l’Égypte à Muhammad ibn Abî Bakr [as-Siddîq]. »
Ensuite, parmi ceux qui décédèrent [cette même année] parmi les notables, on compte :
(1) Khabbâb ibn al-Aratt (2) ibn Jandalah ibn Sa‘d ibn Khuzaymah. Il fut capturé à l’époque préislamique, puis acheté par Umm Sabâ‘ bint Anmâr al-Khuzâ‘iyyah, qui pratiquait l’excision sur les femmes. Cette dernière était la mère de Sabâ‘ ibn ‘Abd al-‘Uzzâ, tué par Hamza le jour de la bataille d’Uhud. Khabbâb conclut un pacte (3) avec les Banû Zuhrah. Il se convertit tôt à l’islam, avant l’épisode de la maison d’al-Arqam, et fut parmi ceux qu’on persécutait pour Dieu, mais qui patientaient (4) et espéraient la récompense divine. Il émigra et prit part à la bataille de Badr, ainsi qu’aux autres campagnes.
Ash-Sha‘bî rapporte : « Un jour, Khabbâb entra auprès de ‘Umar, qui l’honora et dit : “Personne n’est plus digne que toi de ce siège, si ce n’est Bilâl.” Khabbâb répondit : “Ô Commandeur des Croyants, Bilâl a souffert de persécutions, mais il avait quelqu’un pour le protéger, tandis que moi, je n’avais aucun défenseur. Par Dieu, un jour ils m’ont fait rôtir sur un feu ardent, et un homme a posé son pied sur ma poitrine pour m’immobiliser, de sorte que je n’avais pour me protéger du sol que mon propre dos.” Puis il découvrit son dos, qui présentait alors des marques blanches.”
Lorsque Khabbâb tomba malade, des compagnons vinrent lui rendre visite et lui dirent : “Réjouis-toi ! Demain tu rencontreras tes bien-aimés : Muhammad et ses compagnons.” Il répliqua : “Par Dieu, mes frères sont partis et n’ont rien tiré de ce bas monde (5), tandis que pour nous, ses fruits ont mûri, et voilà que nous les cueillons (6).”