Il est borgne (1), et ce qui lui manque est plus impuissant encore. [Prenez garde !] Vous avez été enjoints de partir en voyage, et on vous a indiqués la provision nécessaire [alors agissez selon l’exigence]. Sachez que la crainte la plus vive que j’éprouve à votre égard se concentre sur deux choses : l’espoir prolongé et le fait de suivre la passion. En effet, l’espoir prolongé fait oublier l’au-delà, tandis que le fait de suivre la passion éloigne de la vérité (2). Or, ce monde s’en va et se détourne, tandis que l’au-delà s’approche à grands pas ; tous deux ont des enfants : efforcez-vous donc d’être des enfants de l’au-delà, et ne soyez pas des enfants de ce bas monde. Car aujourd’hui est un temps d’action sans jugement, et demain viendra le jugement sans possibilité d’action.
Cette prédication [puissante] est d’une éloquence bénéfique : elle rassemble tout bien et met en garde contre tout mal. On a rapporté à son sujet d’autres témoignages issus de diverses sources. Louange à Dieu et reconnaissance Lui soient rendues.
Ibn Jarir (3) rapporte ceci : lorsque les gens d’Irak refusèrent d’accompagner ‘Ali – qu'Allah soit satisfait de lui – pour marcher vers la Syrie, il leur adressa un sermon, les blâma, les réprimanda, les menaça et leur récita différents versets du Coran sur le combat (jihâd). Il les exhorta à entreprendre la marche contre l’ennemi, mais ils déclinèrent, le contredirent, ne l’approuvèrent pas et restèrent dans leurs contrées, se dispersant ici et là.
[On rapporte que cela était dû au fait qu’il avait tué les kharijites, qui étaient leurs proches et leurs frères. Ils les estimaient supérieurs pour leur pratique religieuse et leur lecture, ce qui les rendit réticents à soutenir ‘Ali et les poussa à s’éloigner de lui. C’est ainsi qu’il se rendit à Koufa dans un état que Dieu seul connaît.]
[Chapitre] Al-Haytham ibn ‘Adî a relaté qu’après [la mise à mort de ceux de] Nahrawân par ‘Ali – qu'Allah soit satisfait de lui –, un homme du nom de Khirrît (4) ibn Râchid an-Nâjî se révolta contre lui. Il était venu avec les habitants de Bassora. Il dit alors à ‘Ali : « Tu as combattu les gens de Nahrawân parce qu’ils te reprochaient l’arbitrage. Tu prétends avoir octroyé ta parole et tes pactes à ceux de Syrie, que tu ne comptes pas rompre. Or voici que ces deux arbitres se sont accordés pour te destituer, puis ont divergé sur l’investiture de Mu‘âwiya : ‘Amr [ibn al-‘Âs] l’a investi tandis qu’Abû Mûsâ s’y est opposé (7). Tu es donc déchu de ta fonction selon leur accord, et moi je te déclare déchu, ainsi que Mu‘âwiya avec toi. » Un grand nombre de ses gens – principalement de Banû Nâjia et d’autres – le suivit et se retira en un lieu à part.
‘Ali envoya alors Ma‘qil ibn Qays ar-Ramâhî à la tête d’une puissante armée contre eux. Ma‘qil leur infligea de lourdes pertes et captura cinq cents familles de Banû Nâjia, qu’il amena ensuite devant ‘Ali. À leur rencontre se présenta un certain Maṣqala ibn Hubayra, Abû al-Mughallis – qui était alors gouverneur d’une région sous l’autorité de ‘Ali – et ils sollicitèrent son intervention en leur faveur.