Isa ibn Dâb rapporte : Lorsque ‘Alî (que la paix soit sur lui) revint de Nahrawân, il se leva pour s’adresser aux gens et dit – après avoir loué Dieu et exalté Son Nom, et invoqué la prière sur le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) : « Or donc, Dieu a fortifié votre victoire. Partez donc immédiatement à la rencontre de votre ennemi, le peuple du Shâm. »
Ils se levèrent alors et lui dirent : « Ô Commandeur des croyants, nos flèches sont épuisées, nos épées se sont émoussées, et nos pointes de lance se sont usées. Ramène-nous dans notre cité, afin que nous puissions nous rééquiper au mieux, et peut-être que le Commandeur des croyants nous ajoutera l’armement de ceux qui nous ont quittés ou sont décédés parmi nous, car cela nous rendra plus forts contre notre ennemi. » Celui qui prononça ces mots était Al-Ach‘ath ibn Qays al-Kindî. (1) ‘Alî leur donna alors satisfaction et emmena les gens jusqu’à ce qu’il s’installe à an-Nukhayla. Il leur ordonna de rester dans le camp, de se tenir prêts pour le combat contre l’ennemi et de limiter les visites à leurs femmes et à leurs enfants. Ils demeurèrent quelques jours à ses côtés en restant fidèles (2) à son opinion et à ses propos, puis ils se retirèrent peu à peu, si bien qu’il ne resta plus qu’un petit nombre de ses compagnons (3).
‘Alî (que la paix soit sur lui) se leva alors parmi ceux qui restaient et prononça un discours en ces termes : « Louange à Dieu, Créateur des êtres, Séparateur de l’aurore, Celui qui ressuscite les morts et fait sortir ceux qui sont dans les tombes. Je témoigne qu’il n’est de dieu que Dieu, et je témoigne que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Je vous recommande la crainte de Dieu, car la meilleure voie par laquelle le serviteur s’approche de lui est la foi, le combat dans Sa voie et la parole de la sincérité – car elle est la disposition innée –, l’accomplissement de la prière – car c’est la Religion – et le versement de l’aumône légale – car cela fait partie des obligations de Dieu (4). Le jeûne du mois de Ramadan est un bouclier contre Son châtiment (5). Le pèlerinage à la Maison sacrée éloigne la pauvreté et efface le péché. Le maintien des liens de parenté accroît la richesse, prolonge la durée de vie et assure l’affection dans la famille. L’aumône discrète expie la faute et éteint la colère du Seigneur. Le bienfait envers autrui préserve d’une mauvaise mort et protège des fins tragiques. Multipliez l’invocation de Dieu car c’est la meilleure des évocations, et aspirez à ce qui a été promis aux pieux, car la promesse de Dieu est la plus véridique.
Imitez la guidée de votre Prophète (que la prière et la paix soient sur lui), car c’est la meilleure des guidées. Conformez-vous à sa tradition, car c’est la meilleure des traditions. Apprenez le Livre de Dieu, car c’est la meilleure des paroles. Plongez-vous dans la connaissance de la religion, car elle est le printemps des cœurs. Cherchez la guérison dans Sa lumière, car elle est remède à ce qui est dans les poitrines. Récitez-le de la meilleure façon, car c’est la plus belle des histoires. Lorsqu’il est récité devant vous, écoutez-le attentivement et observez le silence, afin qu’il vous soit fait miséricorde. Une fois que vous êtes guidés vers sa science, mettez en pratique ce que vous avez appris, afin que vous soyez rectement orientés. En effet, le savant qui n’agit pas selon son savoir est semblable à l’ignorant perplexe qui ne sort pas de son ignorance (6). J’estime d’ailleurs qu’il est plus lourdement sanctionné et plus longuement accablé de remords, cet homme savant qui se détourne de sa science, que l’ignorant livré à son propre trouble. Tous deux sont égarés et perdus.
Ne cédez pas au doute, de peur de sombrer dans l’incertitude. Ne tombez pas dans l’incertitude, de peur d’aboutir à la mécréance (7). Ne vous accordez pas de permissivité excessive, de crainte de devenir négligents. Ne soyez pas négligents (8) au sujet de la vérité, sinon vous périrez. Sachez qu’il fait partie de la prudence de se fier, et qu’être confiant n’implique pas de se laisser tromper. Le plus sincère d’entre vous envers lui-même est le plus obéissant envers son Seigneur, et celui qui se montre le plus trompeur envers lui-même est celui qui désobéit le plus à son Seigneur. Quiconque obéit à Dieu est en sécurité. »