«Quant à ma capacité (et cette parole) : “Et mon succès [tawfîq] ne provient que d’Allah”, c’est-à-dire dans toutes mes situations, “Je place ma confiance en Lui et c’est vers Lui que je reviens” [Hûd : 88]. Autrement dit, c’est en Lui que je me confie pour toutes mes affaires, et c’est auprès de Lui que se trouve mon ultime retour et ma destinée en toute chose. Voilà un état qui suscite l’encouragement.
Puis il passa à une forme de mise en garde, en disant : “Ô mon peuple, que mon opposition ne vous entraîne pas à être frappés par un châtiment semblable à celui qui frappa le peuple de Noé, le peuple de Hûd ou le peuple de Sâlih, et le peuple de Loth n’est pas loin de vous” [Hûd : 89]. C’est-à-dire : ne laissez pas votre hostilité envers moi, et votre aversion pour ce que je vous ai apporté, vous pousser à persister dans votre égarement, votre ignorance et votre opposition. Sinon Allah fera tomber sur vous la punition et le châtiment qu’Il a infligés à vos semblables et à ceux qui vous ressemblent parmi le peuple de Noé, le peuple de Hûd et le peuple de Sâlih, qui avaient renié et contredit.
Sa parole : “Et le peuple de Loth n’est pas loin de vous” [Hûd : 89] a fait l’objet de plusieurs interprétations. Certains disent qu’il s’agit d’une proximité dans le temps : le souvenir n’est pas ancien, et vous êtes bien au courant de ce qu’Allah leur a infligé en raison de leur mécréance et de leur rébellion. D’autres disent qu’ils ne sont pas loin de vous géographiquement, dans leur lieu d’habitation. On a également avancé qu’ils vous ressemblent par des caractéristiques et des agissements répréhensibles (vol sur les routes, appropriation des biens d’autrui à découvert ou en secret, à travers divers artifices et tromperies). On peut concilier ces interprétations, car ils ne vous sont pas distants, ni dans le temps, ni dans l’espace, ni dans leurs caractéristiques.
Il continue en mêlant la mise en garde à l’exhortation : “Implorez le pardon de votre Seigneur, puis repentez-vous à Lui. Mon Seigneur est en vérité Miséricordieux, Plein d’amour” [Hûd : 90]. Autrement dit, cessez de faire ce que vous faites et repentez-vous auprès de votre Seigneur, le Miséricordieux, l’Aimant, car quiconque se tourne vers Lui en se repentant trouvera qu’Il se penche vers lui. En effet, Il est Miséricordieux envers Ses serviteurs, plus encore qu’une mère envers son enfant. “Wadûd” (Plein d’amour) indique qu’Il répond, même après le repentir de Son serviteur, et ce, même lorsque les péchés sont particulièrement grands et destructeurs.
Ensuite, ils dirent : “Ô Shuʿayb, nous ne comprenons pas grand-chose à ce que tu dis et nous te voyons chez nous comme un faible” [Hûd : 91]. D’après Ibn ʿAbbâs, Saʿîd Ibn Jubayr et Ath-Thawrî (1), ils affirment qu’il (Shuʿayb) était aveugle.
Il est par ailleurs rapporté, dans un hadith attribué (marfûʿ) au Prophète, qu’il pleura d’amour pour Allah jusqu’à devenir aveugle. Allah lui rendit alors la vue et lui dit : “Ô Shuʿayb, pleures-tu par crainte de l’Enfer ou par désir du Paradis ?” Il répondit : “Non, mais (je pleure) par amour pour Toi : lorsque je Te contemple, je ne me soucie plus de ce qu’on peut me faire.” Allah lui révéla alors : “Toutes mes félicitations, ô Shuʿayb, pour la rencontre avec Moi ! C’est pour cela que J’ai mis à ton service Mûsâ ibn ʿImrân, Mon interlocuteur.”
Ce récit a été transmis par Al-Wâhidî (2), selon Abû Al-Fath Muhammad Ibn ʿAlî Al-Kûfî, d’après ʿAlî Ibn Al-Hasan Ibn Bandâr, d’après Abû ʿAbd Allâh Ibn Muhammad Ibn Isḥâq Ar-Ramlî, d’après Hishâm Ibn ʿAmmâr, d’après Ismâʿîl Ibn ʿAyâsh, d’après Baḥîr Ibn Saʿîd, d’après Shaddâd Ibn Aws, d’après le Prophète (que la paix et le salut soient sur lui), dans un récit similaire. Ce hadith est toutefois considéré comme très étrange (gharîb jiddan), et Al-Khaṭîb Al-Baghdâdî (3) l’a déclaré faible.»