Et Sa parole : «…et je ne suis pas un gardien pour vous» [Hûd : 86] signifie : accomplissez ce que je vous ordonne, en quête de la Face d’Allah et dans l’espoir de Sa Récompense, et non pour que je vous voie, moi ou quelqu’un d’autre.
«Ils dirent : “Ô Shuʿayb ! Est-ce ta prière qui te commande de nous faire abandonner ce que nos pères adoraient, ou de nous empêcher de disposer de nos biens comme nous l’entendons ? Tu es vraiment le sage, le bien-guidé.”» [Hûd : 87]
Ils prononçaient ces paroles par moquerie, dérision et mépris : «Est-ce donc ta prière qui t’ordonne de restreindre notre liberté de n’adorer que ton Dieu, de délaisser ce que nos premiers ancêtres adoraient, ou de ne conduire nos transactions que selon ce que tu approuves, tout en rejetant celles que tu désapprouves, alors que nous, nous les estimons licites ?» Puis Allah dit : «Tu es vraiment le sage, le bien-guidé» [Hûd : 87]. Ibn ʿAbbâs, Maymûn ibn Mihrân, Ibn Jurayj, Zayd ibn Aslam et Ibn Jarîr (1) expliquent que les ennemis de Dieu disaient cela pour se moquer.
«Il dit : “Ô mon peuple, que direz-vous si je m’appuie sur une preuve évidente de mon Seigneur et qu’Il m’a accordé de Sa part une bonne subsistance ? Je ne veux nullement vous contredire en faisant ce dont je vous interdis. Je ne veux que la réforme, autant que je le puis. Et c’est à Allah que je fais confiance et c’est à Lui que je reviens.”» [Hûd : 88]
Il s’agit là d’une expression pleine de délicatesse et d’un appel à la vérité par la formulation la plus claire. Il leur dit : «Ô vous qui me traitez de menteur, que direz-vous si je m’appuie sur une preuve éclatante venant de mon Seigneur, c’est-à-dire un ordre évident d’Allah qui m’a envoyé à vous, et qu’Il m’a accordé une subsistance agréable», entendant par là la prophétie et le message ? Bien que vous en soyez demeurés aveugles, quelle stratégie me resterait-il pour vous convaincre ? C’est semblable à ce que Noé – que la paix soit sur lui – avait déjà dit à son peuple.
Et Sa parole : «Je ne veux nullement vous contredire en faisant ce dont je vous interdis…» [Hûd : 88] signifie : je ne vous prescris rien sans être le premier à l’accomplir, et lorsque je vous interdis quelque chose, je suis le premier à l’abandonner. Telle est la qualité méritoire et hautement louable, tandis que son contraire est réprouvé et condamnable, comme on le voit chez les savants et les orateurs ignorants d’Israël à la fin de leur époque. Allah – exalté soit-Il – a dit : «Ordonnez-vous aux gens de faire le bien tout en vous l’oubliant vous-mêmes, alors que vous récitez le Livre ? Ne raisonnez-vous donc pas ?» [Al-Baqara : 44].
On rapporte dans le Ṣaḥīḥ, d’après le Messager d’Allah (ﷺ) : «On amènera un homme et on le précipitera en Enfer ; ses entrailles se répandront hors de son ventre et il tournera autour d’elles comme l’âne tourne autour de sa meule. Les gens de l’Enfer se rassembleront autour de lui et diront : “Ô untel, qu’as-tu donc ? N’ordonnais-tu pas le bien et n’interdisais-tu pas le mal ?” Il répondra : “Oui, je commandais le bien sans le pratiquer et j’interdisais le mal tout en le faisant.”» (2)
C’est là la caractéristique de ceux qui s’opposent aux prophètes parmi les pervers et les malheureux. Quant aux notables parmi les nobles et les sages parmi les savants, qui craignent leur Seigneur dans le secret, ils suivent l’exemple du Prophète de Dieu Shuʿayb : «Je ne veux nullement vous contredire en faisant ce dont je vous interdis. Je ne veux que la réforme, autant que je le puis» [Hûd : 88]. Autrement dit, dans toutes mes affaires, je ne vise que la rectification et l’amélioration de mes actes et de mes propos, autant qu’il me sera possible.