Et Ishaq ibn Bishr rapporta, d’après Juwaybir, d’après ad-Dahhāk, d’après Ibn Abbās : « C’était un peuple rebelle et tyrannique qui s’asseyait sur la route et portait préjudice aux gens, c’est-à-dire qu’ils leur prélevaient une dîme. Ils furent les premiers à établir cette pratique. » Puis Dieu – Exalté soit-Il – dit : « Vous détournez du chemin de Dieu ceux qui y ont cru et vous cherchez à le rendre tortueux » [al-Aʿrāf : 86].
Il leur interdit donc d’entraver la route matérielle, d’ordre mondain, et la route spirituelle, d’ordre religieux : « Et rappelez-vous lorsque vous n’étiez qu’un petit nombre, puis Il vous a multipliés. Regardez quelle fut la fin des corrupteurs » [al-Aʿrāf : 86]. Dieu leur rappela Sa grâce envers eux en les rendant nombreux après qu’ils aient été peu, et Il les avertit de Son châtiment s’ils s’opposaient aux orientations qu’Il leur avait données. Comme Il leur avait également dit dans un autre passage : « Et ne diminuez pas la mesure et le poids : je vous vois dans l’aisance et je crains pour vous le châtiment d’un Jour qui vous enveloppera de toutes parts » [Hūd : 84].
Autrement dit : « Ne persévérez pas dans ce que vous faites, de peur que Dieu n’anéantisse la bénédiction de ce que vous possédez, ne vous appauvrisse et ne vous prive de vos moyens, en plus du châtiment dans l’au-delà. Celui qui cumule un tel sort ici-bas et le châtiment de l’au-delà aura conclu un marché perdant. » Il leur interdit d’abord de perpétrer cette tromperie en matière de mesure et de poids, et les avertit ainsi de la perte de la grâce divine dans ce monde et de Son châtiment douloureux dans l’autre. Il les réprimanda avec la plus grande sévérité.
Ensuite, il dit à son peuple en leur ordonnant l’inverse de ce qu’il leur avait précédemment défendu : « Ô mon peuple, donnez la mesure et le poids avec équité. Ne lésez pas les gens dans leurs biens et ne semez pas la corruption sur la terre. Le reste de Dieu est meilleur pour vous si vous êtes croyants. Et je ne suis pas un gardien placé sur vous » [Hūd : 85-86]. Ibn Abbās et Al-Hasan al-Basrī dirent : « “Le reste de Dieu est meilleur pour vous” [Hūd : 86], c’est-à-dire que la subsistance accordée par Dieu est meilleure pour vous que de vous approprier les biens d’autrui. » Ibn Jarīr (At-Tabarī) déclara : « Ce qui vous reste comme bénéfice après avoir rempli honnêtement la mesure et le poids est meilleur pour vous que de prendre les biens des gens en trompant. » Il mentionna que cela fut également rapporté d’Ibn Abbās. C’est une explication tout à fait juste et conforme à la Parole de Dieu : « Dis : “L’impur et le pur ne sont pas égaux, même si l’abondance de l’impur te séduit” » [al-Mā’ida : 100]. Cela signifie qu’un peu de licite vaut mieux qu’une grande quantité d’illicite. En effet, le licite est toujours béni, même s’il est faible, tandis que l’illicite finit par être anéanti, même s’il est abondant. Comme l’affirme le Très-Haut : « Dieu anéantit l’usure et fait fructifier les aumônes » [al-Baqara : 276].
Le Messager de Dieu (paix et bénédiction sur lui) a dit : « En vérité, l’usure, même si elle s’accroît, son devenir est à l’appauvrissement » (2). Dans un autre hadith, il dit (paix et bénédiction sur lui) : « Les deux contractants ont le choix tant qu’ils ne se sont pas séparés. S’ils disent la vérité et exposent les défauts, leur transaction sera bénie ; mais s’ils dissimulent et mentent, la bénédiction de leur transaction sera effacée » (3). L’idée principale est donc que le profit licite est béni, même s’il est peu, alors que l’illicite ne sert à rien, même s’il est important. C’est pour cette raison que le Prophète de Dieu, Shu‘ayb, leur dit : « Le reste de Dieu est meilleur pour vous, si vous êtes croyants » [Hūd : 86].