Des groupes nombreux parmi eux se retirèrent – ils étaient alors au nombre de quatre mille – si bien qu’il n’en resta plus qu’environ mille, voire moins, aux côtés de ‘Abd Allâh ibn Wahb ar-Râsibî. (1) Ils marchèrent contre ‘Alî, qui disposa devant lui la cavalerie, plaça les archers devant et rangea l’infanterie derrière la cavalerie. Il dit à ses compagnons : « Abstenez-vous de les combattre tant qu’ils ne vous auront pas attaqués les premiers. » Puis les kharijites s’avancèrent en répétant : « Il n’y a de jugement qu’à Dieu ! En route, en route vers le Paradis ! » Ils chargèrent la cavalerie qu’avait mise ‘Alî en avant, la dispersant au point qu’une partie s’en alla vers la droite et une autre vers la gauche. Les archers leur décochèrent alors leurs flèches en visant leurs visages, pendant que la cavalerie les prenait à revers par la droite et par la gauche, et que l’infanterie fondait sur eux avec lances et épées. Ils massacrèrent les kharijites, qui tombèrent sous les sabots des chevaux. Leurs chefs furent tués : ‘Abd Allâh ibn Wahb, Ḥurqûṣ (fils de Zuhayr), Shurayḥ (fils d’Awf) et ‘Abd Allâh ibn Sakhbara (as-Sulamî, qu’Allah les défigure).
Abû Ayyûb raconta : « J’ai transpercé un kharijite de ma lance, le traversant de part en part jusqu’à son dos, puis je lui ai dit : “Réjouis-toi, ennemi de Dieu, du Feu !” Il répliqua : “Tu verras bien lequel de nous deux en est le plus digne !” » On rapporte qu’il n’y eut que sept morts du côté de ‘Alî. Celui-ci circula alors parmi les cadavres des kharijites en disant : « Malheur à vous ! Que celui qui vous a abusés vous a causé de tort ! » On lui demanda : « Ô Commandeur des croyants, qui les a trompés ? » Il répondit : « C’est le diable (2) et leurs âmes enclines au mal qui les ont leurrés par de vaines espérances, leur ont embelli la désobéissance et leur ont fait croire qu’ils seraient victorieux. »
Ensuite, il ordonna de rechercher leurs blessés, qui étaient au nombre de quatre cents, et les confia à leurs tribus pour qu’elles les soignent. Il partagea ensuite les armes et les biens trouvés sur eux. Al-Haytham ibn ‘Adî raconte dans son ouvrage « Les Kharijites » : « Muḥammad ibn Qays al-Asadî et Manṣûr ibn Dînâr nous ont rapporté d’après ‘Abd al-Malik ibn Maysara, d’après an-Nazzâl ibn Sabra, que ‘Alî ne préleva pas le cinquième (3) sur ce qu’il avait saisi aux kharijites le jour de Nahrawân, mais qu’il restitua tout à leurs ayants droit, jusqu’à ce qu’il reçoive, en dernier, un chaudron qu’il rendit également. » Abû Mikhnaf (4) dit : « ‘Abd al-Malik ibn Abî Ḥurra m’a rapporté que ‘Alî partit à la recherche de Dhû ath-Thudayya, accompagné de Sulaymân ibn Thamâma al-Ḥanafî, surnommé Abû Ḥurra, et de ar-Rayyân ibn Ṣabra ibn Hawdha. Ar-Rayyân le trouva dans une fosse au bord du fleuve, parmi quarante ou cinquante cadavres. Lorsqu’on l’en extirpa, on constata sur son épaule une masse de chair comparable au sein d’une femme, avec un mamelon [ressemblant à un téton] portant quelques poils noirs. Lorsqu’on l’étirait, il s’allongeait au point de toucher son autre main, puis il reprenait (5) sa place. »