Lorsqu’il arriva près de l’Euphrate, un astrologue vint à sa rencontre et lui indiqua de se mettre en marche à une certaine heure du jour, craignant pour lui en dehors de ce moment précis [s’il voyageait autrement]. Mais ‘Alî ne tint pas compte de cette recommandation et se mit en route contrairement à ce que l’astrologue avait préconisé. Il déclara : « Nous avançons en plaçant notre confiance en Dieu, en nous en remettant à Lui, et en démentant la parole de l’astrologue. » Dieu (– Exalté soit-Il –) lui accorda alors la victoire. ‘Alî dit : « Je n’ai voulu que montrer aux gens son erreur et j’ai craint que quelqu’un d’ignorant (1) n’affirme que, s’il a remporté la victoire, c’est parce qu’il avait suivi l’avis de l’astrologue. »
Ensuite, ‘Alî se dirigea du côté d’al-Anbâr et envoya en avant Qays ibn Sa‘d pour se rendre à al-Madâ’in, où il devait retrouver le gouverneur Sa‘d ibn Mas‘ûd, frère de ‘Abdallah ibn Mas‘ûd ath-Thaqafî, à la tête de l’armée d’al-Madâ’in. Les gens s’assemblèrent alors autour de ‘Alî.
Il adressa par la suite un message aux kharijites : « Remettez-nous (2) les assassins de nos frères afin que je les exécute, puis je vous laisserai et partirai vers les Arabes (ceux du Shâm) (3). Peut-être alors Dieu fera-t-Il revenir vos cœurs et vous ramènera-t-Il à un état meilleur que celui-ci. » Les kharijites envoyèrent cette réponse à ‘Alî : « Nous avons tous tué vos frères et nous faisons partie de ceux qui considèrent licites leur sang et le vôtre (4). » Qays ibn Sa‘d ibn ‘Ubâda avança vers eux pour les exhorter quant à la gravité extrême de leur acte et la gravité du crime qu’ils avaient commis (le “khutb al-jassîm”), mais son discours ne leur fut d’aucune utilité. De même, Abû Ayyûb al-Ansârî les réprimanda, sans succès (5). Alors ‘Alî, Émir des croyants, s’approcha d’eux à son tour, les avertit et les mit en garde (6). Il les menaça et leur déclara : « Vous avez vous-mêmes exigé de moi cet accord alors que je m’y opposais, mais vous avez insisté. Maintenant me voici face à vous. Revenez de la voie que vous avez empruntée et ne transgressez pas les interdits divins. Vos âmes vous ont incités à tuer des musulmans ; par Dieu, si vous ne tuiez ne serait-ce qu’une seule volaille à cette fin, ce serait déjà énorme aux yeux de Dieu ! Que dire alors du sang de musulmans ? » Leur seule réponse fut de s’appeler mutuellement à ne pas engager la discussion avec lui et à se préparer à rencontrer le Seigneur (– Exalté soit-Il –), s’exhortant les uns les autres : « En route, en route vers le Paradis. » Ils s’avancèrent, se rangèrent pour combattre et se disposèrent à l’affrontement, plaçant Zayd ibn Husayn at-Tâ’î as-Sanbasî à la tête de l’aile droite, Sharîh ibn ‘Awf à la tête de l’aile gauche, Hamza ibn Sinân à la tête de leur cavalerie et Hurqûs ibn Zuhayr as-Sa‘dî à celle de l’infanterie. Ils se tinrent prêts à combattre ‘Alî et ses compagnons.
Pour sa part, ‘Alî confia l’aile droite à Hujr ibn ‘Adî et l’aile gauche à Shabath ibn Rib‘î et Ma‘qil ibn Qays ar-Riyâhî. Il plaça (8) Abû Ayyûb al-Ansârî à la tête de la cavalerie, Abû Qatâda al-Ansârî à la tête de l’infanterie, et mit les Médinois – au nombre de sept cents – sous les ordres de Qays ibn Sa‘d ibn ‘Ubâda. Il ordonna ensuite à Abû Ayyûb al-Ansârî de dresser une bannière d’amnistie (9) à l’intention des kharijites et de proclamer : « Quiconque se réfugie sous cette bannière est sauf. Quiconque retourne à al-Kûfa ou à al-Madâ’in est sauf. Car nous n’avons nul besoin de vous attacher… »