Ils ont semé la corruption sur terre, versé le sang, coupé les voies et se sont permis de violer les interdits. Parmi ceux qu’ils ont tués se trouvait ‘Abd Allâh ibn Khabbâb (1), compagnon du Messager de Dieu (ﷺ). Ils le capturèrent, lui et sa femme qui était enceinte.
Ils lui dirent : « Qui es-tu ? » Il répondit : « Je suis ‘Abd Allâh ibn Khabbâb, compagnon du Messager de Dieu (ﷺ), et vous m’avez effrayé. » Ils répondirent : « N’aie pas peur. Raconte-nous ce que tu as entendu de ton père. » Il dit alors : « J’ai entendu mon père dire : (j’ai entendu le Messager de Dieu (ﷺ) dire) : “Il y aura une épreuve : celui qui y reste assis sera meilleur que celui qui se tient debout, celui qui se tient debout sera meilleur que celui qui marche, et celui qui marche sera meilleur que celui qui court.” » (2)
Ils l’emmenèrent (3) par la main et, tandis qu’il marchait avec eux, l’un d’eux croisa un porc appartenant à un non-musulman sous protection (dhimmî) et lui asséna un coup d’épée qui en entailla la peau. Un autre lui dit : « Pourquoi as-tu fait cela ? Ce porc appartient à un protégé ! » Il alla donc demander l’autorisation au propriétaire et l’indemnisa pour l’acte commis. Plus tard, en chemin, une datte tomba d’un palmier ; l’un d’eux la ramassa et la mit dans sa bouche. Un autre lui dit : « Sans permission ni paiement ? » Alors il recracha la datte de sa bouche. Malgré cela, ils présentèrent ensuite ‘Abd Allâh ibn Khabbâb et l’égorgèrent. Puis ils s’en prirent à sa femme qui s’écria : « Je suis enceinte, ne craignez-vous pas Dieu ? » Ils l’égorgèrent également et éventrèrent son ventre pour en extraire l’enfant.
Quand les gens apprirent ce qu’ils avaient fait, ils craignirent que, s’ils partaient en Syrie pour combattre ses habitants, ces agresseurs ne reviennent attaquer ensuite leurs familles et leurs demeures de la même manière. Ils redoutèrent donc leurs funestes intentions (4) et conseillèrent à ‘Alî de commencer par se défaire de ces hommes, puis de se diriger vers la Syrie (5), afin que tout le monde soit à l’abri de leur mal. Cette décision fut prise à l’unanimité, et elle s’avéra salutaire tant pour eux que pour les Syriens, [car si ces hommes avaient pris de la force, ils auraient semé la corruption sur toute la terre, aussi bien en Irak qu’en Syrie, n’épargnant ni enfant ni adulte, homme ou femme, considérant que les gens étaient si corrompus qu’ils ne pouvaient être réformés que par leur mise à mort collective].
‘Alî envoya alors un messager, al-Hârith (6) ibn Murrah al-‘Abdî, vers les kharijites, en lui disant : « Informe-moi précisément de leur situation et transmets-m’en un compte rendu clair. » Quand il arriva auprès d’eux, ils le tuèrent sur-le-champ. Lorsqu’il en fut informé, ‘Alî résolut de se diriger d’abord contre eux (7), avant de partir en Syrie.
[On rapporte] la marche de l’Émir des croyants ‘Alî contre les kharijites : (lorsque ‘Alî et son armée décidèrent de commencer par les kharijites), il fit proclamer au peuple l’ordre du départ [pour les affronter]. Il franchit alors le pont, y accomplit deux unités de prière, puis passa par le couvent (‘dayr) de ‘Abd al-Rahmân, puis celui d’Abû Mûsâ, et longea la rive