Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ils jouissent d’une force et d’une protection, et ils constituent une armée indépendante faisant preuve de courage [de fermeté et de patience]. Ils considèrent qu’en agissant ainsi, ils se rapprochent de Dieu, si bien qu’on ne saurait les exposer à un feu ni espérer prélever d’eux une quelconque vengeance. Et c’est en Dieu que nous cherchons secours.

Abou Mikhnaf (1) a rapporté, d’après Abou Rawq, qui le tenait d’Aš-Šaʿbī, que lorsque les kharijites se dirigèrent vers An-Nahrawân, qu’Abou Moussa [al-Achʿarī] s’enfuit à La Mecque et qu’Ibn ʿAbbās retourna à Basra, ʿAlī prit alors la parole devant les habitants (de Koufa) : « Louange à Dieu, même si le temps nous inflige des épreuves cuisantes et des événements majeurs accablants (2). J’atteste qu’il n’est d’autre divinité que Lui et que Muḥammad est le Messager de Dieu. Cela dit, la désobéissance déshonore, fait du tort, engendre le regret et laisse un remords. Or, je vous avais ordonné à propos de ces deux hommes et de ce jugement ce que j’estimais juste, vous offrant mon avis, mais vous n’avez fait que ce que vous vouliez. J’ai donc été avec vous comme l’a dit l’homme de Hawāzin, qui a bien formulé (3) :

[du mètre at-Ṭawīl]
« Je leur ai prodigué mes conseils au défilé d’al-Liwā
Mais ils n’ont reconnu la voie droite qu’au matin suivant. »

Ensuite, il évoqua ce qu’avaient fait les deux arbitres, rejeta leur jugement, leur adressa des reproches et parla de ce qui leur était préjudiciable (4). Puis il exhorta les gens à partir combattre les habitants de la Syrie (5), fixa le lundi comme jour de départ et écrivit (6) à Ibn ʿAbbās, gouverneur de Basra, pour mobiliser les gens contre [les habitants de] la Syrie. Il envoya également un message aux kharijites pour leur faire savoir que le jugement des deux arbitres était annulé et qu’il avait décidé de partir pour la Syrie. « Venez, disait-il, afin que nous nous unissions pour les combattre. »

Ils lui écrivirent : « Après quoi, tu n’as pas agi par colère pour ton Seigneur, mais par colère pour toi-même. Si tu attestes toi-même de ta mécréance et que tu entreprends de te repentir, nous examinerons ce qui nous sépare de toi, sinon nous t’avons rompu tout lien, à égalité. » Et ils citèrent le verset : « En vérité, Dieu n’aime pas les traîtres » (al-Anfāl, 38). Quand ʿAlī lut leur lettre, il désespéra d’eux et se résolut à partir en Syrie pour les y affronter. Il sortit donc de Koufa en direction d’An-Noukhayla (7) avec une armée nombreuse de soixante-cinq mille hommes. Ibn ʿAbbās lui envoya un renfort de trois mille deux cents cavaliers, issus des habitants de Basra, menés par Jāriya (8) ibn Qudāma (mille cinq cents hommes) et Abou al-Aswad ad-Duʾalī (mille sept cents hommes). Ainsi l’armée de ʿAlī comptait désormais soixante-huit mille deux cents cavaliers. Il prit la parole en sa qualité de Commandeur des croyants (9) et les exhorta au combat et à la patience lors de la rencontre [avec l’ennemi], résolu à [partir en expédition contre les habitants de] la Syrie. (Alors qu’il en était ainsi,) on l’informa que les kharijites

(1) Histoire de al-Tabari (vol. 5, p. 77). (2) En note marginale : « al-Qādiḥ ». (3) Le poème de Durayd ibn al-Ṣamma dans son Dīwān – Muhammad Khayr Buqaʿī – p. 47. (4) En note : Il leur a répondu concernant leur jugement, les a avertis, a montré l’inclination et la fausseté que cela contenait, ainsi que l’amour du monde, le peu de conseil et la vision limitée du umma, et les a dépréciés. (5) En note : sortir vers les gens du Sham et le jihad auprès d’eux. (6) En note marginale : « wa-ndabb » (et exhorta). (7) Al-Nukhayla : lieu proche de Koufa en direction de la Syrie. Cf. al-Muʿjam al-Buldān (vol. 5, p. 278). (8) En note : Ḥāritha, une altération, et une esclave fille de Qudāma dont la biographie se trouve dans al-Istiʿāb (vol. 1, p. 226). (9) En note : ʿAlī est chez les gens un orateur.
لهم شوكة ومنعة، وهم جند مستقلون وفيهم شجاعة [وثبات وصبر] وعندهم أنهم متقربون بذلك [إلى الله – Exalté soit-Il – ] فهم لا يُصطلى لهم بنار، ولا يطمع (في) أن يؤخذ منهم بثأر، وباللّه المستعان. قال أبو مخنف (١) : عن أبي رَوْق، عن الشَّعبيّ: أن عليًّا لما خرجت الخوارج إلى النهروان وهرب أبو موسى [الأشعري] إلى مكة، ورد ابن عباس إلى البصرة، قام في الناس (بالكوفة) خطيبًا فقال: الحمد للّه وإن أتى الدهر بالخطب الفادح، والحدثان الجليل الكادح (٢) ، وأشهد أن لا إله غيره وأن محمدًا رسول اللّه، أما بعد فإن المعصية تشين وتسوء وتورث الحسرة، وتعقب الندم، وقد كنت أمرتكم في هذين الرجلين وفي هذه الحكومة بأمري، ونحلتكم رأي، فأبيتم إِلَّا ما أردتم، فكنت أنا وأنتم كما قال أخو هوازن فأجاز (٣) : [من الطويل] بذلتُ لهم نُصْحي بمُنْعرج اللِّوى … فلم يستبينوا الرُّشْدَ إِلَّا ضُحى الغدِ ثم تكلم فيما فعله الحكمان فرد عليهما ما حكما به وأنَّبَهما، وقال ما فيه حط عليهما (٤) ، ثم ندب الناس إلى الخروج إلى الجهاد في أهل الشّام (٥) ، وعيَّن لهم يوم الإثنين يخرجون فيه، وكتب (٦) إلى ابن عباس والي البصرة يستنفر له الناس إلى الخروج إلى (أهل) الشام، وكتب إلى الخوارج يعلمهم أن الذي حكم به (الحكمان مرود عليهما، وأنه قد عزم على الذهاب إلى الشام، فهلموا حتى نجتمع) على قتالهم. فكتبوا إليه: أما بعد فإنك لم تغضب لربك، وإنما غضبت لنفسك وإن (شهدت على نفسك بالكفر واستقبلت التوبة نظرنا فيما بيننا وبينك، وإلا فقد) نابذناك على سواء ﴿إِنَّ اللَّهَ لَا يُحِبُّ الْخَائِنِينَ﴾ [الأنفال: ٣٨] ، فلما قرأ عليٌّ كتابهم يئس منهم وعزم على الذهاب إلى الشام ليناجزهم، وخرج من الكوفة إلى النُّخيلة (٧) في عسكر كثيف - خمسة وستين ألفًا - وبعث إليه ابن عباس بثلاثة آلاف ومئتي فارس من أهل البصرة مع جارية (٨) بن قدامة ألف وخمسمئة، ومع أبي الأسود الدؤلي ألف وسبعمئة، فكمل جيش علي في ثمانية وستين ألف فارس ومئتي فارس وقام عليٌّ أمير المؤمنين خطيبًا (٩) فحثهم على الجهاد والصبر عند لقاء (العدو) ، وهو عازم على [غزو أهل] الشام، (فبينما هو كذلك) إذ بلغه أن الخوارج
(١) تاريخ الطبري (٥/ ٧٧). (٢) في هامش أ: القادح. (٣) البيت لدريد بن الصمة في ديوانه - محمد خير بقاعي - ص (٤٧). (٤) في أ: فرد عليهما فيما حكما به وأنبهما، وبيّن ما في ذلك من هوى وزور ومحبة للدنيا وقلة نصح ونظر للأمة، وحط عليهما. (٥) في أ: الخروج إلى أهل الشام والجهاد فيهم. (٦) في ط: وندب. (٧) النُّخيلة: موضع قرب الكوفة على سمت الشام. معجم البلدان (٥/ ٢٧٨). (٨) في أ: حارثة، تحريف، وجارية بن قدامة ترجمته في الاستيعاب (١/ ٢٢٦). (٩) في أ: علي في الناس خطيبًا.

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