Les Khârijites étaient réunis dans la demeure d’Abdallah ben Wahb ar-Râsibî. Il leur adressa un sermon éloquent, dans lequel il les exhorta à délaisser la vie de ce monde pour aspirer à l’au-delà et au Paradis, et il les encouragea à ordonner le bien et interdire le mal.
Puis il dit : « Faisons sortir nos frères de ce village dont les habitants sont injustes, et rendons-nous vers les confins de cette contrée, ou vers l’une de ces montagnes ou de ces cités, en désapprouvant ces jugements iniques. »
Alors Huruqûs ben Zuhayr se leva et dit, après avoir loué Dieu et prononcé Son éloge : « Certes, les joies de ce monde sont peu de chose et la séparation d’avec lui est imminente. Ne laissez pas ses ornements ou ses agréments vous inciter à y demeurer. Ne vous détournez pas de la recherche de la vérité et de la dénonciation de l’injustice : « En vérité, Dieu est avec ceux qui Le craignent et ceux qui agissent avec excellence » [An-Nahl : 128]. »
C’est alors que Sinân ben Hamza al-Asadî s’exclama : « Ô mon peuple, votre jugement est juste et la vérité est ce que vous avez énoncé. Désignez donc l’un d’entre vous pour vous diriger, car vous avez besoin d’un appui et d’un rassemblement, d’une bannière autour de laquelle vous réunir et vers laquelle vous retourner. » Ils firent donc appel à Zayd ben Husayn at-Ta’î – l’un de leurs chefs – et lui proposèrent de prendre la direction [de leurs affaires], mais il refusa. Ils la proposèrent ensuite à Huruqûs (ben Zuhayr), qui refusa à son tour, puis à Hamza ben Sinân et enfin à Shurayh ben Abî ‘Awfâ al-‘Absî, qui tous refusèrent.
Ils s’adressèrent alors à Abdallah ben Wahb (ar-Râsibî), qui accepta en disant : « Par Dieu, je ne l’accepte pas par désir de ce monde, et je ne l’abandonnerai pas par crainte de la mort. » Ils se réunirent aussi chez Zayd ben Husayn at-Ta’î as-Sunbasî, qui leur prononça un discours en les incitant à ordonner le bien et interdire le mal. Il leur récita plusieurs versets du Coran, dont : « Ô David, Nous avons fait de toi un calife sur terre : juge donc entre les gens en toute justice et ne suis pas la passion, sinon elle t’égarera du chemin de Dieu » [Sâd : 26]. Il récita également la parole divine : « Et ceux qui ne jugent pas selon ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont les mécréants » [Al-Mâ’ida : 44] et les versets qui suivent jusqu’à l’énoncé « … ceux-là sont les injustes » puis « … ceux-là sont les pervers ».
Ensuite, il déclara : « Je témoigne que ceux qui proclament notre profession de foi et se revendiquent de notre Qibla ont suivi leurs passions, délaissé le jugement du Livre et agi avec injustice en paroles et en actes. Le combat contre eux est donc un devoir pour les croyants. »
Un homme parmi eux, appelé Abdallah ben Sakhbara as-Sulamî, se mit alors à pleurer. Il les poussa à partir en guerre contre les gens en disant : « Frappez leurs visages et leurs fronts de vos épées afin que le Clément, le Miséricordieux, soit obéi. Si vous êtes victorieux et qu’ainsi l’on obéit à Dieu comme vous le souhaitez, Il vous récompensera à la mesure de ceux qui Lui obéissent et se conforment à Son ordre. Et si vous êtes tués, quoi de meilleur que de parvenir à l’agrément de Dieu et à Son Paradis ?»
J’ai dit : « Ces individus représentent une forme des plus singulières parmi les fils d’Adam. Gloire à Celui qui a diversifié Sa création comme Il le veut et qui Se précède Lui-même en toute chose. »