Une longue pétition (1) parmi ce sur quoi les gens divergent : ainsi, Mouʿâwiya approuva ce qu’il jugea être dans l’intérêt général [à ce moment-là]. [Il fit un effort d’interprétation] et l’effort d’interprétation (al-ijtihâd) peut être juste ou erroné. On raconte qu’Abou Moussa s’adressa à lui (2) avec une certaine rudesse, et ʿAmr ibn al-ʿÂṣ lui répondit sur le même ton.
Ibn Jarîr (3) relate que Shurayh ibn Hânî, le chef de l’armée dʿAlî, s’en prit à ʿAmr ibn al-ʿÂṣ et le frappa avec un fouet, puis le fils de ʿAmr se rua sur Shurayh et le frappa également avec un fouet. Les gens se dispersèrent alors dans toutes les directions, chacun vers son pays. Quant à ʿAmr et ses compagnons, ils se rendirent auprès de Mouʿâwiya et le saluèrent avec la formule d’allégeance au calife. Pour sa part, Abou Moussa, par pudeur envers ʿAlî, se dirigea vers La Mecque. Ibn ʿAbbâs et Shurayh ibn Hânî revinrent quant à eux auprès de ʿAlî pour lui rapporter ce qu’avaient fait Abou Moussa et ʿAmr. Ils jugèrent alors qu’Abou Moussa manquait de discernement et constatèrent qu’il n’était pas à la hauteur de ʿAmr ibn al-ʿÂṣ.
Abou Mikhnaf (4) a mentionné, d’après Abou Jinâb (5) al-Kalbî, que lorsque ʿAlî apprit ce qu’avait fait ʿAmr, il se mit à maudire dans son Qunût Mouʿâwiya, ʿAmr (ibn al-ʿÂṣ) (6), Abou l-Aʿwar as-Sulamî, Habîb ibn Maslama, ad-Dahhâk ibn Qays, ʿAbd ar-Rahmân ibn Khâlid ibn al-Walîd et al-Walîd ibn ʿUqba (7). Lorsqu’il en fut informé, Mouʿâwiya se mit, dans son propre Qunût, à maudire ʿAlî, al-Hasan, al-Husayn, Ibn ʿAbbâs et al-Ashtar (an-Nakhaʿî). Tout cela ne peut être confirmé de manière fiable [à leur sujet – qu'Allah soit satisfait d'elle –], et Dieu est plus savant.
Pour ce qui est du hadith rapporté par al-Bayhaqî dans « Ad-Dalâ’il » (8) : « Nous a informés ʿAlî ibn Aḥmad ibn ʿAbdân, nous a informés Aḥmad ibn ʿUbayd aṣ-Ṣaffâr, nous a raconté Ismâʿîl ibn al-Faḍl, nous a raconté Qutayba ibn Saʿîd, d’après Jarîr, d’après Zakariyyâ ibn Yaḥyâ, d’après ʿAbd Allâh ibn Yazîd et Ḥabîb ibn Yasâr, d’après Suwayd ibn Ghafala qui dit : “Alors que je marchais avec ʿAlî au bord (9) de l’Euphrate, il me dit : Le Messager de Dieu ﷺ a dit : ‘Les Banû Isrâ’îl divergèrent, et leur divergence dura jusqu’à ce qu’ils nomment deux arbitres qui s’égarèrent et égaraient (10) les gens ; cette communauté divergera également, et sa divergence perdurera jusqu’à ce qu’ils nomment deux arbitres qui s’égareront et égareront ceux qui les suivront’.” » Il s’agit là d’un hadith jugé rejeté, et l’attribution de ce texte au Prophète est fabriquée. Et Dieu est plus savant. En effet, si ʿAlî en avait eu la certitude, il n’aurait pas consenti à l’arbitrage des deux juges, afin de ne pas être la cause de l’égarement des gens, comme le mentionne explicitement le passage du hadith.