La troupe (1) qui tua al-Husayn ibn ‘Alî (que Dieu l’agrée), comme cela sera détaillé en son lieu, et s’il s’était contenté de ce qu’avait accompli son père, rien de tout cela ne serait arrivé. Dieu sait mieux.
Ce qui importe, c’est que Sa‘d (que Dieu l’agrée) ne participa pas à l’arbitrage, ne le souhaita pas et n’y songea même pas. Seuls ceux que nous avons mentionnés y prirent part. Lorsque les deux arbitres se réunirent, ils discutèrent de ce qui servirait l’intérêt des musulmans, examinèrent diverses décisions, puis convinrent de destituer à la fois ‘Alî et Mu‘âwiya, et de laisser la question à la chûrâ (concertation) des fidèles pour qu’ils désignent celui qui leur semblerait le plus apte, que ce soit l’un d’eux ou quelqu’un d’autre.
Abû Mûsâ proposa de confier le pouvoir à ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn al-Khattâb. ‘Amr (ibn al-‘Âs) lui répondit : « Désigne plutôt mon fils ‘Abd Allâh, car il est comparable à lui en science, en action et en ascèse. » Abû Mûsâ répliqua : « Tu as mêlé ton fils aux troubles [et au monde] avec toi, alors qu’il est pourtant un homme de bonne foi. »
Abû Mikhnaf (2) rapporte : « Muhammad ibn Ishâq me raconta, d’après Nâfi‘, d’après Ibn ‘Umar, qui dit : ‘Amr ibn al-‘Âs déclara : “Cette affaire ne peut être dirigée que par un homme qui a les dents solides, qui mange et fait manger.” Ibn ‘Umar était alors inattentif. Ibn az-Zubayr lui dit : “Réfléchis et prends garde.” Ibn ‘Umar dit : “Non, par Dieu, je n’en tirerai aucune faveur.” Puis il ajouta : “Ô fils d’al-‘Âs, les Arabes t’ont confié leur sort après s’être vigoureusement affrontés à l’épée et piqués (3) de leurs lances, alors ne les ramène pas dans une fitna semblable ou pire encore.” »
Ensuite, ‘Amr (ibn al-‘Âs) tenta de convaincre Abû Mûsâ de maintenir uniquement Mu‘âwiya comme chef pour l’ensemble de la communauté, mais il refusa. Puis il voulut que son propre fils, ‘Abd Allâh (ibn ‘Amr), soit désigné calife, ce que refusa également Abû Mûsâ. Abû Mûsâ proposa alors que tous deux désignent ‘Abd Allâh ibn ‘Umar [fils d’al-Khattâb]. ‘Amr s’y opposa (4). Finalement, ils s’accordèrent à déposer à la fois Mu‘âwiya et ‘Alî et à laisser l’affaire soumise à la chûrâ, afin que chacun s’entende sur la personne à choisir (5).
Tous deux se présentèrent alors à l’assemblée générale – le protocole voulant qu’‘Amr laissât Abû Mûsâ s’avancer en premier par déférence et considération. ‘Amr lui dit : « Ô Abû Mûsâ, informe les gens de l’accord auquel nous sommes parvenus. » Abû Mûsâ prit alors la parole, loua Dieu et L’exalta, invoqua la bénédiction sur le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), puis déclara : « Ô vous, gens, nous nous sommes penchés sur l’état de cette communauté et n’avons trouvé rien de plus profitable pour elle ni de plus à même d’unifier ses rangs que la décision sur laquelle ‘Amr et moi sommes tombés d’accord : nous destituons ‘Alî et Mu‘âwiya et laissons la question à la chûrâ. Ainsi, la communauté repartira à neuf et se choisira celui qu’elle apprécie [et qu’elle élit]. Pour ma part, je destitue donc ‘Alî et Mu‘âwiya. » Puis il s’écarta.
‘Amr vint ensuite prendre sa place. Il loua Dieu, L’exalta, puis dit : « Cet homme vient de vous annoncer sa décision, à savoir qu’il a déposé son compagnon. Moi aussi, je l’ai renié comme lui. Toutefois, je proclame la confirmation de mon compagnon Mu‘âwiya, car il est l’héritier de ‘Uthmân ibn ‘Affân et réclame justice pour son sang, et il est donc le plus digne de son poste. » – ‘Amr (ibn al-‘Âs) jugeait en effet, [pour le bien public], que laisser la communauté sans un imam dans une telle situation l’exposerait à une discorde sans fin.