L’Imam Aḥmad (1) a dit : « Ishāq ibn ‘Īsā aṭ-Ṭabbā‘ nous a rapporté, il m’a été rapporté par Yaḥyā ibn Sulaym, de ‘Abd Allāh ibn ‘Uthmān ibn Khuthaym, d‘Ubayd Allāh (2) ibn ‘Iyāḍ ibn ‘Amr al-Qāri’, qui a dit : ‘Abd Allāh ibn Shaddād vint et entra auprès de ‘Ā’isha, alors que nous étions chez elle, à son retour d’Irak quelques nuits après le meurtre (3) d‘Alī. Elle lui dit : « Ô ‘Abd Allāh ibn Shaddād, me diras-tu la vérité sur ce que je vais te demander ? Raconte-moi (4) au sujet de ces gens qu’Alī a tués. » Il répondit : « Et pourquoi ne te dirais-je pas la vérité ? » Elle lui dit : « Parle-moi donc de leur histoire. »
Il raconta : « Lorsque ‘Alī écrivit à Mu‘āwiya et eut désigné deux arbitres, huit mille hommes parmi les lecteurs (récitateurs du Coran) se dressèrent contre lui. Ils s’installèrent dans une contrée appelée Ḥarūrā’, près de Kūfa. Ils lui firent des reproches en disant : “Tu t’es défait d’une chemise dont Dieu t’avait revêtu et d’un nom par lequel Dieu t’avait nommé, puis tu es parti pour désigner un arbitre en matière de religion, alors qu’il n’y a de jugement qu’à Dieu.” Quand ‘Alī apprit leurs reproches et constata leur rupture avec lui, il ordonna qu’un crieur annonce : ‘Que nul n’entre auprès de l’Émir des croyants (Amīr al-Mu’minīn) si ce n’est quelqu’un qui a mémorisé le Coran.’ Lorsque la demeure fut pleine de ceux qui savaient le Coran, il fit apporter un grand muṣḥaf (Coran) de référence, le posa devant lui, se mit à le frapper avec sa main et dit : “Ô toi, le muṣḥaf, parle aux gens !” Alors les gens l’interpellèrent en disant : ‘Ô Émir des croyants, pourquoi l’interpeller ? Ce ne sont que de l’encre et du papier ; c’est nous qui parlons d’après ce que nous en avons retenu. Qu’attends-tu donc ?’ Il dit : ‘Vos compagnons, ceux qui se sont soulevés, prétendent que le Livre de Dieu est entre eux et moi. Or Dieu – Exalté soit-Il – dit dans Son Livre, à propos d’un homme et d’une femme : « Et si vous craignez la discorde entre eux deux, envoyez un arbitre de sa famille à lui et un arbitre de la famille à elle ; s’ils veulent la réconciliation, Dieu rétablira l’entente entre eux » [an-Nisā’ : 35]. La communauté de Muḥammad (ﷺ) n’a-t-elle pas un sang et un honneur plus sacrés que ceux d’un homme et d’une femme ? Ils m’ont blâmé d’avoir écrit à Mu‘āwiya et d’avoir signé “‘Alī ibn Abī Ṭālib”, alors que (déjà) Suhayl ibn ‘Amr vint à nous, alors que nous étions à al-Ḥudaybiya avec le Messager de Dieu (ﷺ), lorsque celui-ci entreprit une trêve avec Quraysh. Le Messager de Dieu (ﷺ) dicta “Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux”. Suhayl dit : “Je n’écrirai pas : ‘Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.’” Le Prophète (ﷺ) lui dit : ‘Comment veux-tu écrire ?’ Il répondit : ‘Écris : “En Ton nom, ô Dieu.”’ Le Messager de Dieu (ﷺ) dit : ‘Écris’, et il écrivit. Puis le Prophète (ﷺ) déclara : ‘Écris : Ceci est ce sur quoi Muḥammad, le Messager de Dieu, a fait la trêve.’ Il (Suhayl) répondit : ‘Si je savais que tu es le Messager de Dieu, je ne te contredirais pas.’ On écrivit alors : ‘Ceci est ce sur quoi Muḥammad ibn ‘Abd Allāh a conclu (la trêve) avec Quraysh.’ Et Dieu – dans Son Livre – dit : « En effet, vous avez dans le Messager de Dieu un excellent exemple à suivre, pour quiconque espère en Dieu et au Jour dernier » [al-Aḥzāb : 21].’
‘Alī envoya ensuite ‘Abd Allāh ibn ‘Abbās vers eux, et je partis avec lui jusqu’à ce que nous atteignîmes le milieu de leur camp. Alors Ibn al-Kawwā se leva et adressa un discours aux gens en disant : ‘Ô vous qui portez le Coran, c’est ‘Abd Allāh ibn ‘Abbās qui est là. Celui qui ne le connaît pas, moi je le connais : c’est un homme qui discute du Livre de Dieu à partir de ce qu’il ne sait pas. C’est de lui et de son peuple que Dieu dit : « Ils sont plutôt des gens qui aiment la controverse » [az-Zukhruf : 58]. Renvoyez-le vers son maître et ne discutez pas du Livre de Dieu avec lui.’ Certains d’entre eux dirent : ‘Par Dieu, nous allons lui parler ! S’il vient avec une vérité que nous connaissons, nous la suivrons, et s’il vient avec un faux discours, nous le réfuterons par sa propre fausseté.’ Ils débattirent ainsi avec ‘Abd Allāh (ibn ‘Abbās) trois jours. Alors quatre mille d’entre eux revinrent repentants, parmi lesquels Ibn al-Kawwā, et ‘Abd Allāh les mena auprès de ‘Alī. »