Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux :
Voici ce sur quoi ‘Alî ibn Abî Tâlib, le Commandeur des croyants, s’est accordé (1). Alors ‘Amr ibn al-‘Âs déclara : « Écris son nom et celui de son père. Il est votre commandeur, pas le nôtre. » Al-Ahnaf répliqua : « N’écris que “Commandeur des croyants”. » ‘Alî dit : « Efface “Commandeur des croyants” (2) et écris : “Voici ce sur quoi ‘Alî ibn Abî Tâlib s’est accordé.” » Puis ‘Alî invoqua l’épisode (3) de la Hudaybiyya, lorsque les gens de La Mecque refusèrent la mention : “Ceci est ce sur quoi Muhammad, Messager de Dieu, s’est accordé” et que les polythéistes rejetèrent cela en disant : « Écris plutôt : “Ceci est ce sur quoi Muhammad ibn ‘Abd Allâh s’est accordé.” »
Le scribe écrivit alors : « Ceci est ce sur quoi ‘Alî ibn Abî Tâlib et Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân se sont entendus : ‘Alî régit les gens d’Irak et ceux qui sont avec eux, parmi leurs partisans et les musulmans ; et Mu‘âwiya régit les gens du Shâm et ceux qui sont avec lui, parmi les croyants et les musulmans. Nous nous en remettons au Jugement de Dieu et à Son Livre, nous faisons vivre ce que Dieu fait vivre et nous faisons mourir ce que Dieu fait mourir. Quant à ce que les deux arbitres – Abû Mûsâ al-Ash‘arî et ‘Amr ibn al-‘Âs – trouveront dans le Livre de Dieu, nous l’appliquerons ; et ce qui ne s’y trouve pas, nous le tiendrons de la Tradition (Sunnah) juste et unificatrice, exempte de toute division (4). »
Ensuite, les deux arbitres prirent d’‘Alî et de Mu‘âwiya, ainsi que des deux armées, leurs serments et engagements, selon lesquels ils (5) seraient en sécurité, eux et leurs familles, et la communauté s’engageait à les soutenir dans ce qu’ils décideraient à l’égard (6) d’‘Alî ainsi que des croyants et des musulmans des deux groupes. Tous étaient liés par le pacte et l’engagement de Dieu à respecter ce qui était énoncé dans ce document. Ils reportèrent leur sentence à Ramadân, en se réservant la possibilité de la différer plus encore avec l’accord mutuel des deux parties. L’acte fut établi le mercredi, treize jours après le début de Safar de l’an trente-sept, en stipulant que ‘Alî et Mu‘âwiya devaient se rendre tous deux à Dûmat al-Jandal pendant Ramadân auprès des arbitres, chacun accompagné de quatre cents hommes de son camp. S’ils ne pouvaient s’y réunir, ils se retrouveraient l’année suivante à Adhruh.
Dans son ouvrage consacré aux Khâridjites, al-Haytham [ibn ‘Adî] mentionne qu’al-Ash‘ath ibn Qays se rendit chez Mu‘âwiya avec le document, où il était écrit : « Ceci est ce sur quoi ‘Abd Allâh ‘Alî, Commandeur des croyants, et Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân se sont accordés. » Mu‘âwiya déclara : « S’il était vraiment le Commandeur des croyants, je ne l’aurais pas combattu. Qu’on n’écrive donc que son nom et qu’on le fasse apparaître avant le mien en raison de son mérite et de son antériorité [dans l’Islam]. » Al-Ash‘ath repartit auprès d’‘Alî et le texte fut rédigé selon la requête de Mu‘âwiya. Al-Haytham relate également que les gens du Shâm refusèrent que le nom d’‘Alî soit mentionné avant celui de Mu‘âwiya, et que les gens d’Irak soient nommés avant eux, à tel point que deux documents furent finalement rédigés : l’un pour les habitants du Shâm mentionnant Mu‘âwiya avant ‘Alî, et l’autre pour les habitants d’Irak, mentionnant cette fois ‘Alî avant Mu‘âwiya.