Il est rapporté dans le hadith (1) que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) a dit : «J’ai demandé à mon Seigneur de ne pas anéantir ma communauté par une calamité générale et Il me l’a accordé. Je Lui ai ensuite demandé de ne pas permettre à un ennemi extérieur (2) de s’en prendre à elle et de dévaster son territoire, et Il me l’a accordé. Enfin, je Lui ai demandé de ne pas permettre qu’une partie de ma communauté se dresse contre une autre, mais Il me l’a refusé.»
Nous avons rappelé cela (3) lors du commentaire de Sa parole – Exalté soit-Il : «Ou bien qu’Il vous divise en factions et vous fasse goûter les violences les uns des autres» (Al-An‘âm, 65). Le Messager de Dieu déclara alors : «Ceci est plus léger.»
L’histoire de l’arbitrage (4) est la suivante : après de nombreuses correspondances et tractations qu’il serait trop long de détailler, les deux camps convinrent de recourir à un arbitrage. Autrement dit, chacun des deux émirs – ‘Alî et Mu‘âwiya – devait désigner un représentant chargé de juger la situation, puis les deux arbitres devaient se mettre d’accord sur ce qui servirait au mieux l’intérêt de la communauté. Mu‘âwiya choisit ‘Amr ibn al-‘Âs. De son côté, ‘Alî voulut nommer ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs – et plût à Dieu qu’il l’eût fait –, mais les «qurrâ’» [Kharijites] déjà évoqués l’en empêchèrent en déclarant : «Nous n’acceptons qu’Abû Mûsâ al-Ash‘arî.»
Al-Haytham ibn ‘Adî rapporte dans son livre «Les Kharijites» (5) que le premier à avoir proposé Abû Mûsâ al-Ash‘arî fut al-Ash‘ath ibn Qays, et les gens du Yémen le suivirent dans cette option. Ils le louèrent en disant qu’il exhortait à éviter la discorde et le combat, tandis qu’Abû Mûsâ s’était retiré dans une localité de la région du Hijar.
‘Alî dit alors : «Je désigne donc al-Ashtar comme arbitre.» Ils répliquèrent : «N’est-ce pas lui qui a attisé la guerre et l’agitation ?» Il leur répondit : «Faites ce que vous voulez.» Al-Ahnaf s’adressa alors à ‘Alî en ces termes : «Par Dieu, voilà que tu soulèves toute une affaire. Seul un homme issu de leur propre rang conviendra à ces gens : il doit pouvoir s’approcher d’eux au point de tomber entre leurs mains, puis s’éloigner au point de devenir aussi distant qu’une étoile. Si tu refuses de me donner la fonction d’arbitre, fais-moi du moins second ou troisième. Car il ne noue aucun nœud que je ne puisse défaire, et il ne défait aucun nœud que j’aurais noué sans que je ne t’en fasse un autre, aussi solide ou meilleur.»
‘Alî répondit qu’ils ne voulaient qu’Abû Mûsâ al-Ash‘arî. Des émissaires partirent alors à la recherche d’Abû Mûsâ – qui s’était tenu à l’écart. Lorsqu’on l’informa que les gens s’étaient réconciliés, il dit : «Louange à Dieu.» On lui annonça ensuite qu’on l’avait nommé arbitre. Il s’exclama : «Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons !» Puis ils l’emmenèrent auprès de ‘Alî. Ils rédigèrent alors entre eux un document, dont voici la teneur (8).