Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ils vous appellent à ce qu’elle contient, alors que, par Dieu, ils ont délaissé ce que Dieu y a prescrit et la Sunna de celui sur qui [le Coran](1) a été révélé. Ne leur répondez pas. (Accordez-moi un délai), car j’ai senti la victoire. Ils dirent : « Non ! » Il reprit : « Accordez-moi un délai, ô ennemi du cheval, car j’ai l’espoir de la victoire. » Ils répliquèrent : « Dans ce cas, nous partagerons ta faute ! »

Alors, Al-Achtar se mit à débattre avec ces “lecteurs” (qurrâ’) qui demandaient à accepter la proposition des gens du Shâm. L’essentiel de ses propos fut : « Si vous avez commencé à combattre ces gens à juste titre, poursuivez la lutte. Et si votre combat était injuste, alors témoignez que vos morts sont voués au Feu. » Ils répondirent : « Laisse-nous, car nous n’obéirons ni à toi ni à ton compagnon, jamais. Nous avons combattu ces gens pour Dieu, et nous avons cessé de les combattre pour Dieu. »

Al-Achtar leur déclara : « Par Dieu, vous avez été trompés et vous vous êtes laissé tromper : on vous a appelés à déposer les armes et vous avez répondu. Ô gens indignes, nous pensions que votre prière exprimait votre détachement du monde et votre désir de rencontrer Dieu, or je ne vois dans votre fuite que le retour aux biens de ce monde pour échapper à la mort. Ô vous qui ressemblez à des bêtes indignes, vous n’êtes plus des hommes de religion. Éloignez-vous, comme l’ont fait les peuples injustes. » Eux l’injurièrent et il les injuria, puis ils frappèrent le visage de sa monture avec leurs fouets. De nombreux faits se produisirent encore entre eux.

Par ailleurs, la plupart des gens d’Irak et de Shâm, dans leur ensemble, aspirèrent à une réconciliation et à une trêve momentanée, dans l’espoir qu’un événement permît de préserver le sang des musulmans. En effet, les pertes furent considérables pendant cette période, notamment durant les trois derniers jours, dont la fin coïncida avec la nuit du vendredi, appelée « la Nuit d’al-Harîr ». Chacune des deux armées fit preuve d’un courage et d’une détermination exceptionnels, si bien que (2) nul ne s’enfuit devant l’ennemi : ils tinrent bon jusqu’à ce que, selon plusieurs sources, soixante-dix mille combattants fussent tués des deux côtés, quarante-cinq mille parmi les gens du Shâm et vingt-cinq mille parmi les gens d’Irak. C’est ce qu’ont rapporté plusieurs témoins, dont [Muhammad] ibn Sîrîn et Sïf, entre autres. Abû al-Hasan ibn al-Barrâ’ – qui appartenait au camp irakien – ajoute que vingt-cinq compagnons ayant participé à Badr périrent également. Il précise encore qu’il y eut, durant cette période, quatre-vingt-dix affrontements.

(3) Les avis divergent quant à la durée du séjour à Siffîn : Sïf avance sept ou neuf mois, tandis qu’Abû al-Hasan ibn al-Barrâ’ évoque cent dix [jours]. Pour ma part, d’après les propos d’Abû Mikhnaf, cela commença le premier jour de Dhou al-Hijja, un vendredi, et se prolongea jusqu’au treizième jour de Safar, soit soixante-dix-sept jours. Dieu – exalté soit-Il – est plus savant. Az-Zuhrî raconte : « Il m’est parvenu qu’on enterrait parfois cinquante personnes dans la même tombe. » Tout cela se trouve récapitulé dans les écrits d’Ibn Jarîr et d’Ibn al-Jawzî dans leur ouvrage al-Muntaẓam(4).

Al-Bayhaqî(5) a rapporté, via Ya‘qûb ibn Sufyân, d’après Abû al-Yamân, selon Safwân ibn ‘Amr, que les gens du Shâm étaient soixante mille, et que vingt mille d’entre eux furent tués ; quant aux Irakiens, ils étaient cent vingt mille, et quarante mille parmi eux furent tués.

(1) Dans A : « et la Sunnah de Celui qui l'a révélé. » (2) Dans A : « dont la dernière fut la nuit du vendredi, appelée nuit du hurlement ; chaque armée fit preuve d'une patience sans pareil envers l'autre, en raison du courage et de la bravoure extraordinaires qu'ils possédaient, incomparables dans ce monde, et c'est pourquoi... » (3) Dans T : « et ils diffèrent. » (4) Al-Muntaẓam d'Ibn al-Jawzī (5/117-123), édition Dār al-Kutub al-ʿIlmīya, Beyrouth. (5) Dalāʾil al-Nubuwwa d'al-Bayhaqī (6/419).
يدعونكم إلى ما فيها، وقد والله تركوا ما أمر الله به فيها، وسنة من أنزل عليه [القرآن] (١) ، فلا تجيبوهم، (أمهلوني) فإني قد أحسست بالفتح، قالوا: لا! قال: أمهلوني عدوَ الفَرَسِ فإني قد طمعت في النصر، قالوا إذًا ندخل معك في خطيئتك، ثم أخذ الأشتر يناظر أولئك القراء الداعين إلى إجابة أهل الشام بما حاصله: إن كان أول قتالكم هؤلاء حقًا فاستمروا عليه، وإن كان باطلًا فاشهدوا لقتلاكم بالنار، فقالوا: دعنا منك فإنا لا نطيعك ولا صاحبك أبدًا، ونحن قاتلنا هؤلاء في الله، وتركنا قتالهم لله، فقال لهم الأشتر: خُدعتم والله فانخدعتم، ودُعيتم إلى وضع الحرب فأجبتم، يا أصحاب السوء كنا نظن صلاتكم زهادة في الدنيا وشوقًا إلى لقاء الله، فلا أرى فراركم إلا إلى الدنيا من الموت، يا أشباه النيب الجَلالة ما أنتم بربانيين بعدها. فابعدوا كما بعد القوم الظالمون. فسبّوه وسبَّهم فضربوا وجه دابته بسياطهم، وجرت بينهم أمور طويلة، ورغب أكثر الناس من العراقيين وأهل الشام بكمالهم إلى المصالحة والمسالمة مدة لعله يتفق أمر يكون فيه حقن لدماء المسلمين، فإن الناس تفانوا في هذه المدة، ولا سيما في هذه الثلاثة أيام المتأخرة التي آخر أمرها ليلة الجمعة وهي ليلة الهرير. كل من الجيشين فيه من الشجاعة والصبر ما ليس يوجد في الدنيا مثله، ولهذا (٢) لم يفرَّ أحدٌ عن أحد، بل صبروا حتى قتل من الفريقين فيما ذكره غير واحد سبعون ألفًا: خمسة وأربعون ألفًا من أهل الشام، وخمسة وعشرون ألفًا من أهل العراق. قاله غير واحد منهم [محمد] بن سيرين وسيف وغيره. وزاد أبو الحسن بن البراء - وكان في أهل العراق - خمسة وعشرون بدريًا، قال: وكان بينهم في هذه المدة تسعون زحفًا واختلفوا (٣) في مدة المقام بصفين، فقال سيف: سبعة أشهر أو تسعة أشهر. وقال أبو الحسن بن البراء مئة [يوم] وعشرة أيام. قلت: ومقتضى كلام أبي مخنف أنه كان من مستهلّ ذي الحجة في يوم الجمعة لثلاث عشرة خلت من صفر وذلك سبعة وسبعون يومًا، فالله سبحانه أعلم. وقال الزُّهري: بلغني أنه كان يدفن في القبر الواحد خمسون نفسًا. هذا كله ملخص من كلام ابن جرير وابن الجوزي في المنتظم (٤) . وقد روى البيهقي (٥) : من طريق يعقوب بن سفيان، عن أبي اليمان، عن صفوان بن عمرو: كان أهل الشام ستين ألفًا فقتل منهم عثرون ألفًا، وكان أهل العراق مئة وعشرين ألفًا فقتل منهم أربعون ألفًا.
(١) في أ: وسنة من أنزلت عليه. (٢) في أ: التي كان آخرها ليلة الجمعة وهي ليلة الهزيز، وقد صبر كل من الجيشين للآخر صبرًا لم ير مثله لما كان فيهم من الشجعان والأبطال مما ليس يوجد مثلهم في الدنيا ولهذا .. (٣) في ط: واختلفا. (٤) المنتظم لابن الجوزي (٥/ ١١٧ - ١٢٣) طبعة دار الكتب العلمية - بيروت -. (٥) دلائل النبوة للبيهقي (٦/ ٤١٩).

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