Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Les gens affirmaient que les habitants du Cham étaient des rebelles dépourvus de tout droit légitime. Plusieurs savants des chroniques ont rapporté qu’ils combattirent à la lance jusqu’à ce qu’elles se brisent (1), aux flèches jusqu’à ce qu’elles viennent à manquer, puis aux épées jusqu’à ce qu’elles se cassent. Ils en vinrent ensuite à se battre à mains nues, à se jeter des pierres et de la terre au visage, et même à se mordre avec les dents. Deux adversaires s’affrontaient jusqu’à ce qu’ils soient grièvement blessés (2), puis ils s’asseyaient pour se reposer, chacun saignant sur l’autre ; ensuite ils se relevaient et repartaient au combat comme auparavant, [sans qu’aucun des deux ne puisse fuir l’autre]. En vérité, nous sommes à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons.

Et ce fut ainsi leur habitude jusqu’à ce que l’on arrive au matin du vendredi alors qu’ils étaient toujours en train de s’affronter. Les gens accomplirent la prière de l’aube par simple inclination (3) alors que le combat continuait, et cela se prolongea jusqu’à ce que le soleil soit bien levé. La victoire se tourna alors en faveur des gens d’Irak (4) contre ceux du Cham, car al-Achtar an-Nakha‘î prit le commandement de l’aile droite [c’était l’un de ces héros valeureux, rompu aux guerres et qui ne craignait pas la mort]. Il chargea, avec ceux qui l’accompagnaient, contre les habitants du Cham, suivi par ‘Alî, si bien que la plupart de leurs rangs vacillèrent et qu’ils furent sur le point de s’enfuir (5).

À ce moment-là, les gens du Cham élevèrent des exemplaires du Coran au bout de leurs lances, en déclarant : « Voilà ce qui nous lie à vous. Les hommes sont décimés, alors qui restera pour défendre les frontières ? Qui participera au combat contre les polythéistes et les mécréants (6) ? »

Ibn Jarîr (7) et d’autres historiens rapportent que celui qui proposa de lever les exemplaires du Coran (8) fut ‘Amr ibn al-‘Âs. Lorsqu’il constata que les gens d’Irak avaient pris le dessus et l’emportaient (9) dans cette confrontation, il voulut séparer les opposants et repousser la décision, car chacun des deux camps tenait bon face à l’autre et les combattants se décimaient mutuellement.

Il dit alors à Mu‘âwiya : « J’ai remarqué une chose qui, en cet instant, ne peut que raffermir notre cohésion tout en semant la division chez eux (10). Je propose que nous élevions les exemplaires du Coran et que nous les y invitions. S’ils y répondent tous, le combat cessera [maintenant même]. Or, s’ils se divisent entre ceux qui veulent répondre et ceux (11) qui s’y refusent, ils perdront leur force et leur élan se dissipera. »

L’imam Ahmad (12) rapporta : « Ya‘lâ ibn ‘Ubayd nous a transmis, d’après ‘Abd al-‘Azîz ibn Siyâh, d’après Habîb ibn Abî Thâbit, qui a dit : … »

(1) Dans A : cassée. (2) Dans A : les deux hommes se battaient jusqu’à être profondément blessés, puis s’asseyaient. (3) Dans A : et ils ont continué le combat. (4) Dans A : et il s’est dirigé des habitants de l’Irak vers la Syrie. (5) Dans A : alors la plupart des rangs des habitants de la Syrie se sont effondrés, ne laissant que la défaite, la rupture et la fuite… tromperie de leur part envers les habitants de l’Irak et ruse. (6) Dans A : et les mécréants. (7) Taʾrīkh al-Ṭabarī (5/48). (8) Dans Ṭ : ainsi est-il. (9) Dans Ṭ : ils ont rassemblé des renforts. (10) Dans A : les habitants de la Syrie ne font qu’augmenter la discorde et la division. (11) Dans Ṭ : parmi ceux qui parlent, certains les appellent, d’autres non. (12) Musnad de l’Imam Ahmad (3/485), qui est un ḥadīth authentique.
أن أهل الشام بغاة ليس معهم حق] فذكر غير واحد من علماء السير - أنهم اقتتلوا بالرماح حتى تقصفت (١) ، وبالنبال حتى فنيت، وبالسيوف حتى تحطمت ثم صاروا إلى أن تقاتلوا بالأيدي والرمي بالحجارة والتراب في الوجوه، وتعاضُّوا بالأسنان يقتتل الرجلان حتى يثخنا (٢) ثم يجلسان يستريحان، وكل واحد منهما يهمر على الآخر ويهمر عليه ثم يقومان فيقتتلان كما كانا [ولا يتمكن أحدهما الفرار من الآخر] فإنا لله وإنا إليه راجعون. ولم يزل ذلك دأبهم حتى أصبح الناس من يوم الجمعة وهم كذلك وصلى الناس الصبح إيماءً وهم (٣) في القتال حتى تضاحى النهار وتوجه النصر لأهل العراق (٤) على أهل الشام، وذلك أن الأشتر النخعي صارت إليه إمرة الميمنة [وكان من الشجعان الأبطال الذين يعرفون الحروب ولا يهابون القتل] ، فحمل بمن معه على أهل الشام وتبعه علي فتنقضت غالب صفوفهم وكادوا ينهزمون (٥) ، فعند ذلك رفع أهل الشام المصاحف فوق الرماح: وقالوا: هذا بيننا وبينكم قد فني الناس فمن للثغور؟ ومن لجهاد المشركين والكفار (٦) . وذكر ابن جرير (٧) وغيره من أهل التاريخ أن الذي أشار برفع المصاحف (٨) عمرو بن العاص، وذلك لما رأى أن أهل العراق قد ظهروا وانتصروا (٩) في ذلك الموقف، أحب أن ينفصل الحال وأن يتأخر الأمر فإن كلًّا من الفريقين صابر للآخر، والناس يتفانون. فقال لمعاوية: إني قد رأيت أمرًا لا يزيدنا هذه الساعة إلا اجتماعًا ولا يزيدهم (١٠) إلا فرقة، أرى أن نرفع المصاحف وندعوهم إليها، فإن أجابوا كلهم إلى ذلك برد القتال [هذه الساعة] وإن اختلفوا فيما بينهم بأن يقول بعضهم نجيبهم وبعضهم (١١) لا نجيبهم، فشلوا وذهب ريحهم. وقال الإمام أحمد (١٢) ، حدَّثنا يعلى بن عبيد، عن عبد العزيز بن سياه، عن حبيب بن أبي ثابت قال:
(١) في أ: تكسَّرت. (٢) في أ: فكان يقتتل الرجلان حتى يثخنان ثم يجلسان. (٣) في أ: واستمروا في القتال. (٤) في أ: وتوجه لأهل العراق على الشام. (٥) في أ: فانقضت غالب صفوف أهل الشام ولم يبق إلا الهزيمة والكسر والفرار … مكرًا منهم بأهل العراق وخديعة. (٦) في أ: والكافرين. (٧) تاريخ الطبري (٥/ ٤٨). (٨) في ط: بهذا هو. (٩) في ط: استظهروا. (١٠) في أ: ولا يزيد أهل الشام إلا فرقة واختلافًا. (١١) في ط: فمن قائل نجيبهم وقائل. (١٢) مسند الإمام أحمد (٣/ ٤٨٥) وهو حديث صحيح.

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