Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

D’après la servante d’Ammar, elle a rapporté : « Ammar eut une maladie qui le tint éveillé au point qu’il perdit connaissance. Lorsqu’il reprit ses esprits, nous étions en train de pleurer autour de lui. Il dit : “Pourquoi pleurez-vous ? Craignez-vous que je meure dans mon lit ? Mon bien-aimé (ﷺ) m’a informé que le groupe rebelle me tuerait et que la dernière humidité dont je goûterais en ce monde serait une simple gorgée de lait.” »

Et Ahmad (1) rapporta : « Ibn Abi ‘Ady nous raconta d’après Dawud, d’après Abou Nadra, d’après Abou Sa‘id al-Khudri, qui a dit : “Le Messager de Dieu (ﷺ) nous ordonna de construire la mosquée. Nous nous mîmes alors à transporter des briques une par une, tandis qu’Ammar transportait deux briques à la fois, si bien que sa tête était emplie de poussière. Or, mes compagnons m’ont informé — et moi-même, je ne l’ai pas entendu du Messager de Dieu (ﷺ) — qu’il secouait sa tête en disant : ‘Malheur à toi, ô fils de Sumayya ! C’est le groupe rebelle qui te tuera.’” » Ce hadith est rapporté exclusivement par Ahmad.

Ce que les Râfidhites (2) ont ajouté dans ce hadith, après le mot « le groupe rebelle », à savoir : « Par Dieu, je ne leur accorderai pas mon intercession le Jour de la Résurrection », est un mensonge et une calomnie contre le Messager de Dieu (ﷺ). En effet, les hadiths authentiques rapportent clairement que les deux groupes étaient musulmans, comme nous le mentionnerons bientôt, si Dieu le veut.

Ibn Jarir (3) rapporta qu’au moment où ‘Ammar fut tué, ‘Ali s’adressa à Rabi‘a et à Hamdan en ces termes : « Vous êtes ma cuirasse et ma lance. » Ils s’étaient engagés à être près de douze mille hommes. ‘Ali, monté sur sa mule, s’avança à leur tête ; ils lancèrent alors tous une attaque, d’un seul élan, faisant voler en éclats les rangs des Syriens et tuant tous ceux qu’ils atteignaient, jusqu’à arriver près de Mu‘awiya. Pendant ce temps, ‘Ali combattait en disant (4) :

[Vers de rajaz]
« Je les frappe et je ne vois point Mu‘awiya,
Cet homme aux yeux exorbités, à la grande cavité. »

‘Ali somma ensuite Mu‘awiya de l’affronter en duel, mais ‘Amr ibn al-‘As l’exhorta à s’exécuter. Mu‘awiya répondit : « Tu sais bien que jamais personne ne l’a affronté sans être tué. Mais tu espères qu’après moi la situation te reviendra. » Par la suite, ‘Ali fit avancer son fils Muhammad à la tête d’une grande troupe ; ils combattirent âprement, puis ‘Ali le suivit avec une autre troupe et livra une charge décisive. Dans cette bataille, un grand nombre de personnes moururent des deux côtés (Dieu seul les dénombre), et parmi les Irakiens également. Des mains, des poignets et des têtes furent coupés — qu’Allah nous en préserve.

Quand l’heure de la prière du Maghrib arriva, on ne put célébrer les deux prières du soir (Maghrib et ‘Isha) qu’en faisant de simples inclinaisons de la tête (sans s’interrompre du combat). Les hostilités se poursuivirent toute la nuit, particulièrement funeste pour les musulmans, et appelée la « Nuit du Harir » (la nuit du grondement). C’était un vendredi : les lances furent brisées et les flèches épuisées, si bien que les combattants en vinrent à se battre à l’épée. ‘Ali (qu’Allah l’agrée) continuait à encourager les tribus, avançant en première ligne et leur ordonnant de tenir bon (5). Il se trouvait au centre de l’armée. Sur l’aile droite, il y avait al-Ash‘tar an-Nakha‘i, après la mort (6) d’Abdallah ibn Budayl survenue le jeudi soir, veille du vendredi. Sur l’aile gauche se trouvait Ibn ‘Abbas. Ainsi, on se battit de toutes parts. (C’est lorsque ‘Ammar fut tué que les Irakiens comprirent…) »

(1) Musnad de l'Imam Ahmad (3/5), et c’est un hadith authentique. (2) Dans A : et ce que certains transmetteurs ont rapporté dans ce hadith, à savoir sa parole : « Allah ne me le pardonnera pas ». (3) Histoire de Ṭabarī (5/41). (4) Les vers dans Ṭabarī (5/42), attribués avec trois autres vers dans la marge à al-Ashtar, provenant du livre Ṣiffīn (454). (5) Dans A : et il les incite à la fermeté et à la patience. (6) Dans A : massacre.
عن مَوْلاةٍ لعمّار قالت: "اشتكى عمار شكوى أرق منها فغُشي عليه، فأفاق ونحنُ نبكي حوله، فقال: ما تبكون؟ أتخشون أن أموت على فراشي؟ أخبرني حبيبي ﷺ أنه تقتلني الفئة الباغية، وأن آخر أدمي من الدنيا مذقة من لبن" . وقال أحمد (١) : حدَّثنا ابن أبي عدي، عن داود، عن أبي نضرة، عن أبي سعيد الخدري قال: أمرنا رسول الله ﷺ ببناء المسجد فجعلنا ننقل لبنة لبنة، وكان عمار ينقل لبنتين لبنتين، فتترب رأسه قال: فحدثني أصحابي ولم أسمعه من رسول الله ﷺ أنه جعل ينفض رأسه ويقول: "ويحك يابن سمية تقتلك الفئة الباغية" . تفرد به أحمد، وما زاده الروافض (٢) في هذا الحديث بعد قوله "الباغية" : لا أنالها والله شفاعتي يوم القيامة، فهو كذب وبهت على رسول الله ﷺ فإنه قد ثبتت الأحاديث عنه صلوات الله عليه وسلامه بتسمية الفريقين مسلمين، كما سنورده قريبًا إن شاء الله. قال ابن جرير (٣) وقد ذكر أن عمارًا لما قُتل قال علي لربيعة وهمدان: أنتم درعي ورمحي، فانتدب له نحو من اثني عشر ألفًا، وتقدمهم علي ببغلته فحمل وحملوا معه حملة رجل واحد، فلم يبق لأهل الشام صف إلا انتقض وقتلوا كل من انتهوا إليه حتى بلغوا معاوية وعلي يقاتل ويقول (٤) : [من الرجز] أَضْرِبُهم ولا أرى مُعاويهْ … الجاحظَ العَيْنِ عَظيم الحاويهْ قال: ثم دعى عليٌّ معاوية إلى أن يبارزه فأشار عليه عمرو بن العاص [أن يبرز إليه] فقال له معاوية: إنك لتعلم أنه لم يبارزه رجل (قط) إلا قتله، ولكنك طمعت فيها بعدي، ثم قدم علي ابنه محمدًا في عصابة كثيرة (من الناس) ، فقاتلوه قتالًا شديدًا ثم تبعه علي في عصابة أخرى، فحمل بهم فقُتِلَ في هذا الموطن خلقٌ كثير من الفريقين (لا يعلمهم إلا الله) وقتل من العراقيين خلق كثير أيضًا، وطارت أكفٌّ ومعاصمُ ورؤوسٌ عن كواهلها، (رضي الله عنهم) . ثم حانت صلاة المغرب فما صلَّى بالناس إلَّا إيماءً صلاتي العشاءَ واستمرّ القتال في هذه الليلة كلها وهي من أعظم الليالي شرًا بين المسلمين، وتسمى (هذه الليلة) ليلة الهرير، وكانت ليلة الجمعة تقصفت [فيها] الرماح ونفدت النبال، وصار الناس إلى السيوف، وعليٌّ (رضي الله عنه) يحرّضُ القبائل، ويتقدَّم إليهم يأمر بالصَّبْر والثبات (٥) وهو أمام الناس في قلب الجيش، وعلى الميمنة الأشتر [النخعي] ، تولاها بعد قتل (٦) عبد الله بن بُدَيْل عشية الخميس ليلة الجمعة - وعلى الميسرة ابن عباس، والناس يقتتلون من كل جانب [وذلك لما قتل عمار عرف أهل العراق
(١) مسند الإمام أحمد (٣/ ٥) وهو حديث صحيح. (٢) في أ: وما رواه بعض الرواة في هذا الحديث، وهو قوله: لا أنا لها الله. (٣) تاريخ الطبري (٥/ ٤١). (٤) الأبيات في الطبري (٥/ ٤٢) وهو مع ثلاثة أشطر أخرى في هامشه منسوبًا للأشتر عن كتاب صفين (٤٥٤). (٥) في أ: ويتقدم إليهم بالأمر بالثبات والصبر. (٦) في أ: مقتل.

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