Wâḥaddathanâ Yaḥyâ : (1) Naṣr nous a rapporté ; Ḥafṣ ibn ʿImrân al-Barjamî nous a rapporté [il a dit] : « Nâfiʿ ibn ʿUmar al-Jumaḥî m’a relaté, d’après Ibn Abî Mulayka, qu’Abd Allâh ibn ʿAmr dit à son père : “Si le Messager de Dieu (ﷺ) ne m’avait pas ordonné de t’obéir, je ne serais pas parti dans cette expédition avec toi. N’as-tu donc pas entendu le Messager de Dieu (ﷺ) dire à ʿAmmâr : ‘Te tuera la faction rebelle’ ?” »
Et Wâḥaddathanâ Yaḥyâ, ʿAbd ar-Raḥmân ibn Ziyâd nous a rapporté, Hishîm nous a rapporté, d’après Mujâlid, d’après ach-Shaʿbî, qui a dit : « Le meurtrier de ʿAmmâr vint demander l’autorisation de rencontrer Muʿâwiyya, alors que ʿAmr [ibn al-ʿÂṣ] se trouvait auprès de lui. [Muʿâwiyya] dit : “Fais-le entrer et annonce-lui le Feu.” L’homme déclara : “N’entends-tu pas ce que dit ʿAmr ?” Muʿâwiyya (2) répondit : “Il dit vrai : ceux qui l’ont amené [au combat] sont ceux qui l’ont tué.” »
Ibn Jarîr (3) dit : « Aḥmad ibn Muḥammad nous a rapporté ; al-Walîd ibn Ṣâliḥ nous a rapporté ; ʿAṭâʾ ibn Muslim nous a rapporté, d’après al-Aʿmash, qui a dit : Abû ʿAbd ar-Raḥmân as-Sulamî a dit : “Nous étions avec ʿAlî à Ṣiffîn. Nous avions mandaté deux personnes pour garder sa monture et pour l’empêcher de se jeter seul contre l’ennemi, par crainte pour sa vie. Or, chaque fois qu’ils le perdaient un instant de vue, il s’élançait [à l’attaque] et ne revenait pas avant d’avoir teint son épée de sang. Un jour, il chargea et ne rentra que l’épée tordue ; il la jeta vers nous en disant : ‘Si elle ne s’était pas tordue, je ne serais pas revenu.’”
Et je vis ʿAmmâr : dans chaque vallée de Ṣiffîn où il passait, ceux qui s’y trouvaient parmi les Compagnons du Messager de Dieu (ﷺ) le suivaient. Je l’ai vu se diriger vers Hâshim ibn ʿUtba – qui portait la bannière de ʿAlî – et lui dire : ‘Ô Hâshim, en avant ! (4) Le Paradis se trouve sous l’ombre des épées, et la mort au bout des lances ! Les Portes du Paradis (5) sont ouvertes, et les houris se sont parées. Aujourd’hui, je vais rejoindre mes bien-aimés… Muḥammad (ﷺ) et ses compagnons.’” Ils partirent alors à l’assaut, lui et Hâshim, et tombèrent en martyrs – que Dieu leur fasse miséricorde.
Abû ʿAbd ar-Raḥmân as-Sulamî poursuivit : “À ce moment-là, ʿAlî et ses compagnons lancèrent une charge générale contre l’armée de Syrie, comme un seul homme, car on eût dit qu’ils [c’est-à-dire ʿAmmâr et Hâshim] étaient pour eux un étendard. Quand la nuit tomba, je me dis : ‘Je veux pénétrer ce soir dans le camp syrien pour savoir si la mort de ʿAmmâr les a affectés autant que nous.’ (En effet, lorsque nous cessions le combat, ils nous parlaient et nous leur parlions.) Je montai donc à cheval, et lorsque tout se calma, je pénétrai dans leur camp. J’y trouvai quatre hommes en train de bavarder (6) : Muʿâwiyya, Abû l-Aʿwar as-Sulamî, ʿAmr ibn al-ʿÂṣ et son fils ʿAbd Allâh ibn ʿAmr, qui était le meilleur des quatre.
Je plaçai mon cheval tout près d’eux, de peur de rater ce qu’ils pourraient se dire. J’entendis alors ʿAbd Allâh dire à son père : ‘Ô mon père, vous avez tué cet homme aujourd’hui, alors que le Messager de Dieu (ﷺ) a dit à son sujet ce qu’il a dit !’ [Le père] lui dit : ‘Qu’a-t-il dit ?’ Il répondit (7) : ‘N’était-il pas avec nous lorsque nous construisions la Mosquée ? Les gens portaient chacun une pierre à la fois, ou une brique à la fois, tandis que ʿAmmâr en portait deux pierres à la fois, ou deux briques à la fois ? Il s’approcha alors…’”