Les épées de Wāʾil se sont mises à changer de noms à partir d’Asmā… Or c’était un jeune homme que si la mort avait failli l’atteindre, elles auraient laissé ʿUbayd Allāh gisant dans la plaine, son sang coulant et ses veines se vidant (1). Il ployait sous le fardeau, tandis que des averses de sang s’abattaient sur lui, comme si l’on apercevait, sortant de l’encolure de la chemise, des franges humides. Et autour du cousin de Muḥammad, jusqu’aux portes de la mort, des hommes illustres et nobles avaient fait preuve de patience. Ils ne se retirèrent point tant que Dieu n’eut constaté leur endurance, et jusqu’à ce que les exemplaires du Coran fussent élevés au-dessus des paumes.
Un autre ajouta dans le même sens :
« Muʿāwiya, ne te dresse pas sans garantie ;
Car, après ce jour, tu connaîtras l’humiliation. »
Abū Jahm al-Asadī lui répondit par un poème comprenant diverses formes de satire que nous avons délibérément omis.
[Mise à mort de ʿAmmār b. Yāsir]
Voici donc l’histoire du meurtre de ʿAmmār b. Yāsir (qu’Allāh l’agrée), alors qu’il était aux côtés de l’Émir des croyants ʿAlī b. Abī Ṭālib, et qu’il fut tué par les gens du Shām. Cela révéla et confirma ce que le Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) avait annoncé : il serait mis à mort par le « groupe rebelle ». Ainsi apparut-il clairement qu’ʿAlī était dans le vrai et que Muʿāwiya était rebelle, et qu’en cela réside un signe parmi d’autres de la prophétie (2).
Ibn Jarīr (3) rapporte, par la chaîne d’Abū Mikhnaf, le témoignage de Mālik b. Aʿyūn al-Juhanī, d’après Zayd b. Wahb al-Juhanī, selon lequel ʿAmmār déclara ce jour-là :
« [Où est donc] celui qui recherche l’agrément de Dieu sans se préoccuper ni de richesse ni d’enfants ? »
Il poursuit : alors, un groupe d’hommes vint à lui. ʿAmmār leur dit : « Ô gens, partons ensemble vers ces gens-là, qui prétendent vouloir venger le sang de ʿUthmān et affirment qu’il fut tué injustement. Or, par Dieu, ils ne visent ni la réparation du crime ni le recouvrement de son sang. Ils ont simplement goûté aux biens de ce monde, qu’ils ont jugés agréables, et ils ont méprisé l’au-delà. Ils savent que, si la vérité leur incombait, elle les empêcherait de jouir de ce qu’ils convoitent en ce bas monde, de leurs passions et de leurs plaisirs. En outre, ils ne disposent d’aucun mérite antérieur dans l’islam qui leur conférerait le droit d’être obéis ou de gouverner les gens. Et la crainte de Dieu n’a pas pénétré leurs cœurs au point de les empêcher de s’adonner à leurs désirs, de les contenir dans leur appétit pour ce monde et leur recherche de la domination, et de les inciter à suivre la vérité et à s’attacher à ses partisans.
Ils ont donc trompé leurs partisans en affirmant : “Notre imam a été tué injustement.” Grâce à cela, ils se sont érigés en despotes et en rois. C’est par ce subterfuge qu’ils parviennent au résultat que vous voyez. Sans cette ruse, pas même deux hommes ne les auraient suivis, et ils seraient restés les plus humbles, les plus méprisables et les plus insignifiants qui soient. Mais le mensonge possède une séduction particulière aux oreilles de ceux qui se laissent distraire. Marchez donc vers Dieu d’un pas sûr et évoquez-Le souvent. »