Et je dis : « Chaque fois que tu t’agites et que tu bouillonnes… tiens-toi à ta place et tu seras louée ou tu trouveras le repos. »
Il (l’auteur) dit : « Il tint bon. »
Muʿawiya regarda ʿAmr ibn al-ʿĀs le jour de Ṣiffīn et déclara : « Aujourd’hui, la patience, et demain, la fierté. » Alors ʿAmr lui répondit : « Tu as raison. » Muʿawiya ajouta : « J’ai obtenu les biens de ce monde, et j’espère obtenir ceux de l’au-delà. »
Muhammad ibn Isḥāq l’a rapporté, selon ʿAbd Allāh ibn Abī Bakr, d’après ʿAbd al-Raḥmān ibn Ḥāṭib, de la part de Muʿawiya. Puis Muʿawiya envoya un message à Khālid ibn al-Muʿtamir, alors émir de la cavalerie de ʿAlī, en lui proposant : « Rallie-toi à moi tel que tu es, et tu obtiendras l’émirat de l’Irak. » Khālid y vit une opportunité, et lorsque Muʿawiya prit le pouvoir (1), il (Muʿawiya) lui confia effectivement l’Irak, mais Khālid ibn al-Muʿtamir (que Dieu lui fasse miséricorde) n’y parvint pas.
Ensuite, lorsque ʿAlī vit que l’aile droite (des siens) s’était rassemblée, il retourna vers ses hommes, en blâma certains, en excusa d’autres, les exhorta et raffermit leur courage. Les Irakiens reprirent alors leurs positions, leur rang se reforma et la bataille tourna de nouveau entre eux. Ils chargèrent les Syriens et les mirent en difficulté. Les hommes les plus vaillants s’affrontèrent, et beaucoup de notables des deux camps furent tués. Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous revenons.
(2) On rapporte que, ce jour-là parmi les Syriens, Ubayd Allāh ibn ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb trouva la mort. Les avis divergent pour déterminer qui, parmi les Irakiens, le tua (3). Ibrāhīm ibn al-Ḥusayn (ibn) Dayzīl rapporte qu’Ubayd Allāh sortit ce jour-là en qualité de commandant pour le compte de Muʿawiya (du côté syrien). Il avait à ses côtés ses deux épouses (4), Asmāʾ bint ʿAṭārid ibn Ḥājib al-Tamīmī et Baḥriyya bint Hānī ibn Qabīṣa al-Shaybānī, qui se tenaient derrière lui sur leurs montures pour observer son combat, sa vaillance et sa force.
C’est alors que l’armée irakienne constituée de la tribu de Rabīʿa de Koufa, sous le commandement de Ziyād ibn Khaṣafa al-Taymī, s’avança pour l’affronter. Ils se ruèrent d’un seul élan sur lui et le tuèrent après la fuite de ses compagnons. Les hommes de Rabīʿa dressèrent ensuite une tente pour leur émir, mais l’une de ses cordes (7) manquait de piquet, si bien qu’ils l’attachèrent à la jambe d’Ubayd Allāh ibn ʿUmar. Les deux épouses d’Ubayd Allāh, affligées, accoururent en poussant des lamentations, puis se tinrent devant lui en pleurant. L’épouse Baḥriyya intercéda auprès de l’émir, qui les autorisa à récupérer son corps (8). Elles le chargèrent alors sur leur litière et l’emportèrent.
Parmi les tués se trouvait également Dhu al-Kilāʿ al-Ḥimyarī. Al-Shaʿbī raconte qu’à l’occasion de la mort d’Ubayd Allāh ibn ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, Kaʿb ibn Juʿayl al-Taghlibī (10) composa ces vers (9) :
« Ne pleurent véritablement que les yeux un vaillant chevalier…
À Ṣiffīn, ses chevaux ont pris la fuite tandis qu’il restait ferme. »