Les savants de l’histoire et d’autres encore ont rapporté qu’Ali s’était illustré pendant les journées de Siffîn, combattant et tuant de nombreuses personnes, au point que certains d’entre eux ont mentionné qu’il en tua cinq cents. À ce propos, on rapporte que Kuraïb ibn as-Sabâh tua en duel quatre hommes du camp irakien, les déposa ensuite sous ses pieds, puis s’écria : « Y a-t-il un combattant ? » Ali s’avança alors contre lui, ils s’affrontèrent un moment, puis Ali le frappa et le tua. Ali dit ensuite : « Y a-t-il un combattant ? » Alors al-Hârith ibn Wadâ‘a al-Himyari s’avança et Ali le tua, puis Rawâd ibn al-Hârith al-Kalâ‘î se présenta et Ali le tua également, puis ce fut enfin al-Mutâ‘ ibn al-Muttalib al-Qaysî qu’il tua. Ali (1) récita alors la parole du Très-Haut : « وَالْحُرُمَاتُ قِصَاصٌ » [al-Baqara : 194]. Puis il cria : « Malheur à toi, Mu‘âwiya ! Sors m’affronter et ne fais pas périr tous les Arabes entre moi et toi. »
‘Amr ibn al-‘Âs dit alors à Mu‘âwiya : « [Ô Mu‘âwiya], saisis ta chance, car il vient d’être affaibli par le fait d’avoir tué ces quatre hommes. » Mu‘âwiya répondit : « Par Dieu, tu sais qu’Ali n’a jamais été vaincu. En réalité, tu veux simplement me faire tuer pour que tu obtiennes ensuite le califat après moi. Écarte-toi donc, car un homme tel que moi ne se laisse pas duper. » Ils rapportent également qu’Ali chargea un jour contre ‘Amr ibn al-‘Âs en le frappant de sa lance, le jetant à terre, si bien que sa nudité se découvrit. Ali se détourna aussitôt de lui. Ses compagnons lui demandèrent : « Pourquoi t’es-tu détourné de lui, Commandeur des croyants ? » Il répondit : « Savez-vous de qui il s’agit ? » Ils dirent : « Non. » Il poursuivit : « C’est (2) ‘Amr ibn al-‘Âs, il m’a fait face en découvrant sa nudité, me rappelant ainsi notre lien de parenté, et je me suis donc écarté de lui. » Lorsque ‘Amr revint vers Mu‘âwiya, ce dernier lui dit : « Remercie Dieu et remercie ta nudité. »
Ibrâhîm ibn al-Husayn ibn Dîzayl raconta : « Yahyâ nous a rapporté : Nasr (3) nous a rapporté : ‘Amr ibn Shimr (4) nous a rapporté, d’après Jâbir al-Ju‘fî, d’après Numayr al-Ansârî, qui a dit : “Par Dieu, il me semble entendre Ali dire à ses compagnons le jour de Siffîn : ‘Ne craignez-vous pas la colère de Dieu ? Jusqu’à quand cela va-t-il durer ?’ Puis il se tourna vers la Qibla et invoqua Dieu, avant de dire : ‘Par Dieu, nous n’avons jamais entendu parler d’un chef qui ait tué de sa propre main autant de gens qu’Ali en a tué ce jour-là, puisqu’on rapporte qu’il en a occis plus de cinq cents. Il sortait et combattait à l’épée jusqu’à ce qu’elle se courbe, puis il revenait en disant : “Je demande pardon à Dieu et à vous ! Par Dieu, j’ai bien failli la briser, si je n’avais entendu le Messager de Dieu (ﷺ) dire : (5) ‘Il n’est de sabre que Dhu al-Faqâr et nul jeune homme si ce n’est Ali.’” Alors il la reprenait, la redressait et retournait au combat.’” »
Cette chaîne de transmission est faible, et ce hadith est réprouvé. Yahyâ nous rapporta également (Ibn Wahb nous a rapporté) : « Al-Layth m’a informé, d’après Yazîd ibn Habîb, que des gens présents à Siffîn auprès d’Ali et de Mu‘âwiya lui ont raconté… » Ibn Wahb dit : « Ibn Lahî‘a m’a informé, d’après Yazîd ibn Abî Habîb, d’après Rabî‘a ibn Laqît, qui a dit : “Nous avons assisté à Siffîn auprès d’Ali et de Mu‘âwiya, et voilà que le ciel nous gratifia d’une pluie de sang pur.” »