Ali ordonna à chaque tribu des gens d’Irak de se charger de sa tribu sœur parmi les gens du Cham. [Puis les deux camps avancèrent les uns contre les autres] et (1) livrèrent un combat acharné, où nul ne fuyait devant l’ennemi et nul ne l’emportait sur son adversaire. Ils se séparèrent ensuite à la tombée du jour. Le lendemain, Ali se leva, pria l’aube dans la pénombre et se prépara tôt au combat. Puis il s’avança vers les gens du Cham, qui de leur côté lui firent face.
Alors Ali prononça, selon le récit d’Abou Mikhnaf, transmis par Mâlik ibn A‘yin, d’après Zayd ibn Wahb, cette invocation : « Ô Seigneur de la voûte céleste préservée et protégée, que Tu as établie comme un toit pour la nuit et le jour, et dans laquelle Tu as assigné le cours du soleil et de la lune, et les demeures des étoiles, et où Tu as placé une légion d’anges inlassables dans leur adoration, Seigneur de cette terre que Tu as faite demeure stable pour les hommes, les bêtes, et les troupeaux (2), et aussi pour une multitude de créatures, visibles et invisibles (3), issues de Ta formidable création, Seigneur des navires qui voguent en mer pour le bien des gens, Seigneur des nuages soumis entre le ciel et la terre, Seigneur de la mer attisée qui entoure le monde, Seigneur des montagnes inébranlables que Tu as établies pour la terre comme des piquets et pour les créatures comme [des atouts et] un bienfait, si Tu nous donnes la victoire sur nos ennemis, écarte-nous de toute injustice et de toute corruption, et dirige-nous vers la vérité. Si Tu leur accords la victoire sur nous, alors accorde-moi (4) le martyre et préserve le reste de mes compagnons de la tentation. »
Ali avança alors au centre de ses troupes, composé des gens de Médine, tandis que ce jour-là, ‘Abd Allah ibn Budayl commandait son aile droite. L’aile gauche était sous la direction de ‘Abd Allah ibn ‘Abbâs, et les « lecteurs » (c’est-à-dire les hommes pieux et versés dans la récitation du Coran) étaient commandés par ‘Ammâr ibn Yâsir et Qays ibn Sa‘d. Les troupes se rallièrent sous leurs étendards et marchèrent (5) contre l’armée adverse. De son côté, Mu‘âwiya s’avança, après avoir reçu l’allégeance des gens du Cham jusqu’à la mort. Les deux armées se retrouvèrent face à face dans un lieu effrayant et une situation redoutable.
‘Abd Allah ibn Budayl, le commandant de l’aile droite d’Ali, chargea l’aile gauche des gens du Cham, dirigée par Habîb ibn Maslama, et le pressa jusqu’à le refouler vers le centre, où se trouvait Mu‘âwiya. Puis ‘Abd Allah ibn Budayl s’adressa aux combattants en les exhortant à poursuivre le combat et à faire preuve de constance et de courage. De même, le Commandeur des croyants, Ali, pressa ses hommes de demeurer patients, fermes et persévérants dans le djihad, les incitant à faire front contre les gens du Cham. Chaque chef harangua ses troupes, leur récitait des versets du Coran relatifs au combat, dont notamment la parole du Très-Haut : « Certes, Dieu aime ceux qui combattent dans Son sentier en rangs serrés comme s’ils formaient un édifice compact » [as-Saff : 4].
(6) Puis Ali déclara : « Mettez en première ligne ceux qui portent des cottes de mailles et placez derrière eux ceux qui en sont dépourvus ; serrez les dents, car c’est plus éprouvant pour les lames qui frappent les têtes ; rapprochez-vous des pointes des lances, car c’est là que les coups sont les plus précis ; abaissez vos regards, car cela affermit le courage et assure la stabilité du cœur ; ne criez pas, car le silence éloigne le trouble et sied davantage à la gravité ; (7) tenez fermement vos bannières, ne les penchez ni ne les déplacez, et ne les confiez qu’aux (8) plus courageux d’entre vous. »