Jâbir al-Juʿfî a rapporté, d’après Abû Jaʿfar al-Bâqir, Zayd ibn Ḥasan (1) et d’autres, qu’ils ont dit : « ʿAlî partit [vers la Syrie] avec cent cinquante mille hommes venus d’Irak, et Muʿâwiya arriva avec un nombre à peu près équivalent parmi les gens du Shâm. »
D’autres ont rapporté qu’ʿAlî s’avança avec cent mille combattants, voire davantage, tandis que Muʿâwiya en rassembla cent trente mille – ainsi l’a relayé (2) Ibn Dîzayl dans son ouvrage. Un groupe de Syriens conclurent un pacte de ne pas fuir, si bien qu’ils s’attachèrent les uns aux autres avec leurs turbans. Ils formaient cinq rangs (3), auxquels s’ajoutaient six autres rangs, et les Irakiens étaient également onze rangs. C’est ainsi qu’ils se firent face le premier jour de Ṣafar, qui coïncidait avec un mercredi. Ce jour-là, le commandement militaire (du côté irakien) revint à al-Ashʿtar (an-Nakhaʿî), et, du côté syrien (4), à Ḥabîb ibn Maslama. Ils livrèrent ce jour-là un combat acharné, puis se replièrent à la fin de la journée, après que chacun eût pris sa revanche sur l’autre et que la confrontation fût équilibrée.
Le lendemain (jeudi), le commandement des Irakiens (5) passa à Hâshim ibn ʿUtba, et celui des Syriens, ce jour-là, à Abâ l-Aʿwar as-Sulamî. Ils se battirent avec acharnement, cavalerie contre cavalerie et fantassins contre fantassins, puis se retirèrent à la fin de la journée, après que chacun des deux camps eut tenu bon face à l’autre et que leurs forces se fussent avérées égales.
Le troisième jour – le vendredi – ʿAmmâr ibn Yâsir se présenta du côté des Irakiens, et du côté syrien se présenta ʿAmr ibn al-ʿÂṣ. Le combat fit rage, ʿAmmâr chargea ʿAmr ibn al-ʿÂṣ et le repoussa de sa position. Puis Ziyâd ibn an-Naḍr al-Ḥârithî, qui commandait la cavalerie, affronta un homme en duel. Lorsqu’ils arrivèrent au contact et se reconnurent, ils constatèrent qu’ils étaient frères de la même mère. Chacun rebroussa alors chemin vers son camp, abandonnant son adversaire. Les combattants se replièrent à la fin de l’après-midi, après que chaque groupe eut tenu son rang face à l’autre.
Le quatrième jour – le samedi – Muḥammad ibn ʿAlî, c’est-à-dire Ibn al-Ḥanafiyya (7), s’avança avec une troupe nombreuse, tandis que du côté syrien sortit ʿUbayd Allâh ibn ʿUmar avec un contingent considérable. Les deux armées s’affrontèrent alors dans un combat intense. ʿUbayd Allâh ibn ʿUmar s’avança et, (8) s’adressant à Ibn al-Ḥanafiyya, l’invita à se mesurer à lui. Celui-ci répondit à son appel. Alors qu’ils allaient presque se rejoindre, ʿAlî demanda : « Qui sont ces deux qui s’affrontent ? » On lui rétorqua : « Ton fils Muḥammad et ʿUbayd Allâh [ibn ʿUmar]. » On rapporte qu’ʿAlî fit avancer sa monture, ordonna à son fils de s’interrompre et s’approcha (9) de ʿUbayd Allâh [ibn ʿUmar]. Il lui dit : « Avance contre moi. » [ʿUbayd Allâh] répondit : « Je n’ai pas envie de me battre contre toi. » ʿAlî insista : « Si, viens ! » Mais il rétorqua : « Non ! » Alors ʿAlî se retira, et les combattants s’éloignèrent ce jour-là.
Enfin, le cinquième jour – le dimanche – du côté irakien, ʿAbd Allâh ibn ʿAbbâs sortit, tandis que du côté syrien vint al-Walîd ibn