Il (1) interdit que l’on engage le combat contre qui que ce soit avant que les gens du Cham (Syrie) ne commencent à attaquer. Il prescrivit de ne pas achever un blessé, de ne pas pourchasser celui qui prend la fuite, de ne pas porter atteinte à l’intimité d’une femme ni de la maltraiter, même si elle injuriait les chefs et les vertueux. Au matin de cette nuit, Muʿāwiya se mit en campagne. Il avait placé Ibn Dhi l-Kilaʿ al-Ḥimyarī sur l’aile droite, Ḥabīb ibn Maslama al-Fihrī sur l’aile gauche, Abū l-Aʿwar as-Sulamī à l’avant-garde, ʿAmr ibn al-ʿĀṣ à la tête de la cavalerie de Damas, et aḍ–Ḍaḥḥāk ibn Qays à la tête de l’infanterie. C’est ce qu’a rapporté Ibn Jarīr.
Ibn Dīzayl (2) a également transmis, par la chaine de Jābir al-Juʿfī, d’après Abū Jaʿfar al-Bāqir, de Zayd (3) ibn al-Ḥasan ibn ʿAlī et d’autres, qu’au moment où Muʿāwiya apprit l’avancée de ʿAlī, il partit à sa rencontre. Il plaça Sufyān ibn ʿAmr Abū l-Aʿwar as-Sulamī à la tête de l’avant-garde et Busr ibn Abī Arṭāʿa à la tête de l’arrière-garde. Ils se rejoignirent ainsi tous auprès de Ṣiffīn (4).
Ibn al-Kalbī ajoute : Muʿāwiya désigna Abū l-Aʿwar as-Sulamī à l’avant-garde, Busr à l’arrière-garde, ʿUbayd Allāh ibn ʿUmar à la tête de la cavalerie, et il remit l’étendard à ʿAbd ar-Raḥmān ibn Khālid ibn al-Walīd. Il nomma Ḥabīb ibn Maslama à la tête de l’aile droite, assisté pour l’infanterie de Yazīd ibn Zuḥr al-ʿAnsī (5), et ʿAbd Allāh ibn ʿAmr ibn al-ʿĀṣ à la tête de l’aile gauche, assisté pour l’infanterie de Ḥābis ibn Saʿd aṭ-Ṭāʾī. Sur la cavalerie de Damas, il plaça aḍ–Ḍaḥḥāk ibn Qays, et sur leur infanterie Yazīd ibn Labīd ibn Karz al-Bajalī. Il désigna également Dhū l-Kilaʿ pour les gens de Ḥimṣ, et pour les gens de Palestine, Muslimah ibn Mukhallad. Muʿāwiya s’adressa ensuite à l’assemblée, loua Dieu et le remercia, puis déclara (7) : « Ô gens ! Par Dieu, je n’ai obtenu la Syrie que grâce à l’obéissance, je ne puis dominer la guerre contre les gens d’Irak que par la patience, et je ne puis supporter les gens du Ḥijāz que par la douceur. Vous vous êtes préparés et vous avez marché pour protéger la Syrie et conquérir l’Irak ; quant à eux, ils ont avancé pour défendre l’Irak et prendre la Syrie. Par ma vie, la Syrie n’a rien à espérer de l’Irak, ni dans sa richesse, et l’Irak ne possède ni l’expérience ni la clairvoyance des gens de Syrie. De plus, ils sont nombreux et, après vous, personne ne se tiendra plus derrière vous. Si vous les vainquez, ce ne sera que par votre sang-froid et votre endurance ; si en revanche ils vous dominent, ils vaincront aussi ceux qui viendront après vous. Ils vous font face forts de la ruse des gens d’Irak, de la sensibilité des gens du Yémen, de la perspicacité des gens du Ḥijāz et de la rudesse des gens d’Égypte. Demain, sera secouru celui qui défend aujourd’hui. » Il cita alors le verset : « Moïse dit à son peuple : “Implorez l’aide de Dieu et patientez.” » (al-Aʿrāf, 128) (10).
Lorsque le sermon de Muʿāwiya parvint à ʿAlī, celui-ci (11) se leva parmi les siens, les exhorta au combat, loua leur constance et les encouragea en soulignant leur nombre relativement plus élevé par rapport aux gens de Syrie.