Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Puis il dit à ses compagnons : « Que ces gens ne soient pas plus déterminés dans leur égarement que vous ne l’êtes à défendre votre droit et à obéir à votre Prophète. » Pour ma part, je considère que ce propos n’est pas établi de manière authentique d’après ‘Alî (– qu'Allah soit satisfait de lui –).

Ibn Dīzayl rapporta, par la voie de ‘Amr ibn Sa‘d selon sa chaîne de transmission, que les lecteurs (‘qurrāʾ’) d’Irak et les lecteurs du Shām s’étaient installés en campements non loin les uns des autres, et qu’ils étaient près de trente mille. Voilà qu’un groupe de lecteurs d’Irak, parmi lesquels figuraient ‘Ubaydah al-Salmanī (1), ‘Alqamah ibn Qays, ‘Āmir ibn ‘Abd Qays, ‘Abd Allāh ibn ‘Utbah ibn Mas‘ūd et d’autres, se rendirent auprès de Mu‘āwiyah (2). Ils lui dirent : « Qu’exiges-tu ? » Il répondit : « Je réclame justice pour le sang de ‘Uthmān. » Ils dirent : « Contre qui la demandes-tu ? » Il répondit : « Contre ‘Alî. » Ils dirent : « Est-ce lui qui l’a tué ? » Il répondit : « Oui ! Et il a accordé protection à ses meurtriers. »

Ils s’en retournèrent donc vers ‘Alî pour lui rapporter ces propos. ‘Alî leur dit : « C’est un mensonge ! Je ne l’ai pas tué, et vous savez bien que je ne l’ai pas tué. » Ils revinrent alors vers Mu‘āwiyah, qui déclara : « S’il ne l’a pas tué de sa propre main, il a donné l’ordre de le tuer et il y a participé (3). » Ils s’en retournèrent vers ‘Alî [pour l’en informer], et ‘Alî dit : « Par Dieu, je ne l’ai pas tué et je n’ai donné aucun ordre, ni apporté la moindre complicité. » Ils revinrent [voir Mu‘āwiyah], qui répliqua : « S’il dit vrai, qu’il nous livre donc les meurtriers de ‘Uthmān, car ils se trouvent dans son armée et parmi ses soldats. » Ils retournèrent alors [auprès de ‘Alî], et celui-ci répondit : « Les gens ont mal interprété le Coran au cœur de la discorde ; de là est venue la division, et ils l’ont tué alors qu’il était sous mon autorité. Je n’ai aucune emprise sur eux. »

Ils repartirent vers Mu‘āwiyah pour lui rapporter cette réponse. Il s’exclama : « Si les choses sont telles qu’il le dit, pourquoi a-t-il fait exécuter sa décision sans nous consulter, ni nous ni ceux qui sont ici ? » Ils revinrent auprès de ‘Alî, qui répondit : « Les gens sont sous la responsabilité des Emigrés (Muhājirīn) et des Auxiliaires (Anṣār) : ils sont les témoins de l’investiture [du calife] et de la conduite des affaires religieuses. Ils ont donné leur assentiment et m’ont prêté allégeance. Je ne saurais permettre qu’un homme comme Mu‘āwiyah gouverne la communauté et la désunisse. » Ils retournèrent auprès de Mu‘āwiyah, qui demanda : « Comment se fait-il que, parmi les Emigrés et les Auxiliaires qui se trouvent ici, personne ne soit entré dans cette affaire ? » Ils revinrent vers ‘Alî, qui répondit : « Il ne revient qu’aux combattants de Badr — à l’exclusion des autres — de se prononcer, et il n’y a sur Terre aucun Badri qui ne soit à mes côtés. Tous m’ont suivi, prêté allégeance et agréé [mon investiture]. Ne vous laissez donc pas abuser au sujet de votre religion ni de vous-mêmes. »

Ils continuèrent ainsi à échanger des correspondances à ce sujet durant le mois de Rabī‘ al-Ākhir et les deux mois de Joumādā, procédant à de nombreux tirages au sort (ou consultations) successifs. À plusieurs reprises, les deux camps avançaient l’un contre l’autre, mais les lecteurs (‘qurrāʾ’) s’interposaient pour empêcher le combat, si bien qu’il n’y eut pas de confrontation. On rapporte qu’ils procédèrent en l’espace de trois mois à quatre-vingt-cinq tirages au sort.

Abū al-Dardā’ et Abū Umāmah quittèrent alors leurs rangs et se présentèrent à Mu‘āwiyah. Ils lui dirent : « Ô Mu‘āwiyah, pour quelle raison combats-tu cet homme ? Par Dieu, il a embrassé l’islam avant toi et avant ton père, il est plus proche que toi du Messager de Dieu (ﷺ), et il est plus en droit que toi de détenir cette fonction. » Il répondit : « Je le combats pour le sang de ‘Uthmān, car il a donné refuge à ses meurtriers. Allez-lui dire de nous livrer les meurtriers de ‘Uthmān et, si cela est fait, je serai le premier parmi les gens du Shām à lui prêter allégeance. » Ils allèrent donc rapporter cela à ‘Alî, qui dit : « Ceux que vous voyez sont là. » C’est alors qu’une foule nombreuse sortit en clamant : « Nous sommes tous les meurtriers de ‘Uthmān ! »

(1) Dans A le terme est « تحريف » (altération). (2) Dans A : « à Muʿāwiya ». (3) Dans T : « ordonna à des hommes ». (4) Dans A : « profita de ». (5) Dans A : « En vérité, les gens sont les suivants des émigrés. » (6) Dans A : « Ils ont accepté ma personne. » (7) Dans A : « Pour le plus ancien. »
ثم قال لأصحابه: لا يكن هؤلاء أولى بالجد في ضلالتهم منكم بالجد في حقكم وطاعة نبيكم، وهذا عندي لا يصح عن علي (رضي الله عنه) . وقد روى ابن ديزيل من طريق عمرو بن سعد بإسناده: أن قراء أهل العراق (وقراء أهل الشام عسكروا ناحية وكانوا قريبًا من ثلاثين ألفًا، وإن جماعة من قراء العراق) منهم عبيدة السلماني (١) ، وعلقمة بن قيس، وعامر بن عبد قيس، وعبد الله بن عتبة بن مسعود، وغيرهم جاؤوا معاوية (٢) فقالوا له: ما تطلب؟ قال: أطلب بدم عثمان قالوا: فمن تطلب به؟ قال: عليًا، قالوا: أهو قتله؟ قال: نعم! وآوى قتلته، فانصرفوا إلى علي فذكروا له ما قال فقال: كذب! لم أقتله وأنتم تعلمون أني لم أقتله. فرجعوا إلى معاوية فقال: إن لم يكن قتله بيده فقد أمر بقتله ومالأ عليه (٣) فرجعوا إلى علي [فأخبروه] فقال: والله لا قتلت ولا أمرت ولا ماليت. فرجعوا [إلى معاوية] فقال معاوية فإن كان صادقًا فليقدنا من قتلة عثمان، فإنهم في عسكره وجنده، فرجعوا [إلى علي] فقال: علي: تأول القوم عليه القرآن في فتنة ووقعت الفرقة لأجلها وقتلوه في سلطانه وليس لي عليهم سبيل. فرجعوا إلى معاوية فأخبروه فقال: إن كان الأمر على ما يقول فماله أنفذ (٤) الأمر دوننا من غير مشورة منا ولا ممن هاهنا؟ فرجعوا إلى علي فقال علي: إنما الناس مع (٥) المهاجرين والأنصار، فهم شهود الناس على ولايتهم وأمر دينهم، ورضوا (٦) وبايعوني، ولست أستحل أن أدع مثل معاوية يحكم على الأمة ويشق عصاها، فرجعوا إلى معاوية فقال: ما بال من هاهنا من المهاجرين والأنصار لم يدخلوا في هذا الأمر؟ فرجعوا فقال علي: إنما هذا للبدريين دون غيرهم، وليس على وجه الأرض بدري إلا وهو معي، وقد [تابعني و] بايعني وقد رضي [بي] ، فلا يغرنكم من دينكم وأنفسكم، قال: فأقاموا يتراسلون في ذلك شهر ربيع الآخر وجماديين ويقرعون في غبون ذلك القرعة بعد القرعة ويزحف بعضهم على بعض، ويحجز بينهم القراء، فلا يكون [في ذلك] قتال قال: فقرعوا في ثلاثة أشهر خمسة وثمانين قرعة. قال: وخرج أبو الدرداء وأبو أمامة فدخلا على معاوية فقالا له: يا معاوية على م تقاتل هذا الرجل؟ فوالله إنه أقدم (٧) منك ومن أبيك إسلامًا، وأقرب منك إلى رسول الله ﷺ وأحق بهذا الأمر منك. فقال: أقاتله على دم عثمان لأنه آوى قتلته، فاذهبا إليه فقولا له فليقدنا من قتلة عثمان ثم أنا أول من يبايعه من أهل الشام، فذهبا إلى علي فقالا له ذلك فقال: هؤلاء الذين تريان فخرج خلق كثير فقالوا: كلنا فتلة عثمان
(١) في أ السماني؛ تحريف. (٢) في أ: إلى معاوية. (٣) في ط: أمر رجالًا. (٤) في أ: انتهز. (٥) في أ: إنما الناس تبع للمهاجرين. (٦) في أ: وقد رضوا بي. (٧) في أ: لأقدم.

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