Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Au cours de cette année, c’est Abd Allah ibn ‘Abbâs qui assura le pèlerinage des gens, sur ordre de ‘Alî. Lorsque le mois de Dhou l-Hijja fut révolu et que Mouharram commença, les hommes s’engagèrent à cesser les hostilités, espérant qu’Allah rétablisse entre eux un accord pour épargner leurs sangs. C’est ce dont nous parlerons, si Dieu le veut.

[Puis vint l’année trente-sept.]

Cette année débuta alors que l’Émir des croyants, ‘Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée), et Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân (qu’Allah l’agrée) se faisaient face, chacun avec ses troupes, en un lieu appelé Siffîn, près de l’Euphrate, à l’est des territoires chamites. Ils s’étaient combattus pendant tout le mois de Dhou l-Hijja, chaque jour, et certains jours il y eut même deux affrontements. Il s’agissait de batailles si nombreuses que leur récit détaillé serait trop long.

Lorsque le mois de Mouharram arriva, les deux camps se firent face en se gardant, dans l’espoir qu’une trêve et un apaisement puissent survenir et aboutir à une réconciliation entre les gens, afin d’épargner leur sang. Ibn Jarîr (1) rapporte, selon la chaîne de transmission de Hishâm d’après Abû Mikhnaf, qui dit : « Sa‘d Abû al-Mujâhid (2) a rapporté de Muhill ibn Khalîfa que ‘Alî envoya ‘Adî ibn Hâtim, Yazîd ibn Qays al-Arhabî, Shabath ibn Rib‘î et Ziyâd ibn Khasafa auprès de Mu‘âwiya. Lorsqu’ils entrèrent, ‘Amr ibn al-‘Âs était à ses côtés. »

‘Adî prit alors la parole, après avoir loué Dieu et prononcé l’hommage dû, et dit : « Ô Mu‘âwiya, nous sommes venus t’inviter à une chose qui unira notre parole et notre communauté, préservera le sang versé, sécurisera les routes et rétablira l’entente mutuelle. Ton cousin (c’est-à-dire ‘Alî) est le maître des musulmans, le plus éminent d’entre eux de par son antécédent (islamique) et ses mérites dans l’Islam. Les gens se sont rassemblés autour de lui, et Dieu les a guidés vers ce qu’ils ont vu (de plus juste). Il ne reste plus que toi et ceux de ta faction qui te suivent. Reviens à la raison, ô Mu‘âwiya, afin que Dieu ne t’inflige pas, à toi et à tes partisans, ce qui est arrivé aux gens lors de la bataille du Chameau. »

Mu‘âwiya lui répondit : « Il semble que tu sois venu pour menacer plutôt que pour réconcilier. Loin de là, par Dieu, ô ‘Adî ! Non, par Dieu, je suis bel et bien le fils de Harb, et l’on ne me fait pas trembler avec des sonnailles (3). Par Dieu, tu faisais partie de ceux qui ont ameuté les foules contre Ibn ‘Affân, et tu es parmi ceux qui l’ont tué. »

(1) Al-Ṭabarī, Histoire, vol. 5, p. 5. (2) Dans la version de Saʿīd ibn al-Mujāhid : altération. (3) Dans la version : « et on nous ordonna ». (4) Dans la version A : « et nos sangs seront préservés ». (5) Dans la version A : « et nous serons en sécurité ». (6) Dans la version : « menaçant ». Cette locution correspond à ce qui est dans al-Ṭabarī. (7) Le vocable divin n'apparaît ni dans la version A ni dans al-Ṭabarī. (8) Dans la version A : « et moi, je ne suis pas celui qui crie à la haine contre lui ». (9) Proverbe arabe ancien figurant dans le Maʿjam al-Amthāl al-ʿArabiyya (« Dictionnaire des proverbes arabes ») (qaqʿaʿ - shanan) ; ses origines se trouvent dans Majmaʿ al-Amthāl, vol. 2, p. 261, Amthāl al-Qāsim ibn Salām (n° 96), Jumhūrati al-Amthāl, vol. 2, p. 412, et al-Mustaqṣā, vol. 2, p. 274.
وحج بالناس في هذه السنة عبد الله بن عباس عن أمر علي له بذلك. فلما انسلخ ذو الحجة ودخل المحرم تداعى الناس للمتاركة، لعل الله أن يصلح بينهم على أمر يكون فيه حقن دمائهم، فكان ما سنذكره، إن شاء الله تعالى. [ثم دخلت سنة سبع وثلاثين] استُهِلَّت هذه السنة وأمير المؤمنين علي بن أبي طالب (رضي الله عنه) متواقف هو ومعاوية بن أبي سفيان (رضي الله عنه) ، كل منهما في جنوده بمكانٍ يقال له صفّين بالقرب من الفرات شرقي بلاد الشام، وقد اقتتلوا في مدة شهر ذي الحجة [بكماله] كل يوم، وفي بعض الأيام ربما اقتتلوا مرتين، وجرت (بينهم) حروبٌ يطولُ ذكرها. والمقصود أنه لما دخل شهرُ المحرّم تحاجزَ القومُ رجاءَ أن يقع بيهم مهادنة وموادعة يؤول أمرها إلى الصلح بين الناس وحقن دمائهم. فذكر ابن جرير (١) من طريق (هشام عن) أبي مخنف قال: حدَّثني سعد أبو المجاهد (٢) الطائي عن مُحِلّ بن خليفة أن عليًا بعث عدي بن حاتم ويزيد بن قيس الأرحبي، وشَبَث بن رِبْعي وزياد بن خَصَفة إلى معاوية، فلما دخلوا عليه - وعمرو بن العاص إلى جانبه - قال عدي بعد حمد الله والثناء عليه: أما بعد يا معاوية فإنا جئناك ندعوك إلى أمر يجمع الله به كلمتنا وأمتنا (٣) وتحقن به الدماء (٤) ، ويؤمَّن (٥) به السبل، ويصلح ذات البين، إن ابن عمك سيد المسلمين أفضلها سابقة، وأحسنها في الإسلام أثرًا، وقد استجمع له الناس، وقد أرشدهم الله بالذي رَأوْا، فلم يبق أحدٌ غيرك وغير من معك من شيعتك، فانتَهِ يا معاويةُ لا يصبْكَ الله وأصحابه مثل [ما أصاب الناس] يوم الجمل. فقال له معاوية: كأنك إنما جئت متهددًا (٦) ولم تأت مصلحًا، هيهات والله (٧) يا عدي، كلا والله إني لابن حرب، لا يقعقع (٨) لي بالشِّنان (٩) ، أما والله إنك لمن المجلبين على ابن عفان، وإنك لمن قَتَلَتِهِ،
(١) تاريخ الطبري (٥/ ٥). (٢) في ط: سعيد بن المجاهد؛ تحريف. (٣) في ط: وأمرنا. (٤) في أ: وتحقن دماءنا. (٥) في أ: ونأمن. (٦) في ط: مهددًا. واللقظة موافقة لما في الطبري. (٧) ليست لفظة الجلالة في أولا في الطبري. (٨) في أ: وأنا من لا يقعقع بالشنان له. (٩) مثل عربي قديم ورد في معجم الأمثال العربية (قعقع - شنن) ومصادره فيه مجمع الأمثال (٢/ ٢٦١) وأمثال القاسم بن سلام (٩٦) وجمهرة الأمثال (٢/ ٤١٢) والمستقصى (٢/ ٢٧٤).

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