Ils les avaient devancés. Alors ‘Alî déclara : « Mon avant-garde arrive-t‑elle derrière moi ? » Ils s’excusèrent auprès de lui pour ce qui leur était arrivé et il leur pardonna, puis il les envoya devant lui vers Muʿâwiya après qu’ils eurent franchi (1) l’Euphrate. Abû al-Aʿwar ʿAmr ibn Sufyân al-Sulamî vint alors à leur rencontre, à la tête de l’avant-garde des gens du Shâm, et ils s’arrêtèrent. Ziyâd ibn al-Naḍr, qui commandait l’avant-garde des gens d’Irak (2), les invita à prêter allégeance (bayʿa), mais ils ne lui répondirent pas. Il l’écrivit donc à ‘Alî, qui leur envoya alors al-Achʿtar al-Nakhaʿî en qualité d’émir, avec Ziyâd [ibn al-Naḍr] à sa droite et Shurayḥ à sa gauche. Il lui ordonna de ne pas se lancer dans les combats tant qu’ils ne lui auraient pas livré bataille en premier, mais de les appeler, à plusieurs reprises, à l’allégeance. S’ils refusaient, qu’il ne les combatte pas avant qu’ils ne l’attaquent et qu’il ne s’approche pas d’eux comme s’il voulait la guerre, tout en ne s’en éloignant pas comme quelqu’un qui craindrait les hommes. « Patiente face à eux, jusqu’à ce que je te rejoigne, car je marche rapidement derrière toi, si Dieu le veut. »
Ainsi, pendant cette journée, les deux camps gardèrent leurs positions, mais au crépuscule, Abû al-Aʿwar al-Sulamî lança (après avoir reçu, par l’intermédiaire d’al-Ḥârith ibn Jahmân al-Juʿfî, l’acte le nommant émir de l’avant-garde) une attaque contre eux. Lorsque al-Achʿtar parvint à [l’état-major de] l’avant-garde, il exécuta les consignes reçues de ‘Alî. Il s’arrêta face à l’avant-garde de Muʿâwiya, sur laquelle commandait Abû al-Aʿwar, et ils demeurèrent ainsi le reste de la journée, jusqu’à ce qu’Abû al-Aʿwar al-Sulamî les chargeât à la fin de l’après-midi. Les Irakiens tinrent bon, résistant pendant un moment (3), et les gens du Shâm se retirèrent le soir venu.
Le lendemain, ils se retrouvèrent de nouveau et se firent face avec patience. Al-Achʿtar attaqua, et ‘Abd Allâh ibn al-Mundhir al-Tanûkhî – l’un des grands cavaliers des gens du Shâm – trouva la mort (4) sous la frappe d’un homme d’Irak appelé Ẓubyân ibn ʿAmâra al-Tamîmî. Abû al-Aʿwar, avec ses hommes, mena alors une charge. Ils s’avancèrent les uns contre les autres, et al-Achʿtar provoqua Abû al-Aʿwar en duel, mais ce dernier refusa, peut-être le jugeait-il indigne de l’affronter, et Dieu est plus savant. À la tombée de la nuit du deuxième jour (5), les deux camps suspendirent leur combat.
Le matin du troisième jour, ‘Alî (que Dieu l’agrée) arriva avec ses troupes, tandis que Muʿâwiya (que Dieu l’agrée) arrivait avec ses soldats. Les deux camps se firent face, et les deux armées livrèrent bataille avec l’aide de Dieu, se maintenant longtemps l’une en face de l’autre. Cela se produisit dans un lieu appelé Ṣiffîn (6), au début du mois de Dhû l-Ḥijja. Puis ‘Alî (que Dieu l’agrée) se détourna pour trouver à son armée un endroit où s’installer, tandis que Muʿâwiya, qui était arrivé avant lui, s’était déjà établi (7) au point d’accès à l’eau, là où le terrain était le plus dégagé et le plus pratique.
Lorsque ‘Alî arriva, il s’établit (8) à distance de la rive. Quelques-uns des Irakiens se pressèrent alors pour s’approvisionner en eau, mais les gens du Shâm les en empêchèrent, et cela déclencha des combats. En effet, Muʿâwiya avait confié (9) la garde de l’abord au cours d’eau à Abû al-Aʿwar al-Shulamî, et il n’existait aucun autre point d’accès, si bien que les compagnons souffrirent de la soif