Lorsqu’Ali arriva à ar-Raqqa, il s’installa en un lieu appelé al-Balikh (1), sur la rive de l’Euphrate. Un moine descendit alors de son ermitage et s’adressa à Ali en ces termes : « Nous possédons un livre, hérité de nos pères, que les compagnons de ‘Isa ibn Maryam (Jésus, fils de Marie) ont rédigé. Veux-tu que je te le présente ? » Ali répondit : « Oui ! » Le moine lut alors le livre :
« Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux, Celui qui a décrété dans Ses décrets, tracé dans Ses lignes et écrit dans Ses écrits qu’Il suscitera parmi les illettrés un Messager issu d’eux pour leur enseigner l’Écriture et la Sagesse, les purifier et les guider vers la voie de Dieu ; il n’est ni rude ni dur, et ne s’exalte pas d’une voix forte sur les marchés. Il ne rend pas le mal pour le mal, mais il pardonne et absout. Sa communauté est composée des “Hammadoun” (3), ceux qui louent Dieu sur toute hauteur, et à chaque ascension ou descente. Leurs langues s’humilient par la proclamation de l’unicité divine (tahlil) et la glorification (takbir). Dieu lui donnera la victoire sur tous ceux qui lui sont hostiles. Lorsque Dieu le rappellera à Lui, sa communauté se divisera, puis se réunira, puis demeurera ainsi aussi longtemps que Dieu le voudra, avant de se diviser à nouveau (4). Viendra alors un homme de sa communauté qui passera sur la rive de ce fleuve, ordonnera le bien et interdira le mal, jugera avec équité sans revenir sur sa décision. Le monde (dounia) sera à ses yeux plus vil que la cendre – ou la poussière – un jour de grand vent, et la mort lui sera plus aisée que boire de l’eau. Il craindra Dieu en secret, conseillera sincèrement les gens en public et ne redoutera le reproche de personne lorsqu’il s’agit de Dieu. Quiconque parmi les habitants de ces contrées aura vécu à l’époque de ce Prophète et aura cru en lui obtiendra Ma satisfaction et le Paradis. Et quiconque verra ce serviteur pieux, qu’il le soutienne, car tomber en martyr à ses côtés est un honneur. »
Le moine déclara ensuite à Ali : « Je t’accompagnerai et ne te quitterai point jusqu’à ce que je subisse le même sort que toi. » Ali se mit alors à pleurer et dit : « Louange à Dieu qui n’a pas fait de moi un être oublié dans Sa présence, louange à Dieu qui m’a mentionné auprès de Lui dans les écrits des vertueux. » Le moine partit donc avec Ali, embrassa l’islam et demeura à ses côtés jusqu’à ce qu’il fût tué le jour de Siffin. Lorsque les hommes partirent en quête (7) des victimes, Ali leur dit : « Recherchez le moine. » On le trouva parmi les morts. Ali fit alors la prière funéraire sur sa dépouille, l’enterra et implora pour lui le pardon divin.
Ali envoya devant lui Ziyad ibn an-Nadr al-Hârithî avec huit mille hommes en éclaireurs, accompagné de Shurayh ibn Hânî menant quatre mille hommes ; ils prirent un itinéraire différent de celui d’Ali. De son côté, Ali – que Dieu honore son visage – franchit le Tigre par le pont de Manbij, tandis que les deux détachements avançaient en tête. On leur rapporta que Mu‘âwiya, à la tête des gens de Syrie, se préparait à affronter le Commandeur des croyants, Ali. Les éclaireurs envisagèrent de l’intercepter, mais craignirent leur infériorité numérique. Ils dévièrent alors de leur route initiale et voulurent traverser le fleuve près de ‘Ânât, mais les habitants de ‘Ânât les en empêchèrent. Ils poursuivirent donc leur chemin et traversèrent à Hit puis rejoignirent Ali par la suite. »