Les meurtriers dʾUthmân ibn ʿAffân (qu’Allah l’agrée). Jarîr retourna alors (1) auprès de ʿAlî et l’informa de ce qu’ils avaient dit. Al-Ashtar déclara : « Ô Commandeur des croyants, ne t’ai-je pas mis en garde (2) de ne pas envoyer Jarîr ? Si tu m’avais envoyé, Maʿâwiya n’aurait ouvert aucune porte sans que je ne la referme. » Jarîr lui répliqua : « Si tu avais été là-bas, ils t’auraient tué sous prétexte du sang dʾUthmân. » Al-Ashtar répondit : « Par Dieu, si ʿAlî m’avait délégué, je ne me serais pas soucié de la réponse de Maʿâwiya et je l’aurais si vivement pressé qu’il n’aurait pas eu le temps de réfléchir. Et s’il m’avait écouté plus tôt, je t’aurais incarcéré, toi et tes semblables, jusqu’à ce que les affaires de cette communauté soient rétablies. » Jugeant ces propos offensants, Jarîr se leva, furieux, puis s’installa à Qarquisiya. Il écrivit à Maʿâwiya pour l’informer de ce qui avait été dit, et Maʿâwiya lui répondit en l’enjoignant de le rejoindre.
(3) Le Commandeur des croyants ʿAlî ibn Abî Tâlib quitta ensuite Koufa, résolu à pénétrer en Syrie. Il établit son campement à An-Nukhayla et nomma Abû Masʿûd ʿUqba ibn ʿAmr (4) al-Badri al-Ansârî à la tête de Koufa. Certains lui conseillèrent de rester à Koufa et d’y envoyer les troupes, tandis que d’autres (5) suggérèrent qu’il se rende lui-même au combat. Quand Maʿâwiya apprit que ʿAlî était sorti en personne [vers lui], il consulta ʿAmr ibn al-ʿÂs, qui lui recommanda également de se déplacer en personne. ʿAmr ibn al-ʿÂs s’adressa alors à la foule : « Les chefs de Koufa et de Bassora se sont entre-tués [le jour du Chameau], et il ne reste plus avec ʿAlî qu’un groupe restreint [de gens], issus de ceux qui ont tué – le calife, l’Émir des croyants ʿUthmân (6) ibn ʿAffân. Veillez, par Dieu, à ne pas négliger votre droit et ne délaissez pas le sang de ʿUthmân, calife de Dieu. » (7)
Il écrivit alors aux armées de Syrie pour les faire venir ; on dressa les enseignes et les étendards pour les émirs, et les gens du Shâm se préparèrent et s’équipèrent. Ils sortirent aussi vers l’Euphrate, du côté de Siffîn, où ʿAlî (qu’Allah l’agrée) était attendu. ʿAlî (qu’Allah l’agrée) marcha alors avec ses troupes depuis An-Nukhayla en direction du territoire syrien.
Abû Isrâʾîl rapporte, d’après al-Ḥakam ibn ʿUtayba (8), qu’il y avait dans l’armée de ʿAlî quatre-vingts combattants de Badr et cent cinquante parmi ceux qui avaient prêté serment sous l’arbre. Ibn Dîzayl l’a rapporté. En chemin, ʿAlî croisa un moine ; il se déroula alors ce qu’a mentionné [Ibrâhîm ibn] al-Ḥusayn ibn Dîzayl (9) dans son ouvrage, d’après Yahyâ ibn ʿAbd Allâh al-Karâbîsî, lui-même citant Naṣr ibn Muzâḥim (10), d’après ʿUmar ibn Saʿd. Celui-ci affirma : « Muslim al-Aʿwar m’a rapporté de Ḥabba al-ʿUrnî, qui a dit : … »