Alors Qays (1) lui écrivit, après s’être décidé : « Je suis avec Ali, car il est plus en droit que toi dans cette affaire. » Lorsque cette nouvelle parvint à Muʿawiya, celui-ci désespéra de le rallier et fit demi-tour. Puis certains habitants du Shâm répandirent la rumeur selon laquelle Qays ibn Saʿd les contactait en secret et s’alliait avec eux contre les gens d’Irak. Ibn Jarîr (2) rapporta même qu’un document falsifié aurait circulé, déclarant que Qays prêterait allégeance à Muʿawiya – mais Dieu seul sait ce qu’il en est de son authenticité.
Quand cela parvint à Ali, il le soupçonna et lui écrivit d’attaquer les habitants de Khiribta (3), qui avaient refusé de prêter serment d’allégeance. Qays lui répondit pour s’excuser, expliquant qu’ils étaient très nombreux et constituaient les notables de la région. Il lui écrivit encore : « Si tu ne m’as ordonné cela que pour m’éprouver, parce que tu me soupçonnes [dans ton obéissance], envoie quelqu’un d’autre que moi pour gouverner l’Égypte. » Ali envoya donc al-Ashtar al-Nakhaʿî comme gouverneur d’Égypte. Celui-ci s’y rendit ; arrivé au Qulzum, il but une gorgée de miel qui provoqua sa mort. Les gens du Shâm en furent informés et dirent : « Dieu dispose d’une armée faite de miel. » Lorsque Ali apprit la mort d’al-Ashtar, il nomma Muhammad ibn Abî Bakr à la tête de l’Égypte. On dit – et c’est l’avis le plus probable – qu’Ali avait déjà confié l’Égypte à Muhammad ibn Abî Bakr (4) après Qays ibn Saʿd.
Qays partit donc pour Médine, puis se rendit avec Sahl ibn Hunayf auprès d’Ali. Il s’excusa auprès de lui, et Ali l’accepta ; tous deux participèrent à la bataille de Siffîn, comme nous le mentionnerons. Muhammad ibn Abî Bakr continua de gouverner l’Égypte et d’y imposer son autorité jusqu’à ce que survînt la bataille de Siffîn. Quand les Égyptiens apprirent que Muʿawiya et les gens du Shâm combattaient les gens d’Irak et qu’ils étaient parvenus à se soumettre à un arbitrage, ils en profitèrent pour s’enhardir contre Muhammad ibn Abî Bakr, lui témoigner de l’hostilité et le défier ouvertement. Il advint alors ce que nous évoquerons plus loin.
Quant à ʿAmr ibn al-ʿÂs, il avait prêté serment d’allégeance à Muʿawiya pour revendiquer la punition des meurtriers de ʿUthmân. Il avait quitté Médine lorsque l’on commençait à assiéger ʿUthmân, afin de ne pas être témoin de son assassinat. Par ailleurs, il en voulait à ʿUthmân (5) de l’avoir démis du gouvernement d’Égypte pour y nommer (6) ʿAbd Allâh ibn Saʿd ibn Abî Sarḥ. Il quitta donc Médine avec mécontentement (7) et s’installa près du Jourdain. Lorsque ʿUthmân (– qu'Allah soit satisfait de lui –) fut tué, il alla trouver Muʿawiya et lui prêta allégeance pour les raisons mentionnées [à savoir venger le sang de ʿUthmân].
Section [au sujet de la bataille de Siffîn] entre les gens d’Irak [partisans d’Ali] et les gens du Shâm [partisans de Muʿawiya]. Il a déjà été rapporté, selon (l’imam) Ahmad, par l’intermédiaire d’Ismâʿîl ibn ʿUlayyah, d’Ayyûb et de Muhammad ibn Sîrîn, que