La vérité est qu’il (l’envoyé) a reçu l’ordre de faire preuve de bienveillance envers celui qui vous fait le bien et de sévérité envers celui qui paraît suspect (1), ainsi que de douceur envers vos gens du commun et vos dignitaires. Il fait partie de ceux dont la conduite me satisfait, et j’espère qu’il se montrera droit et vous donnera de bons conseils. Je prie Dieu de nous accorder, à vous et à nous, un agir pur, une large récompense et une miséricorde abondante. Que la paix, la miséricorde de Dieu et Sa bénédiction soient sur vous.
C’est ce qu’écrivit ʿAbd Allāh (2) ibn Abī Rāfiʿ au mois de Ṣafar de l’an 36. Il dit :
Ensuite, Qays ibn Saʿd se leva et s’adressa (3) aux gens, les invitant à prêter serment d’allégeance à ʿAlī. Alors, les gens se levèrent et lui prêtèrent serment. L’obéissance lui fut acquise dans tout le pays d’Égypte, à l’exception d’un village appelé Khirbatā (4), où se trouvaient des personnes qui jugeaient très grave l’assassinat de ʿUthmān – c’étaient des notables et des personnages en vue, au nombre d’environ dix mille – [parmi lesquels Bishr ibn Abī Arṭāʾa, Maslama ibn Mukhallad, Muʿāwiya ibn Khudayj et un groupe de figures importantes]. À leur tête se trouvait un homme nommé Yazīd ibn al-Ḥārith al-Mudlijī. Ils envoyèrent vers Qays ibn Saʿd et conclurent avec lui un pacte de non-agression. De même, Maslama ibn Mudlij al-Anṣārī refusa de prêter serment et Qays (ibn Saʿd) le laissa en paix, concluant également une trêve.
Ensuite, Muʿāwiya ibn Abī Sufyān – tandis que le Shām était désormais pleinement sous son contrôle (5), y compris les confins du territoire byzantin, les régions côtières et l’île de Chypre (6), ainsi qu’une partie de la Jazīra comme ar-Ruhā, Ḥarrān, Qarqusiyā, et d’autres villes – recueillit ceux qui avaient pris la fuite le jour du Chameau parmi les partisans de ʿUthmān. Al-Ashʿtar voulut arracher ces contrées aux gouverneurs de Muʿāwiya, mais ʿAbd ar-Raḥmān ibn Khālid ibn al-Walīd fut envoyé à sa rencontre ; al-Ashʿtar s’enfuit (8), et la domination de Muʿāwiya se consolida alors dans ces régions. [Quand son pouvoir y fut solidement établi, comme nous l’avons mentionné,] il écrivit à Qays ibn Saʿd pour l’inviter à se rallier à la revendication du sang de ʿUthmān et à le soutenir dans cette voie, lui promettant, si son entreprise aboutissait et qu’il restait au pouvoir, de le nommer gouverneur des deux Iraks. Lorsque Qays reçut la lettre – c’était un homme avisé – il ne s’opposa pas à Muʿāwiya, mais ne l’approuva pas non plus ; il lui répondit en termes conciliants, et ce, en raison de la distance qui le séparait de ʿAlī, de la proximité de la Syrie et de la multitude de troupes dont disposait Muʿāwiya. Il chercha donc à s’entendre pacifiquement avec lui, sans toutefois se rallier à l’objectif prôné (9). Muʿāwiya (10) lui écrivit alors : « Tu ne pourras pas continuer de tergiverser ni de me tromper. Il faut que je sache clairement si tu es avec moi ou si tu es contre moi. » – car Muʿāwiya était lui aussi un homme avisé (11).