Alors, l’ange Gabriel les frappa au visage d’un coup d’aile, si bien que leurs yeux furent effacés. Certains ont même dit qu’ils avaient totalement disparu, qu’il ne subsistait ni emplacement ni trace d’un œil quelconque. Ils s’en retournèrent donc en tâtant les murs et en proférant des menaces contre le Messager du Tout-Miséricordieux, en déclarant : « Lorsque viendra demain, nous aurons à régler son compte. »
À ce propos, Dieu – Exalté soit-Il – a dit : « Et vraiment, ils le mirent en demeure à propos de ses hôtes, Nous avons alors effacé leurs yeux : “Goûtez Mon châtiment et Mes avertissements”, et au matin les saisit un châtiment durable » (al-Qamar, 37-38). C’est que les anges étaient déjà venus à Loth (que la paix soit sur lui) et lui avaient ordonné de partir avec sa famille, vers la fin de la nuit : « Que nul parmi vous ne se retourne » (Houd, 81), c’est-à-dire lorsque le châtiment s’abattrait sur son peuple. Ils lui commandèrent aussi de marcher derrière les siens, tel un arrière-garde.
À propos de Sa parole : « Sauf ta femme » (Houd, 81), selon la lecture présentant le mot à l’accusatif (imra’ataka), il se peut qu’elle soit l’exception à l’ordre « Emmène ta famille », en ce sens : « excepté ta femme ; ne l’emmène pas ». Il se peut aussi qu’elle dépende de : « Et que nul parmi vous ne se retourne, sauf ta femme » – c’est-à-dire qu’elle se retournera et subira ce que les autres subiront. Cette seconde interprétation est renforcée par la lecture la portant au nominatif, mais la première semble plus claire quant au sens. Dieu est plus savant.
As-Suhaylî (1) rapporte que le nom de la femme de Loth était « Wâhila » et que celui de la femme de Noé était « Wâligha ».
Les anges annoncèrent alors à Loth la destruction imminente de ces rebelles insolents, maudits, qui servirent de modèle à tout traître et tout pécheur. Ils lui dirent : « Leur rendez-vous est l’aube. N’est-ce pas que l’aube est proche ? » (Houd, 81). Lorsque Loth (que la paix soit sur lui) sortit avec sa famille – à savoir ses deux filles –, nul parmi son peuple ne le suivit. On dit même que sa femme l’accompagna, mais Dieu sait mieux. Une fois qu’ils furent hors de leur contrée et lorsque le soleil se leva, il leur vint de la part de Dieu un ordre irrésistible, un châtiment d’une rigueur inéluctable.
D’après les Gens du Livre, les anges lui avaient enjoint de gravir une montagne, non loin de là. Trouvant cela trop éprouvant, il demanda la permission de se rendre dans une ville proche. Ils lui dirent alors : « Va, car nous t’attendrons jusqu’à ce que tu y parviennes et que tu t’y sois établi, puis nous ferons s’abattre sur eux le châtiment. » On raconte qu’il se rendit dans la localité nommée « Ṣughar », à propos de laquelle on dit qu’il s’agit de « Ghawr Zughar ». Quand le soleil fut haut, le supplice s’abattit sur eux.
Dieu – Exalté soit-Il – dit : « Et lorsque vint Notre ordre, Nous renversâmes [la cité], la transformant de haut en bas, et Nous fîmes pleuvoir sur elle des pierres d’argile dure, successives, marquées auprès de ton Seigneur. Elles ne sont pas éloignées non plus des injustes » (Houd, 82-83). Ils racontent que Gabriel l’arracha de ses fondations, sept cités au total, avec les habitants qui s’y trouvaient – quatre cents personnes selon certains, quatre mille selon d’autres –, ainsi que leurs bêtes et toutes les terres avoisinantes et infrastructures qui en dépendaient. Il éleva l’ensemble si haut qu’aux cieux on entendit le chant de leurs coqs et l’aboiement de leurs chiens. Puis il la retourna, transformant ce qui était en haut en bas.
Selon Mujâhid, les premières parties à s’effondrer furent les toits. Quant à la parole de Dieu : « Et Nous fîmes pleuvoir sur elle des pierres d’argile dure et successives » (Houd, 82), le terme sījjīl (2) est un mot d’origine persane, passé en arabe, et il signifie : « très solide ».