Al-Zubayr brandit son épée jusqu’à ce qu’il vît le Messager de Dieu (ﷺ), puis il la rengaina(1). Il fut l’un des dix à qui le Paradis fut promis, ainsi que l’un des six compagnons dont le Messager de Dieu (ﷺ) quitta ce monde en étant satisfait. Il accompagna As-Siddîq (Abou Bakr) et se comporta de la meilleure manière avec lui. Il était également le gendre de celui-ci par son mariage avec la fille d’Abou Bakr, Asmâ(2). De cette union naquit leur fils ‘Abd Allâh, qui fut le premier enfant musulman à voir le jour après l’Hégire.
Ensuite, il partit en expédition avec les croyants vers la Syrie et participa(3) à la bataille de Yarmouk, dont les combattants furent honorés de sa présence. Là-bas, il se distingua par sa valeur éminente et son ardeur élevée. À deux reprises, il traversa les rangs et les lignes de l’armée romaine(4), de leur début jusqu’à leur fin. Par la suite, il fut parmi ceux qui défendirent ‘Uthmân (qu’Allâh l’agrée) et le protégèrent (وحاجف عنه). Mais le jour de la bataille du Chameau, ‘Alî lui rappela certaines choses(5), ce qui le convainquit de rebrousser chemin et de retourner à Médine. En s’en allant, il passa auprès d’un groupe appartenant à la tribu d’Al-Ahnaf ibn Qays – lequel s’était tenu à l’écart des deux camps(6). L’un d’eux, appelé Al-Ahnaf, s’étonna en disant : « Comment se fait-il que cet homme ait réuni des partisans, puis, au moment de l’affrontement, se replie chez lui ? Qui ira donc vérifier ce qu’il en est ? »
Alors, ‘Amr ibn Jurmûz, Fadâlah ibn Hâbis et Nufay‘ se mirent à sa poursuite, accompagnés d’un groupe d’individus égarés parmi Banû Tamîm. On raconte qu’une fois qu’ils l’eurent rejoint, ils se jetèrent tous sur lui et le tuèrent. D’autres affirment plutôt que ce fut ‘Amr ibn Jurmûz qui l’atteignit et lui dit : « J’ai une requête à te soumettre. » Al-Zubayr répondit : « Approche ! » Son serviteur, nommé ‘Atiyyah(7), l’avertit que ‘Amr était armé, mais Al-Zubayr répliqua : « Et qu’importe ! » Alors ‘Amr s’avança et engagea la discussion(8) avec lui. Puis, lorsque l’heure de la prière arriva(9), Al-Zubayr déclara : « Il est temps de prier. » ‘Amr répondit : « La prière. » Al-Zubayr se prépara donc à prier avec eux, et c’est alors que ‘Amr ibn Jurmûz le poignarda et le tua.
On dit également que ‘Amr l’aurait surpris dans un lieu appelé Wâdî as-Sibâ‘, alors qu’il faisait la sieste, et l’aurait assassiné durant son sommeil. Cette dernière version est la plus répandue, comme le confirme le poème de sa femme, ‘Âtika bint Zayd ibn ‘Amr ibn Nufayl. Elle fut la dernière épouse d’Al-Zubayr ; auparavant mariée à ‘Umar ibn al-Khattâb (qui trouva également la mort), puis à ‘Abd Allâh ibn Abî Bakr as-Siddîq (lui aussi tué). Après le meurtre d’Al-Zubayr, elle exprima sa douleur dans une élégie(10) d’une grande beauté et d’un sens parfaitement ciselé, où elle dit(11) :
[du mètre al-kâmil]
« Ghadara ibn Jurmûz bi-fâris buhmatin(12)
… yawma al-liqâ’ wakâna ghayra mu‘arridi(13)
Yâ ‘Amr law nabbahtahu lawajadtahu
… lâ tâ’ishan ra‘sha al-janân walâ al-yadi »
Ce qui peut se traduire ainsi : « Le fils de Jurmûz a trahi un brave chevalier le jour de l’affrontement, alors qu’il n’était pas homme à reculer. Ô ‘Amr, si tu l’avais seulement éveillé, tu l’aurais trouvé ni tremblant de cœur ni de main. »